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Pauleta : « Un but marqué à Paris, ça vaut trois buts à Bordeaux »

« Jamais de ma vie, je ne pensais devenir un joueur professionnel » , assure-t-il. Parce qu’avant de martyriser Fabien Barthez, Pedro Miguel Pauleta livrait des packs d’eau à São Miguel, une île plantée au milieu de l’océan Atlantique. Presque dix ans après sa retraite, l’Aigle des Açores déploie ses ailes au-dessus de sa vie : son archipel natal, un cycliste nommé Jean-Pierre et Nelly Furtado. Entretien avec une légende toujours pimpante à 44 ans.

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Presque dix ans après ton dernier match sous le maillot du PSG – la finale de la Coupe de France 2008 perdue contre Lyon –, tu es devenu ambassadeur du club parisien. Qu’est-ce qui a marqué ta vie depuis ta retraite des terrains ?
Quand j’ai arrêté, je suis rentré chez moi, aux Açores. Trois, quatre ans après, j’ai été nommé directeur de la formation par la Fédération du Portugal. Aujourd’hui, j’accompagne toutes les sélections de jeunes du Portugal : des U15 jusqu’aux U21. J’habite à Lisbonne. Je suis aussi ambassadeur du tourisme aux Açores. C’est ça ma vie, c’est plus tranquille, ça me plaît.

Pourquoi ce lien si fort avec le PSG ?
C’est vrai que ce n’est pas « normal » . Mais, chaque fois que je reviens en France, je sens que les supporters ne m’oublient pas. Ça veut dire que j’ai fait des belles choses ici, sur le terrain et en dehors. Les gens admirent la personne, et ça, ça me plaît beaucoup.

En tant qu’ambassadeur du PSG, quand tu discutes avec un jeune de 15 ans, comment le convaincre de s’inscrire dans le projet du PSG, alors que le club veut gagner la Ligue des champions à court terme en ne misant pas forcément sur la formation, mais en achetant des joueurs à 100, 200 millions d’euros ?
C’est comme ça si tu veux être un club énorme. Manchester City achète tout le temps, Manchester United fait la même chose. Si tu regardes le Real Madrid... Bon, Barcelone, c’est un peu différent... Paris a aujourd’hui les moyens pour acheter des grands joueurs. Bien sûr qu’il faut continuer de travailler la formation. Moi, je suis un défenseur de la formation. Il y a 10 millions d’habitants en région parisienne, c’est l’équivalent du Portugal, où des joueurs sortent chaque année. Ça veut dire que si le club travaille bien dans la formation en région parisienne, Paris va trouver des grands joueurs, comme Mbappé, par exemple.



Tu as grandi sur l’île de São Miguel, aux Açores. Quand on regarde l’archipel sur la carte, on a l’impression que les îles sont voisines, mais la terre la plus proche de São Miguel est à plus de 100 km...
Pour aller sur les autres îles, tu dois prendre l’avion ! Moi, je suis né sur la plus grande île des Açores. Comme tous les gens qui habitent sur une île, on est plus soudés, plus timides, plus fermés. C’était ma nature. J’ai fait beaucoup d’efforts pour en arriver là... Je rêvais de porter le maillot du Portugal, de marquer un jour un but pour la sélection. Les gens disaient que j’étais un peu différent des autres. Pas beaucoup plus fort, mais différent. J’ai toujours eu la qualité devant le but, mais quand tu joues dans la rue, normalement, il y a d’autres enfants qui jouent avec toi, qui sont meilleurs que toi. J’ai vu une interview de Cavani – je crois – où il disait la même chose. Après, tu y arrives grâce à ta mentalité, ta volonté... Ça, c’était ma force.

Quelle image avais-tu du monde depuis les Açores ?
« La première fois que je suis parti à Lisbonne, j’avais 15 ans, c’était pour faire un essai au Benfica. Au bout de 15 jours, je suis reparti. Je pleurais ma maman et je suis rentré chez moi. »
Arriver à Lisbonne, déjà, c’était extraordinaire. Je te parle même pas de la France, de Paris, des autres pays... Nous sommes tous portugais, mais tu sais, quand tu habites sur une île, les choses arrivent toujours un peu plus tard : la télévision, la radio... La première fois que je suis parti à Lisbonne, j’avais 15 ans, c’était pour faire un essai au Benfica. J’habitais en bas du stade de Benfica. Au bout de 15 jours, je suis reparti. Je pleurais ma maman et je suis rentré chez moi. L’année d’après, je suis parti à Porto, je suis resté un an... C’est difficile à expliquer, la mentalité insulaire. Mais, aujourd’hui, un jeune de huit, neuf ans, il est déjà allé à Lisbonne 50 fois...

