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Christoph Biermann : « 1992 est un tournant énorme dans l’histoire du football »

Propos recueillis par Julien Duez
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Auteur de nombreux ouvrages sur le football et ses à-côtés sur et en dehors du terrain, l’écrivain allemand Christoph Biermann a récemment signé Um jeden Preis (À tout prix en VF), un essai qui raconte l’évolution du sport-roi depuis tout pile 30 ans. L’occasion de regarder avec lui dans le rétro avant de refermer le chapitre de l’année 2022.

Le sous-titre de votre ouvrage est La Véritable Histoire du football moderne, de 1992 à aujourd’hui. Pourquoi avoir choisi spécifiquement l’année 1992 en guise de point de départ ? Parce qu’elle constitue un énorme tournant dans l’histoire du football. C’est par exemple en 1992 qu’est créée la Ligue des champions que nous connaissons sous sa forme actuelle et qui est devenue la manne économique la plus importante au monde pour une compétition sportive, bien qu’à l’époque, personne n’aurait imaginé ça 30 ans plus tard. 1992, c’est aussi l’année de création de la Premier League anglaise, devenue elle aussi le championnat le plus cher du monde. Sur le plan sportif, c’est en 1992 qu’a été abandonnée la règle de la passe en retrait vers le gardien. Au début de la décennie, le niveau de jeu était très décrié, et cela s’est cristallisé à travers le Mondial 1990, sauf en Allemagne, évidemment. La suppression de cette règle, née en partie d’une idée de Daniel Jeandupeux, peut être vue comme un détail, mais sur le terrain, elle a changé énormément de choses. Un autre exemple : c’est également en 1992 que le statut des clubs a changé en Espagne, passant de simples associations à des sociétés sportives par actions. Il n’y en a que quatre qui ont conservé l’ancien modèle : le Real Madrid, le FC Barcelone, l’Athletic Bilbao et Osasuna. Et enfin, en Allemagne, les droits de diffusion des résumés des matchs de la Bundesliga ont été vendus à une chaîne de télé privée – SAT.1 – cette année-là.

On peut donc parler d’un tournant global et non pas concentré dans une seule zone géographique. Quelles sont les raisons qui l’ont conduit à se réaliser ?Le football dans son ensemble était en crise, notamment à cause de la violence dans les stades. À l’époque, les drames du Heysel et de Hillsborough sont encore dans toutes les mémoires, et les taux de fréquentation sont en chute libre. La Ligue des champions est née avec l’idée de proposer une compétition qui avait la classe, avec des petits détails comme l’hymne d’avant-match, le ballon étoilé ou le fait que les commentateurs portent une cravate à l’écran et ceci, dans le but d’attirer un public plus jeune et plus féminin. Mais la violence n’est pas la seule explication. En parallèle, de nombreux clubs étaient très endettés, notamment en Espagne, et il fallait sortir de cette mauvaise situation. Plutôt que de commercialisation, je parlerais plutôt de marchandisation du football, car en guise de réponse à cet état de fait, le moindre élément qui le compose a été vu comme une marchandise potentielle : les droits télé, le fait de pouvoir posséder un club comme une entreprise, même si des exceptions existent, comme c’est par exemple le cas en Allemagne, ou les investissements qui sont faits dans le but d’en retirer un bénéfice.

Peut-on malgré tout trouver des aspects positifs à ce « football moderne » ? Vous expliquez par exemple que sur le terrain, la qualité du jeu est meilleure que jamais.Oui, je crois qu’on peut également raconter une histoire positive autour de ce phénomène. Parce qu’il y a bien plus d’argent à disposition, les clubs construisent des centres d’entraînement géants, les joueurs sont mieux pris en charge, s’entraînent mieux, apprennent à jouer plus intelligemment… De même le travail des coachs, les séances d’entraînement ou encore la formation des jeunes ne peuvent pas être comparés à la situation avant 1992. Quant aux stades, ils ont énormément changé eux aussi, la violence y a complètement disparu, à quelques exceptions près, mais ça n’a rien à voir avec la situation au début des années 1990.

