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Albert Baning : « Je n’étais peut-être pas au bon endroit au bon moment »

Propos recueillis par Hugo Geraldo
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Albert Baning : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Je n’étais peut-être pas au bon endroit au bon moment<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Chine, Suisse, PSG, prêts en Ligue 2, Israël, Bulgarie, Sedan, amateurs. Prenez le parcours professionnel d’Albert Baning, retournez-le, et ça vous donne une carrière tout à fait linéaire. Mais c’est justement cette trajectoire pleine de surprises qui fait que le Camerounais de 40 ans a tant à apporter aujourd’hui.

Ta dernière expérience dans le foot pro, c’était du côté de Sedan en 2016. Qu’es-tu devenu depuis ?

Je suis actuellement éducateur sportif, au Saint-Denis Union Sports. Je m’occupais de la réserve de l’équipe senior l’an passé et des U18 cette saison. C’est une reconversion à laquelle j’ai vraiment songé il y a cinq ans. J’ai un peu coaché, j’ai apprécié, donc j’ai passé mon BEF (Brevet d’entraîneur de football)… Me voilà dedans à présent ! (Rires.)

C’est une manière assez classique de faire les choses, à l’inverse de ta carrière professionnelle où tu es passé directement de l’académie des Brasseries du Cameroun à la Chine à 16 ans. Comment cela s’est-il fait ?

Pour moi, tous les chemins mènent à Rome : mon rêve était de devenir pro. Il y avait plusieurs clubs français qui voulaient que j’intègre leur centre de formation, notamment le Stade rennais, mais malheureusement, cela ne s’est pas fait pour des raisons administratives. Les Brasseries du Cameroun, c’est une école très réputée pour la qualité de sa formation (Samuel Eto’o, Rigobert Song ou plus récemment Carlos Baleba y sont passés, NDLR) et pour sa présence dans de grands événements comme le tournoi de Montaigu. Il y avait beaucoup de recruteurs au bord des terrains. Lorsque les scouts du Dalian Shide m’ont approché, j’ai saisi l’opportunité.

On me disait que je n’avais rien à faire ici, que j’étais trop fort, mais la Chine a été un excellent choix.

Albert Baning, le stratège

Le niveau était-il assez bon pour ton apprentissage ?

Au moment où j’arrive, le football chinois est en pleine expansion. On me disait que je n’avais rien à faire ici, que j’étais trop fort, mais cela a été un excellent choix. En plus, j’étais encadré par un staff français avec Patrice Neveu à sa tête, l’actuel sélectionneur du Togo, donc tout était plus facile.

Il n’y avait pas de problème de communication avec tes coéquipiers ?

Non, pas du tout. On apprenait l’anglais à l’académie, donc il n’y avait pas de difficulté à communiquer, et il y avait aussi des traducteurs. On en parle souvent, mais le football est un langage universel : sur un terrain, les déplacements et les comportements parlent plus que les mots. Pour moi, maîtriser la langue du pays où tu joues est secondaire. Si je prends l’exemple du PSG, certains joueurs ne savaient dire que deux ou trois mots de français, mais s’ils arrivaient à communiquer avec le staff et leurs coéquipiers, est-ce qu’on peut le leur reprocher ? On ne sait pas si un joueur ne veut pas apprendre la langue ou s’il est juste mal à l’aise avec elle. Cela reste des interprétations qui peuvent être perçues comme un manque de respect.

Albert Baning avec Saint-Denis en 2023, en Coupe de France &#8211; Photo by Icon Sport
Albert Baning avec Saint-Denis en 2023, en Coupe de France – Photo by Icon Sport

En parlant du PSG, tu t’y engages en 2006 après une saison à Aarau. Il sort de nulle part ce transfert, non ?

On pourrait croire que c’est fantasque, mais non ! (Rires.) Je devais avoir 20 ou 21 ans, je sortais d’une bonne saison, des recruteurs du PSG se sont intéressés à moi, et le club a trouvé un accord avec mes représentants. Les cadors du championnat suisse comme Young Boys Berne ou le FC Bâle suivaient mon dossier. En France, des représentants de Strasbourg venaient me voir tous les week-ends, mais lorsque le PSG est entré dans la course, j’ai tout de suite choisi de les rejoindre.

Gérard Houllier, alors entraîneur de l’OL, t’avait validé auprès de son ami et président du PSG Alain Cayzac, et on t’a présenté comme « le nouveau Patrick Vieira »…

On ne va pas aller jusque-là, mais j’étais jeune, j’avais inscrit quelques buts et je pense que j’avais un profil intéressant.

Penses-tu qu’avec les technologies et l’avancement du scouting actuel, tu aurais pu signer à Paris ?

Le processus est le même qu’auparavant. À l’époque, il fallait déjà que plusieurs représentants valident un transfert, ce qui entraînait de faire beaucoup de déplacements. La différence aujourd’hui, c’est la vitesse de communication. Avant, on envoyait des CD qui mettaient plusieurs jours à arriver, alors que maintenant tout va plus vite. Si les performances sont les mêmes, il n’y a pas de raison que la trajectoire soit différente. Après, c’est un conseil que je donne aux jeunes d’aujourd’hui : tu peux avoir le parcours que tu veux, si tu n’es pas performant sur le terrain, tu n’es pas crédible.

Peut-on parler de chance ?

Il y a toujours une part de chance dans le football, mais il faut surtout que la bonne personne soit présente au bon moment. Tu peux faire quelque chose pendant un match qui tape dans l’œil d’un recruteur et pas d’un autre.

Imagine un PSG qui ne gagne pas : tu ne peux pas te permettre de faire confiance à certains joueurs, surtout aux jeunes, sauf si tu les as expressément voulus.