Qu’est-ce qui animait tes journées à São Miguel en dehors du foot ?
J’étais un enfant normal. À l’école, le matin. L’après-midi, je jouais au football. Je me rappelle, je passais tous les après-midi, toutes les vacances, à jouer au foot. Un ami avait confectionné un but sur un mur, il centrait, je marquais... Même sans gardien, je passais mon temps à faire ça. Chaque fois que je vois un ballon, je cherche quelque chose à cadrer. La dernière fois que j’ai cadré un ballon, c’était vendredi dernier (l'entretien s'est déroulé le jour de PSG-Real Madrid, ndlr), au Portugal. On se retrouve entre anciens joueurs.

Aux Açores, l’économie est basée sur le tourisme, l’agriculture, la pêche. Et toi, tu pêches ?
Mon père pêchait à la ligne le carapau (chinchard en français, ndlr), on les mangeait après à la maison. Il aimait beaucoup la pêche, je l'accompagnais, on y allait même le soir. Pêcheur ou buteur : tu dois être patient, attentif, disponible, très concentré... Mais je mentirais si je disais que j’étais un fan de pêche. Moi, c’était le foot tout le temps.

Comment il réagissait, ton père, quand tu lui parlais de tes rêves de devenir footballeur ?
Mon père était joueur de foot. Demandez aux gens des Açores, tout le monde vous dira que mon père était meilleur que moi.
« Demandez aux gens des Açores, tout le monde vous dira que mon père était meilleur que moi. »
Les gens me disent : « Pedro, tu étais bon, mais ton père, s’il avait eu la même envie et les mêmes opportunités que toi, il aurait été sûrement meilleur. » Il a joué en troisième division aux Açores. À son époque, c’était plus difficile encore de partir. C’était le vrai neuf, mais dans un style différent. Il était plus physique, plus agressif, très malin dans le duel avec les défenseurs. Mon père, il adore Benfica. Mais il m’a toujours laissé tranquille. Jamais il ne venait me voir jouer quand j’avais neuf, dix, douze, treize ans. Il devait travailler.

Ta mère était employée dans une école, ton père, qui était peintre en bâtiment, n’a jamais voulu quitter la maison qu’il a construite. Pourquoi ?
Jusqu’à aujourd’hui ! C’est sa façon de vivre. Quand je reviens aux Açores, je suis obligé de revenir manger le dimanche midi chez mes parents. Ma maman, peut-être que je peux la convaincre de partir de la maison, mais mon père, c’est impossible.

Qu’est-ce qu’on mange chez les Pauleta ?
Un peu de tout. Aux Açores, la viande, le poisson, tout est très bon.... Tu sais, quand j’étais en France, tout le monde parlait de la morue. C’est vrai que c’est le plat favori de tous les Portugais, que c’est très bon, mais au Portugal, on n’en mange pas tant que ça. Mon plat préféré ? J’adore le poisson grillé aussi bien qu’une belle viande avec des frites.

Tes parents ont aussi tenu à continuer d'aller travailler, même si tu avais les moyens de les mettre à l’abri...
Ma maman, chaque année, je lui disais : « Prends ta retraite. » Et chaque année, elle continuait de travailler à l’école – bon, elle a arrêté maintenant. Elle s’y sentait bien, elle rencontrait des gens. Je le comprends, parce qu’à la maison, elle serait restée seule... Nous sommes une famille simple.

Adolescent, tu pensais devenir professionnel ?
Imagine, quand tu nais aux Açores, jamais tu ne penses devenir professionnel ! À l’époque, mon rêve, c’était de jouer à Santa Clara, le meilleur club des Açores, en troisième division. Après, ça a évolué tellement vite ! J’ai eu la chance d’avoir l’opportunité d’aller à Estoril, en D2. J’ai terminé meilleur buteur et je suis allé en Espagne. Jamais de ma vie je ne pensais devenir un joueur professionnel. J’y ai pensé seulement à partir du moment où j’ai été appelé en sélection à 16 ans. Cette année-là, j’évoluais à Porto. Et je suis revenu aux Açores l’année suivante. Je pensais faire ma vie aux Açores. Je pensais travailler la journée et jouer au football le soir pour gagner un peu d’argent. C’était ça pendant deux, trois ans.

