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Et Neverkusen devint Meisterkusen

Par Julien Duez

Leverkusen devait l’emporter contre le Werder Brême pour réaliser l’exploit : ce dimanche, les hommes de Xabi Alonso ont parfaitement rempli leur mission dans leur chaudron de la BayArena avec un nouveau festival (5-0) et sont officiellement champions d’Allemagne. Le Bayern Munich chute de son trône pour la première fois depuis onze ans.

dpatop - 14 April 2024, North Rhine-Westphalia, Leverkusen: Soccer: Bundesliga, Bayer 04 Leverkusen - SV Werder Bremen, Matchday 29, BayArena. Leverkusen's Granit Xhaka (M) is cheered by his teammates after his goal to make it 2-0. IMPORTANT NOTE: In accordance with the regulations of the DFL German Football League and the DFB German Football Association, it is prohibited to exploit or have exploited photographs taken in the stadium and/or of the match in the form of sequential images and/or video-like photo series. Photo: Rolf Vennenbernd/dpa Photo by Icon Sport   - Photo by Icon Sport
dpatop - 14 April 2024, North Rhine-Westphalia, Leverkusen: Soccer: Bundesliga, Bayer 04 Leverkusen - SV Werder Bremen, Matchday 29, BayArena. Leverkusen's Granit Xhaka (M) is cheered by his teammates after his goal to make it 2-0. IMPORTANT NOTE: In accordance with the regulations of the DFL German Football League and the DFB German Football Association, it is prohibited to exploit or have exploited photographs taken in the stadium and/or of the match in the form of sequential images and/or video-like photo series. Photo: Rolf Vennenbernd/dpa Photo by Icon Sport - Photo by Icon Sport

C’est la fin d’un cauchemar qui aura duré 22 ans. Plus de deux décennies, c’est très long pour se défaire de l’image de pire poissard du football allemand, une étiquette que même le Borussia Dortmund, à qui le Meisterschale semblait promis jusqu’au coup d’envoi de la dernière journée de la saison 2022-2023, n’a pas réussi à coller sur son front. Et pour cause : en 2002, le Bayer Leverkusen atteint le sommet de la lose intersidérale : en l’espace de quinze jours, les joueurs de Klaus Toppmöller perdent le championnat, la finale de la Coupe d’Allemagne, puis celle de la Ligue des champions. Difficile de faire pire. Sportivement, Leverkusen prend perpète, avec la fameuse période de sûreté de 22 ans et un surnom qui ne le quittera plus : Vizekusen (ou Neverkusen pour les mauvaises langues un peu trop sûres d’elles), en référence à l’enchaînement de deuxièmes places réalisé en 1997, 1999 et 2000. Finalement, ce 14 avril, les verrous de la prison rouge et noir ont enfin cliqueté dans le bon sens : grâce à sa splendide victoire face au Werder Brême ce dimanche avec notamment un triplé de Florian Wirtz (5-0), le club de la banlieue de Cologne a remporté le tout premier titre de champion d’Allemagne de ses 120 ans d’histoire, à cinq journées du terme. Cerise sur le gâteau : jamais un club n’avait jusque-là été sacré sans afficher la moindre défaite au compteur. Royal.

La première pierre du triplé ?

Forcément, dans la petite ville périphérique tout aussi réputée pour le célèbre groupe pharmaceutique qui y a son siège, la joie était au rendez-vous. Une joie venue effacer des décennies de moqueries dues au manque de résultats sportifs, mais également à une tradition – Leverkusen comptant parmi ce que les Allemands appellent les Kommerzvereine, à savoir des clubs détenus par une entreprise, à l’image de Wolfsburg ou du RB Leipzig –, voire à l’ambiance en tribune, ce dernier grief provenant en premier lieu du tout-puissant voisin du FC Cologne, historique mastodonte dans les cœurs du Rheinland. Qu’importe : cette fois-ci, les projecteurs sont braqués à juste titre sur la bourgade estampillée Bayer, la première à avoir réussi à faire chuter le Bayern Munich de son trône depuis 2013.

Cependant, si les rues et la pelouse de la BayArena sont noires de monde, tant d’aficionados du Werkself que d’opportunistes venus voir ce morceau d’histoire s’écrire sous leurs yeux, l’heure n’est – officiellement – pas encore à la fête. Le 43e match lors duquel la bande de Xabi Alonso est sortie invaincue depuis le début de la saison (soit autant que la Juventus entre 2011 et 2012) n’est en rien le point d’orgue de ce parcours hors norme : Amine Adli et ses coéquipiers ont encore cinq matchs de Bundesliga pour tenter de devenir un Arsenal 2003-2004 made in Germany, et potentiellement quatre rencontres de Coupe d’Europe, dans l’optique de réussir l’exploit d’un triplé en allant soulever la C3 le 22 mai à Dublin, trois jours avant d’affronter, à Berlin cette fois-ci, Kaiserslautern en finale de Coupe d’Allemagne.

