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Bédénik : « Les gens me regardent avec des grands yeux »



Propos recueillis par Florian Lefèvre
Bédénik : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Les gens me regardent avec des grands yeux<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»



À bientôt trente-huit berges, Jean-François Bédénik boucle tranquillement sa carrière dans les cages du Vannes Olympique Club, en CFA 2. Mais le temps d'un week-end, le gardien passé par Valenciennes, Le Mans ou encore Boulogne-sur-Mer, a fait le tour du web. En cause : un triple arrêt improbable, mi-coup de bol mi-réflexe de champion. Et ça le fait marrer.

Samedi, tu gardais les cages de Vannes face au TA Rennes lors de la 5e journée de CFA 2. Raconte-nous cette soirée un peu particulière… Le match était serré et on a eu la chance de mener deux à zéro. À un quart d’heure de la fin, l’arbitre siffle un penalty pour l’adversaire. Se présente cette fameuse action : en attendant le coup de sifflet de l’arbitre, je plaisante avec le tireur – j’aime bien parler sur le terrain, c’est mon tempérament – en lui disant que je ne bougerais pas du centre du but et qu’il pourrait tirer très fort, en évitant de me faire mal si possible. Je regarde sa course d’élan, il est vachement incliné. Je me dis qu’il ne va quand même pas la croiser. Et puis, perdu ! (rires) Je plonge sur ma gauche, à l’opposé du ballon.

Dans ta tête, tu te dis qu’il y a but à ce moment-là ?Je me dis que c’est cuit. Mais le ballon touche le poteau. Je sens que ça me tape le haut du dos donc je regarde tout de suite si la balle n’est pas dans le but. Je vois qu’elle est en l’air. Je me remets sur mes appuis. Je vois arriver le tireur comme un géant pour mettre un coup de tête, mais j’arrive à intervenir avec le pied. Comme je suis dégourdi, j’arrive à la renvoyer encore sur la tête d’un adversaire. Et puis, j’essaye tant bien que mal de repousser le ballon. Finalement, on a gagné le match en mettant un troisième but.

Qu’est-ce que tu as ressenti pile juste après ton triple arrêt ?

C’est un grand coup de bol que le ballon ne reparte pas directement dans le but après m’avoir tapé le dos.

Sur le coup, tu te rends pas bien compte, mais quand c’est fini, tu en rigoles. Je me sens soulagé sachant qu’à 2-1, la fin de match aurait été totalement différente. Et puis au fond, je rigole parce que je viens de faire un truc improbable. C’est un grand coup de bol que le ballon ne reparte pas directement dans le but après m’avoir tapé le dos.

Est-ce qu’on peut dire que tu as attendu d’avoir trente-sept ans pour réaliser le plus bel arrêt de ta carrière ? Le plus folklorique, peut-être, mais j’ai eu des beaux arrêts quand même ! Il y a des arrêts spectaculaires qui ne sont pas médiatisés. Si je devais faire un top 3 de mes plus beaux arrêts ? Allez, on va parler des penaltys. Je mets celui de ce week-end. Il y aussi un penalty lorsque j’évoluais à Neuchâtel : on jouait à Sion, penalty pour eux à la dernière minute et je l’arrête. Celui-là était beau ! Et puis un penalty avec Le Mans à Toulouse.

Tu en as reparlé avec le tireur Renaud Dreuslin ?J’en ai parlé avec lui dimanche soir parce qu’il dînait avec un copain à moi. Mon pote m’appelle : « Tu sais pas avec qui je suis… » Avec Renaud, on s’est raconté des conneries. Je lui ai dit : « Bah, tu vois, tu aurais dû m’écouter et tirer dans l’axe ! » On en rigolait.

Et avec tes coéquipiers ?Dans le vestiaire, tu te fais chambrer forcément : « Oh mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu sors tout ! » Après le match, on est allé manger au resto avec des amis, et là, ils me disent que la vidéo fait le tour du web, tout le monde en parle… C’est le dimanche que je m’en suis rendu compte.