« Je pensais travailler la journée et jouer au football le soir pour gagner un peu d’argent. C’était ça pendant deux, trois ans. J'étais livreur de packs d'eau. »
Tu faisais quoi ?
J'étais livreur de packs d'eau. Et, après, quelqu’un m’a appelé : « Je veux que tu viennes jouer à Estoril avec le coach Carlos Manuel. » J’ai dit non, je ne veux pas. Deuxième appel, je vais réfléchir. Il a insisté, insisté, insisté. Alors, j’ai dit : « Bon, je vais me marier, et je vais voir... » Et je suis parti à Estoril à 22 ans.


Mais, est-ce qu’il y avait un autre métier qui te plaisait quand tu étais jeune ?
Non, mon métier, c’était le football. Je n’ai pas fait de grandes études. Je n’étais pas bon. Même les professeurs disaient : « Il est intelligent, mais il ne travaille pas, il est pressé de sortir pour aller jouer... » La matière qui me plaisait, c’étaient les mathématiques. On me disait : « Putain, tu es joueur de foot, tu gagnes de l’argent, c’est parce que tu étais bon à faire des comptes. » (Rires.)

Est-ce que tu aurais quitté ton île si tu n’avais pas été footballeur ?
Le rêve de tous les habitants des Açores, c’est de partir aux États-Unis. Il y a eu une vague d’immigration dans les années 1970. La famille de mon père est partie. La sœur de mon père nous a envoyé une lettre pour qu’on les rejoigne vers Boston.
« Quand il est parti aux États-Unis, les amis de mon père lui disaient : "Reste là-bas, et ton fils va jouer pour la sélection des États-Unis à la Coupe du monde 1994 !" »
Si tu vas dans des villes qui s’appellent Fall River, Darmouth, à quarante minutes de Boston, tu trouveras plus d’Açoréens qu’aux Açores ! Les Açores, c’est 250 000 habitants, aux États-Unis, il y en a plus de 300 000. Les Açoréens rêvent de partir, mais nous, non. Une fois, mon père est parti là-bas, j’avais douze, treize ans. Un mois après, il est revenu. Il n’aimait pas cette vie. C’est sa mentalité insulaire. Même quand il vient me voir à Lisbonne, au bout de trois jours, il veut rentrer. À l’époque, je me le rappelle très bien, les amis de mon père lui disaient : « Reste là-bas, et ton fils va jouer pour la sélection des États-Unis à la Coupe du monde 1994 ! » On en rigolait.

La deuxième personnalité connue originaire des Açores, c’est Nelly Furtado, la chanteuse. Tu la connais ?
Je l’ai connue, car c’est elle qui a composé la chanson de l’Euro 2004. Je l’ai saluée, mais c’est tout. C’est vrai que toute sa famille est née à Ponta Garça, à une heure de Ponta Delgada, chez moi. Ensuite, ils sont partis au Canada... Et il y a aussi l’acteur Tom Hanks, son papa est originaire des Açores.

La particularité de ta carrière, c’est que partout où tu as joué, quelque chose te rattachait au club. Explique-nous...
Dans tous les clubs. C’est incroyable ! Pourquoi Estoril ? C’est un club qui a joué contre Porto pendant 30 ans, et jamais il n’a perdu contre Porto. J’avais toujours en tête ce club. À Salamanque, l’entraîneur, c’était João Alves, un Portugais qui y a fait de belles choses en tant que joueur. Tout le monde parlait de Salamanque au Portugal. Après, La Corogne, c’était l’époque de Bebeto, Mauro Silva, Djalminha... On termine champions. Bordeaux, c’était Fernando Chalana, qui y a joué. Paris, c’était Artur Jorge, qui a gagné le titre de champion.

Quand tu arrives à Bordeaux, à l’aéroport, tu rencontres un certain Jean-Pierre, qui va devenir ton ami...
J’avais joué à Salamanque avec un gardien, Ignacio Aizpurùa, ancien directeur sportif de Levante. Quand je signe à Bordeaux, il a appelé ce Jean-Pierre, et en arrivant à l’aéroport, il m’attendait avec son fils... Bon, dès qu’un Portugais arrive, dans n’importe quel endroit, il y a toujours quelqu’un qui l’attend, donc, au départ, je me suis un peu méfié. « C’est Aizpurùa qui m’envoie, si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis là ! » Le lendemain, il était là, à l’entraînement...