Albert Baning

Tu n’as joué que cinq matchs officiels au PSG. Tu ne regrettes pas d’avoir fait ce choix ?

Non, pas du tout. J’étais dans le groupe pro, je m’entraînais avec l’équipe première et j’ai fait de mon mieux. Mais il faut comprendre qu’au PSG, c’est particulier. Comme je te l’ai dit, mon transfert s’est fait entre présidents et agents. Je n’ai pas reçu d’appel du coach Lacombe. Lui, il avait beaucoup de pression sur ses épaules. Imagine un PSG qui ne gagne pas : tu ne peux pas te permettre de faire confiance à certains joueurs, surtout aux jeunes, sauf si tu les as expressément voulus.

 

Les <em>highlights</em> d’Albert Baning au PSG sont à chercher lors des amicaux.
Les highlights d’Albert Baning au PSG sont à chercher lors des amicaux.

C’est une des leçons que ce passage t’a inculquées ?

Exactement. Je faisais mes matchs, puis je partais en prêt, et ainsi de suite. Je n’étais peut-être pas au bon endroit au bon moment. Quand un club te veut, il met tout en œuvre pour toi, dans la limite du raisonnable. Ensuite, c’est à toi de faire le maximum sur le terrain. À l’inverse, tu peux avoir la sensation de jouer comme Messi à son prime, si tu n’es pas le profil recherché, c’est compliqué de s’imposer. En plus, tu ressens quand tu es important dans un groupe, et c’est ce que j’ai ressenti en arrivant à Sedan.

Ce qui explique ton retour là-bas en 2014 après y être passé en prêt en 2007-2008 ?

Oui. À Sedan, j’ai ressenti que j’étais important, j’ai pu me développer et m’adapter au championnat français. On était en Ligue 2, c’était très bien. En plus, on finit quatrièmes et on atteint les demi-finales de Coupe de France.

Pourquoi ne pas y être resté directement ?

J’ai fait le choix de revenir au PSG parce que je ne voulais pas rester sur ce qui ressemblait à un échec selon moi. Mais c’était une erreur : j’aurais peut-être dû continuer trois, quatre, voire cinq ans en Ligue 2 avec Sedan avant d’aller chercher un club de Ligue 1.

On joue quatre matchs aux JO de Pékin, j’en dispute seulement deux car je prends deux cartons rouges.

Albert Baning, exclu malgré lui

Cette saison 2007-2008 marque aussi tes débuts avec la sélection camerounaise.

J’ai eu la chance de disputer les Jeux olympiques de Pékin, « chez moi ». (Rires.) On joue quatre matchs, j’en dispute seulement deux, car je prends deux cartons rouges. Pourtant, je commence bien la compétition, et on tombe en quarts de finale contre le Brésil de Ronaldinho, Anderson, Marcelo, Diego. Je prends un premier jaune largement contestable à la quatrième minute. On rentre au vestiaire à 0-0, reprise du match, je prends le second à la suite d’une faute sur Lucas Leiva, et on perd en prolongation (2-0)

Sans cette expulsion, tu voyais le Cameroun gagner ?

Il y avait de fortes chances, on faisait jeu égal. Sans ce carton rouge, on pouvait passer les quarts de finale.

Tu n’as pas joué la CAN, mais tu as évolué en 2012 avec de futurs champions d’Afrique en arrivant à Metz, alors relégué en National.

Oui. Quand j’arrive, l’objectif est de remonter en Ligue 2. On en avait un bon groupe avec des jeunes comme Bouna Sarr, Kalidou Koulibaly, Sadio Mané, qui était sur le départ pour Salzbourg. J’ai eu l’occasion d’échanger avec eux, je suis très content pour eux.

La Chine, la Suisse, la France, puis Israël et la Bulgarie : tu es un globe-trotteur ?

On peut dire ça comme ça. Comme je te l’ai dit, quand un club te veut vraiment, il te le fait sentir. Quand je signe au Maccabi Tel-Aviv, j’avais des appréhensions à cause du contexte politique. Ils sont venus me voir, toutes les conditions étaient réunies. Sur place, le championnat se déroulait normalement. Pour le Slavia Sofia, c’était pareil.

À quel moment faut-il quitter un club ?

Quand on ne peut plus donner le maximum. Par exemple, à Tel-Aviv, je souffrais d’une pubalgie. Malgré cela, les dirigeants voulaient me garder et me faire jouer pendant mon traitement. Je savais que mes performances allaient en pâtir. J’étais encore jeune et le fait de ne pas pouvoir exploiter mes capacités me dérangeait. J’ai préféré partir et rester sans club durant ma convalescence.

 

Comment tu t’occupais pendant ton temps libre ?

J’étais chez moi, je regardais la télé, et je faisais du foot. Je n’étais pas un grand fan de PlayStation, mais je n’étais pas nul non plus. (Rires.) En revanche, en Chine, j’y jouais souvent avec mes coéquipiers. Aujourd’hui, je joue avec mon fils sur FIFA.

Tu sais que ton joueur était « cheaté » sur PES 4 ?

Je ne savais pas que j’avais de bonnes stats… Peut-être que je devrais l’acheter ! En tout cas, ça veut dire qu’on pouvait me trouver bon dans la vraie vie. (Rires.)

Maintenant que tu avances dans le coaching, où te vois-tu évoluer ?

J’avance étape par étape : je fais mes classes comme coach, et on verra où cela me mène. Sedan a été un coup de cœur, et ça me plairait de participer à sa reconstruction. Même si j’ai passé d’excellents moments ailleurs, c’est le club qui m’a permis de grandir. J’aimerais le revoir au plus haut niveau du football français.

 

Ganago, pour Chloé

Propos recueillis par Hugo Geraldo

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