Lorsque SAT.1 a racheté les droits de diffusion du championnat, le présentateur de l’émission Ran, Reinhold Beckmann, disait que « la Bundesliga de papa est morte ». Cette situation est-elle acceptée parmi les supporters aujourd’hui ? D’un point de vue extérieur, ils semblent continuer de jouer un rôle de contre-modèle. Voyons plutôt les choses ainsi : si la Bundesliga était encore diffusée comme jadis, dans la vieille émission Sportschau, les gens en rigoleraient. La façon de présenter une émission de foot a totalement changé parce qu’elle s’est adaptée aux goûts du public. Et ça aussi, ça a commencé en 1992. Après, peut-on parler des fans comme contre-modèle ? Je ne sais pas. En Allemagne, c’est vrai qu’ils sont très puissants, mais pas seulement contre leur club ou contre les instances, plutôt avec eux. Dans de nombreux clubs, ils sont présents au conseil de surveillance et il existe de nombreux canaux de communication pour permettre à la base de discuter avec la direction. Ce n’est pas nouveau, en tout cas, ça a commencé avant 1992, et alors que l’Allemagne elle-même était confrontée à ces phénomènes de violence, l’idée était de trouver une autre réponse que la répression policière pour les endiguer, en impliquant des travailleurs sociaux par exemple, à travers ce que l’on appelle les Fanprojekte. Cela ne signifie pas que tous les conflits ont disparu pour autant, mais désormais, les supporters sont pleinement acceptés comme des acteurs du football dans son ensemble.

Votre livre a notamment été salué par Christian Streich, qui officie à Fribourg depuis maintenant dix ans. Dans votre précédent ouvrage, vous aviez suivi l’Union Berlin de l’intérieur pendant une saison après sa promotion dans l’élite. Ces exemples sont-ils devenus des exceptions, chacun dans leur domaine, ou ont-ils encore un avenir ?Je crois qu’il reste encore de la place pour ce genre de feel good stories. Christian Streich est d’abord un entraîneur à succès. Il a commencé en D7, et cela fait de nombreuses années qu’il fait partie des très bons techniciens de Bundesliga. Il en va de même pour l’Union Berlin qui, depuis sa montée en première division, connaît un immense succès sportif et cela est dû en grande partie au travail de son entraîneur (le Suisse Urs Fischer, NDLR) et à l’environnement positif dans lequel il gravite. À partir de là, je ne pense pas que ce genre de parcours disparaîtra complètement, d’autant plus que le public en est friand.

Pensez-vous qu’un nouveau 1992 soit possible ? D’un côté, la tentative de créer une Superligue a fait pschitt, mais de l’autre, une idée aussi irréaliste qu’organiser une Coupe du monde en hiver au Qatar s’est finalement révélée possible.C’est une bonne question… (Il réfléchit.) Je crois qu’on en est arrivé à un point où, dans certains gros pays, le foot est devenu ennuyeux. Je suppose qu’en France, personne n’imagine qu’à la fin de la saison, ce soit un autre club que le PSG qui termine champion. En Allemagne, il est problématique que le Bayern ait été sacré dix ans de suite. Alors est-ce que le football moderne peut devenir encore plus moderne ? Je crois que pour cela, il faudrait qu’il devienne davantage exclusif. Si on prend l’exemple de la NFL, on constate que le succès est au rendez-vous malgré le fait qu’il y a peu de matchs organisés (chaque équipe en joue dix-sept par saison régulière, NDLR). Dans le football, on fait face à une inflation du nombre de rencontres disputées, mais aussi diffusées. Chez nous, on peut regarder tous les matchs des quatre grands championnats, c’est une offre énorme et peut-être qu’elle finira par être réduite et que la qualité prendra le dessus sur la quantité.

Propos recueillis par Julien Duez

Lire : Um jeden Preis: Die wahre Geschichte des modernen Fußballs von 1992 bis heute, 2022, KiWi Verlag (non-traduit)

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