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Brescia, un monument proche de la D3

Par Valentin Pauluzzi
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Brescia, un monument proche de la D3

À moins d'un miracle, Brescia sera relégué en troisième division à la fin de la saison, un niveau que le dernier club de Roby Baggio n'avait plus fréquenté depuis 30 ans. Seule bonne nouvelle, la faillite a été évitée de justesse.

Tous debout, les spectateurs de San Siro applaudissent et offrent l’une des plus belles standing ovation de l’histoire du football. Roberto Baggio remercie de l’hommage la foule en la saluant, puis se dirige vers la ligne de touche. Paolo Maldini vient l’embrasser une dernière fois pour une accolade légendaire qui en a fait frissonner plus d’un. Nous sommes à la 84e minute de jeu d’un Milan-Brescia de mai 2004 et les Rossoneri fêtent la conquête de leur 17e Scudetto, tandis que le « Divin Codino » prend sa retraite. Sans le savoir, et surtout, sans le vouloir, son départ signifie le début des ennuis pour les « Rondinelle » .

Les années Baggio et le Héron

Lorsque Brescia, à la surprise générale, fait signer Roberto Baggio à l’été 2000, c’est dans le but de vaincre une étrange malédiction. Les six dernières promotions du club, de retour en Serie A pour la énième fois, s’étaient toutes soldées par une relégation dans la foulée : 1969-70, 1980-81, 1986-87, 1992-93, 1994-95, 1997-98. La queue de cheval de Dieu a alors 33 ans, des genoux usés, mais surtout l’envie de régaler la galerie. On peut dire que le président Gino Corioni a réussi son coup. Non seulement Brescia se sauve pour la première fois depuis 35 ans, mais il se classe à une inattendue 7e place, synonyme de Coupe Intertoto. Les historiques débuts européens se solderont par une défaite – sans perdre – en finale, contre le PSG d’Aloiso et Potillon. Effet boule de neige, la présence de Baggio attire d’autres noms. Parmi eux, un certain Pep Guardiola, qui connaîtra les affres d’une suspension pour dopage, avant de se faire réhabiliter plus tard, ou plutôt trop tard. Citons aussi Luca Toni et Andrea Pirlo, toutefois à leurs premières armes. Porté par les derniers exploits du catogan divin, le club se sauve tranquillement pendant quatre saisons, mais à trop s’y attacher, il en devient dépendant et orphelin.

Ainsi, Brescia redescend en Serie B à sa première saison sans Roberto Baggio, il y a pile dix ans. Depuis, une petite réapparition en Serie A avec la spéciale ascenseur en 2010-11 et trois participations aux play-offs pour la montée. Les Hirondelles ont dû se réhabituer à l’anonymat qui les avait finalement toujours caractérisées au cours de leur histoire, hormis à de rares exceptions (passage remarqué de Gheorghe Hagi entre 1992 et 94). Comme souvent en Italie, le président historique est victime de délires d’autodestruction, notamment liés à un manque de reconnaissance auprès des supporters qui ne lui ont jamais rien pardonné. Gino Corioni ruine alors la jolie entreprise qu’il administre pourtant depuis deux décennies. Caricature du propriétaire à l’italienne, il se plaît à enchaîner les entraîneurs, pas moins de sept sur les deux dernières saisons. Les finances payent les pots cassés malgré quelques bons coups de mercato, des joueurs comme Eder, Diamanti ou encore Hamšík étant passés par la cité lombarde ces dernières années. Andrea Caracciolo, lui, est parti, puis revenu trois fois. Le dernier retour du héron, c’était en 2012, histoire de devenir le meilleur buteur du club – on en est à 135 – et de le porter à bout de bras tel Baggio quelques années plus tôt.

La faillite est esquivée, mais pas la Serie C

Plus Caracciolo marque, plus les dettes du club augmentent, jusqu’à 35 millions d’euros. C’est le début d’un combat entre hirondelles et vautours, dont un certain Giampietro Manenti, à deux doigts de reprendre le club. Il réussira son coup de Trafalgar quelques mois plus tard à Parme, avec l’épilogue que l’on connaît. Premier escroc évité. Principal créditeur, l’Ubi Banca refuse que le club soit revendu à Kadir Sheikh Abdul, un entrepreneur pakistanais qui a déjà tenté d’acheter Majorque, le Real Saragosse et la Pro Vercelli depuis l’été dernier. Et de deux. Touché, Pirlo lance un appel pour sauver son club formateur, et ça fonctionne. C’est finalement la société financière Profida qui récupère le bébé en février dernier, mettant fin au règne de Corioni, contraint d’ailleurs de confier le club au maire de la ville. Triste fin.

Il est toutefois trop tard, six points de pénalité ont été infligés suite aux impayés, un énième changement de coach n’y fait rien, ni les derniers sursauts d’orgueil qui ont permis de prendre sept points sur les quatre derniers matchs. À quatre longueurs des play-out à deux journées de la fin du championnat, la relégation n’est qu’une question de temps. Brescia ne s’ajoutera pas à la liste des glorieuses équipes qui ont fait faillite (Sienne et Padoue sont encore tombés l’an passé), mais figurera au troisième niveau national pour la première fois depuis 30 ans. Il se murmure toutefois qu’un certain Roby Baggio chercherait une équipe pour débuter une carrière d’entraîneur. Et si on remettait ça ?

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