Professor Xabi

En attendant, il ne serait pas malvenu de tirer son chapeau à une équipe qui, contrairement au Borussia Dortmund la saison dernière, est parvenue à assumer son rôle de challenger du Rekordmeister de bout en bout, notamment en s’imposant en patron (3-0) face à des Munichois apathiques le 10 février dernier, lors d’un match qui scella quasiment le sort du futur champion, quelques semaines avant que Thomas Tuchel, à la suite d’une nouvelle déconvenue face à Dortmund, ne devienne le premier à – cyniquement – « féliciter Leverkusen pour son titre » en conférence de presse. Cette réussite, elle repose avant tout sur les épaules d’un homme : Xabi Alonso. Arrivé au début de la saison 2022-2023 sur les bords du Rhin, le Basque est parvenu – sans expérience en tant qu’entraîneur dans un championnat d’élite – à bâtir un groupe « dans lequel chacun a sa place dans le XI de départ », dixit Granit Xhaka, recrue phare de la dernière intersaison et devenu, à 31 ans, le métronome du milieu de terrain. « On lui a dit que la direction que nous voulions prendre, c’était de s’installer au sommet de la Bundesliga », se souvient Simon Rolfes, directeur sportif des Rouge et Noir et autre artisan de la construction du noyau, au moment de convaincre Alonso de quitter la réserve de la Real Sociedad pour revenir en Allemagne, cinq ans après l’avoir quittée dans la peau d’un joueur du Bayern Munich. À l’époque, Leverkusen reste sur une jolie troisième place et le premier exercice sous l’ère Xabi est un poil décevant, avec une sixième position qui lui permet tout de même d’accéder à la Ligue Europa. Une compétition que le coach choisit de jouer à fond, comme les autres, sans calculs d’apothicaire pour tenter de limiter la casse, tout en faisant fi de l’épée de Damoclès Neverkusen que, semaine après semaine, on attend de voir se détacher pour mettre fin à la belle histoire qu’il est en train d’écrire.

Seulement voilà : l’histoire en a décidé autrement. En effet, contrairement à un Bayern décimé par les blessures, Xabi Alonso possède un effectif robuste qui ne se laisse pas abattre par les obstacles (que ce soit la blessure du buteur Victor Boniface ou la CAN à laquelle ce dernier a participé, comme Jeremie Frimpong et Odilon Kossounou) et que l’entraîneur de 42 ans n’hésite pas à faire tourner, en témoignent les 27 joueurs qu’il a utilisés cette saison, dont 5 (Boniface, Wirtz, Grimaldo, Frimpong, Schick) ont franchi la barre des 10 buts. Dans le vestiaire, Alonso n’a aucun mal à communiquer avec un groupe très international, puisqu’il maîtrise allègrement l’espagnol, l’anglais et même l’allemand, comme ont pu le remarquer les suiveurs du club au fil de ses conférences de presse. Un avantage certain, mais ce n’est pas le seul : « Sa personnalité est très différente des autres entraîneurs qui ont été joueurs par le passé. Il apporte une certaine forme de modestie », analyse ainsi Ulf Kirsten, 13 ans de Bayer Leverkusen au compteur et acteur malheureux de la saison maudite de Neverkusen. « Cette humilité, il l’a transmise à son effectif, tout comme le fait qu’il croyait totalement en leur succès. » Un facteur psychologique certain, mais la patte Xabi, c’est aussi montrer l’exemple à ses troupes. Le Basque est en effet l’antithèse du Monsieur Mégot qui reste cloper au bord de la main courante en hurlant à ses élèves d’augmenter la cadence : « J’ai vu quelques vidéos à l’entraînement où il leur montrait comment tirer des coups francs !, illustre Kirsten. “Tire comme ça et ça fonctionnera”, je pense que cela aide les joueurs à y croire. »

L’ère post-Bayern

Sur le terrain, son Leverkusen, tout international qu’il est, pratique un football très allemand : laborieux, mais diablement efficace, en témoignent les neuf succès obtenus dans le temps additionnel cette année. Un pragmatisme érigé au rang de quasi-religion et dont Xhaka, qui suit actuellement les traces de son coach en se formant en parallèle au métier d’entraîneur au sein d’un club amateur de la région de Mönchengladbach, ne se cache pas : « Nous ne sommes pas imbattables, mais si nous continuons avec cette mentalité en assurant notre travail quotidien tout en gardant les pieds sur terre comme c’est le cas jusqu’à présent, alors tout est possible ». La preuve avec ce titre que d’aucuns qualifient déjà d’historique outre-Rhin, en attendant de voir si deux autres suivront avant de voir Leverkusen débarquer en Ligue des champions, avec Xabi Alonso à sa tête, ce dernier ayant refusé de céder aux sirènes du Bayern Munich en prolongeant son contrat avec le Werkself pour deux saisons supplémentaires, jusqu’en 2026.

D’ici là, c’est peut-être toute l’Allemagne qui lui tirera son chapeau. Il n’est pas impossible que le sélectionneur de la sélection allemande Julian Nagelsmann tire les conséquences du changement de paradigme qui s’est opéré en Bundesliga cette saison, en titularisant des morts de faim adeptes du jeu de possession comme Jonathan Tah en défense ou la pépite Wirtz au milieu de terrain, sans oublier le feu follet de Stuttgart Deniz Undav en attaque, autre révélation du championnat avec un club qui a lui aussi brillé au sommet contre toute attente. La révolution du football outre-Rhin n’a peut-être pas commencé là où on l’attendait, mais une chose est sûre : le Leverkusen de Xabi Alonso aura été le déclencheur d’une ère post-Bayern. Reste à voir combien de temps la belle histoire continuera.

Par Julien Duez

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