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On a retrouvé l’homme qui a prêté son corps à la statue du stade Azteca

Par Arthur Jeanne, à Mexico
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General View of  Azteca during the FIFA World Cup 2026, Group A match between Mexico and South Africa at Azteca on June 11, 2026 in Mexico City, Mexico. (Photo by Icon Sport/Icon Sport)  - Photo by Icon Sport
General View of Azteca during the FIFA World Cup 2026, Group A match between Mexico and South Africa at Azteca on June 11, 2026 in Mexico City, Mexico. (Photo by Icon Sport/Icon Sport) - Photo by Icon Sport

Il est présent dans les tribunes du stade Azteca à tous les matchs et pourtant il ne peut pas y assister. Ceci n’est pas une énigme, mais bien l’histoire d’Ignacio Villanueva Aguirre, alias Nachito, le supporter dont la statue de bronze incarne la passion des Mexicains pour le football. Nous l’avons retrouvé, en chair et en os, cette fois.

Qu’il pleuve, qu’il vente, que le prix des billets s’envole à des niveaux absolument délirants ou que le Covid contraigne les matchs à se jouer sans spectateurs, il est toujours là, fidèle au poste. Depuis le 30 mai 2001, il n’a pas raté un seul match au stade Azteca, ses 120 kilos bien campés sur son éternel siège dans le virage nord, au dixième rang, légèrement à droite du poteau de corner. Les poings levés et serrés, la bouche ouverte prête à crier à tout instant. Lui c’est Nachito, une statue de bronze réalisée il y a 25 ans, pour représenter la passion des fans de l’América Mexico pour leur club. Depuis un quart de siècle donc, les fans du Mexique et des Aguilas qui passent à côté de lui lui caressent la tête pour convoquer la chance.

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Ce que l’histoire ne raconte pas c’est que Nachito s’appelle en réalité Ignacio Villanueva Aguirre et qu’il est bien vivant. Pour retrouver sa trace, il faut se rendre à l’entrée du Bois de Chapultepec, le poumon vert de Mexico. C’est ici que la ville a installé son Aldea Global, une sorte de Parc des nations dans lequel chaque pays qualifié pour la Coupe du monde a installé un stand pour présenter ses spécialités. L’événement convoque beaucoup de monde, notamment le week-end, alors il faut fendre la foule pour parvenir jusqu’au pavillon du Mexique.

À l’intérieur, parmi tous les artisans invités par l’office du tourisme de la ville à vendre leur travail, un quinquagénaire présente aux curieux sa version de la Coupe du monde, une sorte de sculpture sertie des petites perles multicolores. À l’autre bout de cette immense ville qu’est Mexico, tandis que Nachito est confortablement assis dans les gradins du Colosse de Santa Ursula, Ignacio est debout, en jean avec un maillot de l’América pour vendre ses créations inspirées de l’artisanat huichol. Il demande à sa femme de tenir la boutique, annonce le prix de sa Coupe du monde à un potentiel client et prend une demi-heure pour dévoiler le fil de sa drôle d’histoire.

Une passion gravée dans le bronze

Quand cette histoire débute, au printemps 2001, Ignacio n’est pas encore artiste. Il a 29 ans et fait dans l’élevage des bouledogues anglais. Un domaine dans lequel il excelle. En 2004 et 2006, il sera même sacré champion du monde de cette discipline de niche. Son autre passion dévorante s’appelle América. Depuis 1983, il n’a pas loupé un seul match à l’Azteca du club le plus populaire du Mexique. « J’y vais depuis que j’ai 6 ans. À l’époque, j’allais au stade tout seul, avec trois quatre copains à peine plus vieux que moi », remet-il. Un dimanche sur deux, quand le Club América joue à domicile, le rituel est immuable. À 9h30, Ignacio quitte son domicile, il prend le métro, puis à la station Tasquena, il grimpe dans l’Ajolote, le train léger qui le mène jusqu’au stade. Le coup d’envoi a lieu à midi pétantes. Ignacio assiste ravi aux exploits de Mario Trejo, Armando Manzo et Daniel Brailovsky et de l’América, trois fois championne du Mexique au milieu des années 1980. Il vibre ensuite devant les buts de François Omam-Biyik, les exploits du Zambien Kalusha Bwalya et les dribbles de Cuauthemoc Blanco.

