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José Mourinho, un entraîneur à conjuguer au passé

Par Mohamed Helti
5 minutes

José Mourinho retrouve le Real Madrid ce mercredi soir, et avec lui une part essentielle de son héritage. Entre passes d’armes avec Álvaro Arbeloa, disciple devenus entraîneur, et palmarès unique en Europe, le Special One dirigera peut-être son dernier match à ce niveau, qui sait.

José Mourinho, un entraîneur à conjuguer au passé

Tout a commencé par un quiproquo. En conférence de presse, José Mourinho n’a pas cité Álvaro Arbeloa, mais il a donné un avis presque visé sur l’ancien latéral : « Pour moi, c’est tout simplement surprenant de voir des entraîneurs sans expérience, sans parcours remarquable, avoir la chance de diriger les meilleurs clubs du monde. » Ancien joueur, ancien soldat, aujourd’hui coach en face avec le Real Madrid : Arbeloa cochait toutes les cases. Alors, Mourinho a corrigé. Il a parlé d’« un de mes enfants », rappelé qu’Arbeloa faisait partie de ses joueurs préférés, sans être parmi les meilleurs, et précisé que ses mots ne lui étaient pas directement destinés.

Une mise au point typiquement mourinhienne, à la fois protectrice et piquante. Même quand il nie attaquer, Mourinho raconte quelque chose de lui-même. À l’heure de retrouver le Real Madrid avec Benfica en Ligue des champions, ce jeu d’ombres dit surtout où en est le Special One : encore au centre, encore écouté, mais désormais plus commenté pour ses mots que pour ses résultats.

Bâtisseur avant d’être provocateur

Réduire Mourinho à ses sorties médiatiques serait oublier l’essentiel. Quand le Portugais arrive au Real Madrid en 2010, le club vit une anomalie historique : six éliminations d’affilée en huitièmes de finale de Ligue des champions. En trois saisons, Mourinho change la trajectoire. Trois demi-finales d’affilée (2011, 2012, 2013), une Liga remportée avec un record absolu de 100 points et 121 buts en 2011-2012, et surtout un Real redevenu craint en Europe.

La Ligue des champions lui échappe, mais Mourinho assume. « Il y a des investissements du passé. On appelle ça l’héritage footballistique, expliquait-il pendant son passage à Manchester United. Certains construisent, d’autres arrivent quand tout est prêt. » Carlo Ancelotti remportera la Décima un an plus tard, avec un groupe largement façonné par son prédécesseur. Ce rôle de bâtisseur n’est pas nouveau. En 2004, il gagne la Ligue des champions avec Porto, après avoir remporté la Coupe UEFA l’année précédente. Un doublé continental rarissime, qui transforme un entraîneur encore méconnu en figure centrale du football européen. Le Special One est né là, dans un mélange de résultats, de méthode et d’assurance totale.

Former des entraîneurs sans changer de logiciel

Si le rendez-vous avec le Real Madrid a une valeur symbolique, ce n’est pas seulement pour ce qu’il représente dans la carrière de José Mourinho, mais pour ce qu’il raconte de son influence. Sur le banc d’en face, Álvaro Arbeloa n’est pas un cas isolé. Avant lui, Xabi Alonso s’est imposé en Allemagne avec une approche plus proactive du jeu. Cristian Chivu débute sa carrière d’entraîneur à l’Inter. Et bien avant eux, Luis Enrique croisait déjà la route de Mourinho lorsque le Portugais était encore l’adjoint de Bobby Robson puis de Louis van Gaal au Barça. Mourinho n’a jamais caché ce qu’il devait à ses mentors.

De Robson, il a conservé une gestion humaine très directe, presque affective, où le vestiaire prime sur le système. De Van Gaal, une rigueur tactique et un goût du contrôle du jeu, même si leur vision du football a rapidement divergé. Là où LVG a fait évoluer ses principes, Mourinho les a consolidés. Il n’a pas changé de logiciel, il l’a perfectionné. Le paradoxe, c’est que cette fidélité, longtemps synonyme d’efficacité, est devenue un point de friction. Ses anciens joueurs, eux, ont intégré d’autres influences, adapté leurs méthodes, modernisé leur approche. Mourinho, lui, continue de défendre un football de structure, de responsabilité individuelle et de gestion du tempo. Une vision qui n’est pas obsolète, mais qui demande aujourd’hui un contexte et une adhésion que tous les clubs ne sont plus prêts à offrir.

Le spécialiste de la victoire face à la disette

Le palmarès de José Mourinho continue d’impressionner, même à l’heure du doute. Il est le seul entraîneur de l’histoire à avoir remporté les quatre compétitions européennes : la Ligue des champions avec Porto en 2004 et l’Inter en 2010, la Coupe des coupes comme adjoint au Barça en 1997, la Ligue Europa avec Porto en 2003 puis Manchester United en 2017, et la Ligue Conférence avec la Roma en 2022. Peu d’entraîneurs peuvent en dire autant. Encore moins dans des contextes aussi différents. Mais les dernières années racontent une autre histoire. À Tottenham, Mourinho repart sans le moindre trophée et sans avoir dirigé la finale de League Cup. À Fenerbahçe, la promesse du choc culturel se heurte vite à la réalité : un club instable, une pression permanente et des résultats qui peinent à suivre le discours.

Mourinho reste un personnage central, mais son aura s’est érodée. Celui qui, selon Luka Modrić, faisait pleurer Cristiano Ronaldo à Madrid, et qui comparaît Karim Benzema à un petit chat, parle encore beaucoup, mais n’impose plus le même silence autour de lui. Ses équipes gagnent moins, ses conférences font toujours parler, et le décalage est là. Ce mercredi soir, face au Real Madrid, Mourinho sera fidèle à lui-même. Toujours la parole, toujours la posture. Peut-être pour la dernière fois à ce niveau. Le reste appartient désormais à ceux qui ont appris de lui.

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