Tu l’as regardé combien de fois cette fameuse vidéo ? J’ai dû la regarder deux, trois fois. Et après, ce sont les potes qui te disent : « Non mais attends, tu es passé sur M6, tu es passé ici, tu es passé là… »

Tu as reçu beaucoup de sollicitations ? Les journaux, les radios… Le club a été contacté pour diffuser la vidéo. Aujourd’hui, j’ai dû recevoir huit coups de fil de journalistes. Des médias étrangers ? Non, mais s’ils m’appellent, je me débrouillerai avec mon anglais pas terrible. C’est rigolo parce que je ne pensais pas du tout que ça allait prendre une telle ampleur. Et puis je m’aperçois que ça fait une bombe !

Est-ce que ça te saoule au bout d’un moment ? Non, écoute, après ça va. C’est fini maintenant, je ne suis plus embêté au téléphone tous les jours. C’est rigolo, on refait pas la tactique et tout et tout. C’est fun !

Ce matin, ta boulangère t’en a parlé ?Bah, là, tu vois, je suis allé voir mon ostéo sur Nantes, on en a rigolé. Il m’a même donné un article. En allant chercher les enfants à l’école, tu croises deux-trois parents et tu en discutes parce que tout le monde se connaît. Les gens me regardent avec des grands yeux. Il y a un pote en Belgique qui en a entendu parler là-bas, un autre aux États-Unis qui me dit : « En même temps, ce genre de trucs, il n’y a qu’à toi que ça peut arriver ! »

Aujourd’hui, tu fais partie des derniers rescapés vannetais qui ont connu le National avant la rétrogradation administrative en Division supérieure élite (septième niveau) en 2014. Pourquoi, toi, tu es resté au club ?On est trois rescapés avec Christophe Coué et Franck Dufrennes. Quand le club est reparti de plus bas, les dirigeants m’ont demandé si ça m’intéressait d’encadrer les jeunes et j’ai accepté. Moi, j’arrivais en fin de carrière, j’étais installé ici. Pour des raisons familiales, on est resté là. Tu as ton réseau d’amis, tes connaissances… Et puis Vannes, c’est vachement sympa. Tu as le golfe du Morbihan, le climat n’est pas dégueulasse.

Qu’est-ce que tu fais en dehors de tes prouesses dans les cages de Vannes ? Je suis éducateur au club et en parallèle, je fais quelques heures avec l’école primaire en tant qu’éducateur sportif. Ça me permet de garder un pied dans le foot et d’élargir mes connaissances, de rencontrer des personnes intéressantes hors foot. J’ai passé mon BPJEPS pour être éducateur sportif. J’ai fait une formation pour être directeur de colonies de vacances et centres de loisirs. J’ai passé également mon brevet national de secourisme aquatique pour être surveillant de plage ou de piscine. J’ai essayé de me diversifier un maximum. Mon objectif premier, ce serait d’intégrer un staff, de devenir coach de gardiens au plus haut niveau et de continuer à prendre le plaisir que je retrouve dans cette activité depuis tout gamin.

Au début de ta carrière, tu as vécu la montée en L1 avec le MUC 72. Qu’est-ce que tu retiens de cette époque ?

Lors de ma première année au Mans, il y avait même Didier Drogba. Je suis toujours en contact avec Fabrice Pancrate, Lolo Bonnart, Yo Pelé…

Des moments extraordinaires sportivement et humainement ! Quand je suis arrivé au MUC, j’étais la doublure d’Olivier Pédémas. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin. Qu’est-ce qui m’a marqué ? Les montées, l’ambiance tout au long de l’année, on était une bande de copains. On était tout le temps chez l’un, chez l’autre. Ma première année (2000-01), il y avait même Didier Drogba. Je suis toujours en contact avec Fabrice Pancrate, Lolo Bonnart, Yo Pelé…

Quelques années plus tard, tu retrouves la Ligue 1 à Boulogne-sur-Mer…Avec les coéquipiers de Boulogne, on allait en vacances ensemble. Moi, je n’ai pas de frère, mais c’est comme si j’avais quelques frères. Il y a Greg Thil, Johann Ramaré, Damien Perrinelle, Damien Marcq, Alex Cuvillier, Antoine Devaux, Guillaume Ducatel… sans oublier les dirigeants, les intendants… Comme au Mans, il y a eu des moments difficiles, mais tu gardes des bons souvenirs.

Propos recueillis par Florian Lefèvre

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