En mai 2001, le supporter entend parler d’un drôle de concours : le directeur de Televisa, la chaîne de télévision propriétaire du club, lance un casting pour trouver le fan le plus fidèle de l’América. Pour s’amuser, Ignacio décide de postuler, il a quelques arguments à faire valoir. Il se rend au shooting avec une petite boîte dans laquelle il conserve précieusement tous les billets des matchs auxquels il a assisté depuis 1983. C’est ainsi qu’il est élu parmi des centaines de personnes pour ce qu’il pense à l’époque être le tournage d’une publicité. Quelques jours plus tard, la sculptrice Maya Zepeda lui apprend qu’il va en réalité devenir une statue…

J’avais juste un petit tube dans la bouche pour pouvoir respirer. Tout était bouché. Ça a duré 2 heures et demie, j’ai cru qu’on m’enterrait vif dans la terre.

Ignacio Villanueva Aguirre 

Le voici donc convoqué à la Fonderie de bronze du maître Galindo. Les consignes sont claires : « Il fallait que je sois à jeun et que j’ai bien été aux toilettes avant » se souvient Nachito. Il faut dire que notre homme doit rester dans la même position, les poings levés et serrés, sans bouger pendant 11 heures consécutives : « Si j’avais soif, on me donnait un peu d’eau à la paille ». Il faut souffrir pour entrer dans la légende de l’Azteca.

Et le lendemain, c’est encore pire, Villanueva revient pour qu’on lui fasse le portrait : « On m’a bouché les narines et les oreilles, et on m’a mis de la vaseline sur la tête. J’avais juste un petit tube dans la bouche pour pouvoir respirer. Tout était bouché. Ça a duré 2 heures et demi, j’ai cru qu’on m’enterrait vif dans la terre. » Le jeu en vaut la chandelle, le 29 mai 2001, Ignacio inaugure sa statue dans l’enceinte du « Coloseo de Santa Ursula ». En reconnaissance de sa fidélité, il reçoit quatre places attenantes à son double de bronze, pour tous les matchs et tous les événements se déroulant au stade. On lui promet alors ce bénéfice à vie, sacrée récompense.

Cosplay d’Abou Diaby.
Cosplay d’Abou Diaby.

Coulé puis touché

En 2009, la vie d’Ignacio Villanueva prend un nouveau tournant. Fini les toutous, bonjour la sculpture. Notre homme part s’installer aux États-Unis pour étudier ce nouveau métier. Et puis à son retour au pays, quelques années à peine plus tard, quand il sollicite ses places pour retourner voir son équipe, c’est la douche froide ! Entre-temps, l’administration a changé. Le monde du football moderne étant impitoyable, au début des années 2010, quelqu’un, sans doute un subalterne, sans doute dans un petit bureau sans fenêtre, a dû jeter un coup d’œil au bilan comptable de l’Azteca et réaliser qu’en privant Villanueva de son ticket à vie, il y avait moyen de vendre quatre places en plus à chaque match. Et comme il n’y a pas de petites économies, notre homme a été privé de son précieux sésame à vie.

Depuis, Ignacio ne va plus au stade Azteca. Il a bien jeté un coup d’œil aux billets pour les matchs du Mexique, mais les prix l’ont dissuadé. Quand Televisa l’a appelé pour faire une interview dans le stade en amont de sa réinauguration le samedi 28 mars, il a eu bon espoir de vibrer à nouveau. Mais l’entretien a eu lieu le matin, Portugal-Mexique se disputait le soir et personne n’a proposé à Ignacio de rester. Dommage car l’artiste aurait bien revécu les frissons du stade mythique : « C’est le meilleur stade du monde. Il y a une magie, une énergie particulière. Maradona et Pelé ont été consacrés ici. Quand j’y allais, il y avait un truc presque mystique, je sentais l’énergie des gens qui touchaient Nachito. » Malgré tout, revenir à côté de son incarnation lui a fait quelque chose : « J’avais 29 ans à l’époque, j’en ai 54 aujourd’hui. Ça m’a fait bizarre dans le sens où le temps n’a pas de prise sur lui. Il n’a pas bougé et moi j’ai vieilli. J’ai moins de cheveux, j’ai des rides, je ne ressemble plus au Nachito de l’époque. » Qu’il se rassure : le foot non plus.

Une légende du Mexique tire sa révérence

Par Arthur Jeanne, à Mexico

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