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Bleus : Alors, qu’est-ce que ça donne ce 3-4-1-2 ?

Par Mathieu Rollinger
5' 5 minutes
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Bleus : Alors, qu’est-ce que ça donne ce 3-4-1-2 ?

Didier Deschamps a quelque peu surpris la galerie ce dimanche soir en Albanie. Lors de sa centième sur le banc des Bleus, le sélectionneur a innové en proposant une composition de départ avec trois défenseurs centraux et deux pistons. Pour une première, ça n'a pas trop mal fonctionné (victoire 2-0), mais rien ne dit si ce système sera reconduit à la rentrée, ni si cette idée est réellement la bonne.

« Et pourquoi pas ? » , lançait en avant-match Guy Stéphan au micro de TF1, presque farceur pour ce qui était aussi sa centième aux côtés de Deschamps sur le banc des Bleus. Cette soirée était déjà spéciale pour le boss des Bleus, mais celui-ci s’est permis une petite fantaisie dans son dogmatisme tactique. Jamais Didier Deschamps, en 99 rencontres internationales, ne s’était laissé tenter par une défense à trois, avec deux latéraux dans le rôle de piston. « Ça aurait pu se passer plus tôt, ça se passe sur ce match, explique après coup l’adjoint à l’antenne de L’Équipe. Didier y réfléchissait. Ça met de la densité au milieu, ça donne de la liberté à nos latéraux et place Antoine dans le cœur du jeu. Et puis, il y a eu une bonne répartition des rôles sur le terrain. » Dans les faits, l’analyse de Stéphan concernant ce 3-4-1-2 est juste, surtout si on se penche sur la première période réalisée par l’équipe de France à Tirana, pour son dernier match de ces éliminatoires.

Antoine Griezmann dans un fauteuil

Dès les premières minutes, le bloc assez distendu albanais permet à Raphaël Varane et Presnel Kimpembe d’orchestrer les sorties, soit balle au pied, soit en s’appuyant sur un coéquipier de la ligne du milieu. Clément Lenglet, pion le plus axial, s’est lui distingué en tenant la barre et en assurant la couverture sur les ballons en profondeur. Le long de leur ligne, Léo Dubois et Benjamin Mendy y ont trouvé plus de liberté offensive. Pour le meilleur, le Lyonnais apportant le surnombre à plusieurs reprises et offrant une passe décisive à Antoine Griezmann après une course atypique, et pour le pire, le Mancunien n’arrivant pas à se sortir des un-contre-un avec Hysaj et se faisant régulièrement prendre dans son dos. La seconde période a aussi montré que lorsque l’équipe a moins la possession, ce chamboulement a quelques failles, comme celle de laisser des espaces assez conséquents entre le duo du milieu et le trio de défense centrale. Une histoire d’automatismes, certainement, mais un défaut à prendre en compte.

Finalement, ce système a surtout donné de l’air aux deux créateurs de cette équipe. D’abord, Corentin Tolisso s’est retrouvé plus dans le cœur du jeu, alors qu’il semblait brasser de l’air dans sa position de trequartista face à la Moldavie et a pu avoir plus d’influence sur le jeu offensif. Ensuite Antoine Griezmann, installé dans un vrai rôle de meneur. Résultat : le Barcelonais s’est baladé, la densité de joueurs français en position d’attaque lui donnant plus de temps et de possibilité pour faire admirer son jeu de passe. Décisif, le Mâconnais s’est forcément senti à son aise, mais a soulevé la principale incertitude concernant la pérennité de ce dispositif : « On verra quand on aura tous nos éléments. »

Un dispositif plus sacré depuis le Brésil 2002

Car ce choix est-il, dans l’esprit de Deschamps, une réponse au néant offensif proposé jeudi contre la Moldavie ? Du bricolage pour pallier les nombreux forfaits (Pogba, Hernandez et Matuidi blessés, Kanté ménagé et Mbappé malade) ? Une excentricité sans lendemain ? Ou l’annonce de nouvelles pistes de travail pour la suite ? Impossible de le savoir ce dimanche et les quatre mois qui s’écouleront d’ici le prochain rassemblement auront peut-être déjà tout effacé. Pourtant, ce système comporte des éléments intéressants. D’une part parce qu’il permettrait de placer Kylian Mbappé dans une position plus axiale, aux côtés d’Olivier Giroud et avec Griezmann en soutien. Peut-être la meilleure manière de laisser s’exprimer le Parisien, étriqué sur un côté. Ensuite parce que la paire Pogba-Kanté, performante et complémentaire, n’aura pas besoin de remettre son logiciel complètement à jour. Mais aussi parce qu’il permettrait à Pavard ou Hernandez d’évoluer à des postes de défenseurs centraux qu’ils occupent en club. En clair, cela pourrait conduire à terme à proposer une composition d’équipe semblable à cette projection :

Lloris – Varane, Lenglet, Hernandez – Pavard, Kanté, Pogba, Mendy (ou Digne) – Griezmann – Mbappé, Giroud.

Ceci dit, dans l’optique de l’Euro 2020, rares sont les équipes dans l’histoire moderne à avoir remporté une compétition majeure avec trois défenseurs. L’Argentine 1986, l’Allemagne 1990, le Brésil 2002 sont les contre-exemples internationaux, ainsi que Dortmund 1997 et le Real Madrid 2000 en club. Les temps changent, ce type de défense se croise plus régulièrement dans les grands clubs, et seul l’avenir dira s’il peut se généraliser.

Chez les Bleus, Didier Deschamps n’est pas le premier à tenter d’introduire ce style de jeu, même si les derniers l’ont plutôt lancé à leurs débuts plutôt qu’un soir de centième. Aimé Jacquet ne s’y est aventuré que le temps d’une tournée au printemps 1994, Jacques Santini l’avait testé pour sa première en 2002 contre la Tunisie (1-1). Le dernier en date est Raymond Domenech, qui avait dégainé en août 2004 contre la Bosnie-Herzégovine (1-1) un 3-5-2, sur une petite mi-temps, avant de réapparaître brièvement contre Israël (0-0) en septembre de la même année. Le sélectionneur aux gros sourcils a depuis pointé une donnée importante : « Il faut que les axiaux aient une vraie culture tactique. Vous pouvez vite être déséquilibré. » En gros, ça ne s’improvise pas. À voir si Didier Deschamps prendra le pari d’aller à l’encontre de la tradition française pour impulser un nouveau standard. Parce que pour durer, il faut aussi savoir se réinventer.

Oui, il y a bien des consolantes pour les barrages de la zone Europe

Par Mathieu Rollinger

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