Tu as une anecdote pour illustrer votre relation ?
Ça faisait un mois que j’étais à Bordeaux, quand je l’invite à déjeuner après un entraînement. Jean-Pierre travaillait au centre ville et il adorait le vélo, il faisait des courses, et tout ! Donc, j’arrive au restaurant et je le vois débarquer avec son vélo dans son costume-cravate. Je lui ai dit : « Putain, Jean-Pierre, tu es venu en vélo ?! » , il me répond : « Ouais, même si à Bordeaux, c’est pas facile de rouler ! » On déjeune tranquillement et pour rentrer, je lui demande des indications pour la route. Il me répond : « T’inquiètes, Pedro, roule derrière moi ! » « Mais, Jean-Pierre, tu es en vélo et je suis en voiture avec ma femme et mon fils... » C’était en plein mois de septembre, donc il faisait encore très chaud. Et il commence à rouler et à transpirer de partout dans son costume. Il ne s’arrêtait pas ! Pendant 15-20 minutes, j’étais derrière lui, je rigolais dans la voiture ! Et ma femme : « Dis-lui de s’arrêter ! » Une fois arrivés à la rocade, il nous a fait signe pour prendre la bonne direction. (Rires.) C’est un mec super. Après, on a construit notre amitié, c’est une personne magnifique, vraiment. Même après mon départ pour Paris, c’est lui qui s’occupait de moi, au niveau financier, vu qu’il travaille dans une banque. Aujourd’hui, c’est le président de la peña (club de supporters, ndlr) Real Madrid à Bordeaux.

Jean-Pierre était là pour t’accueillir, mais comment s’est passée ton intégration en France ?
Facilement, grâce à deux choses. La première est simple : j’arrive mardi, et mercredi je marque trois buts. Pour la confiance, c’est un bon début. La semaine d’après, je marque encore trois buts. La deuxième chose, c’est que Bruno Basto est arrivé quinze jours après moi. Bruno, il parlait mieux français que les Français. On était très proches, donc il m’a beaucoup aidé. Après, que ce soit en Espagne, en France... Ma vie a toujours été la même. Je suis quelqu’un de familial, je sortais uniquement pour le football, donc c’était facile.
« J’arrive à Bordeaux mardi, et mercredi je marque trois buts. Pour la confiance, c’est un bon début... »

Donc, tu as marqué ton triplé contre Nantes, le futur champion, au lendemain de ton arrivée en France ?
La veille, j’arrive à midi, je me suis entraîné à 16 heures et j’ai marqué je ne sais combien de buts à Ramé durant la séance. Tous mes coéquipiers étaient surpris : « Le mec arrive et il commence à marquer... C’est peut-être un joueur d’entraînement... » Le lendemain, je mets trois buts... Ils ont vu que c’était différent... Mais toute l’équipe m’a beaucoup aidé, surtout Bruno Basto.


Les supporters de Bordeaux aiment penser que tu étais meilleur en Gironde qu’à Paris. C’est vrai, selon toi ?
« J’ai joué trois ans chez les Girondins, en marquant plus de 90 buts... Mais, la vérité, c’est qu’un but avec le PSG, ça en vaut trois avec Bordeaux. »
Si tu regardes mon nombre de buts par rapport à mon nombre de matchs là-bas, oui. J’ai joué là-bas trois ans, en marquant plus de 90 buts... Mais, la vérité, c’est qu’un but avec le PSG, ça en vaut trois avec Bordeaux.

Pourquoi ?
C’est comme ça. C’est comme si, aujourd’hui, tu marques un but avec le Real Madrid, ce ne serait pas la même chose que si tu en marquais deux ou trois avec un autre club comme La Corogne. Ce sont des grands clubs, avec tout ce qu’il y a autour, la presse...


À la base de ton transfert à Paris, il y a cette rencontre avec Francis Graille devant l’ascenseur, quand tu as reçu le trophée UNFP de meilleur joueur de la saison 2002-2003...
C’était à la fin de la cérémonie. Je parlais avec Bruno Basto, quand un homme se met devant moi : « Pedro, Pedro, bonjour, je vais vous faire venir au PSG. » J’ai commencé à rigoler : « Ouais, ok, à une prochaine » , et il me dit : « Je suis Francis Graille, je vais devenir le président du PSG. » Et je suis parti. Ensuite, il a appelé mon agent et ça s’est fait. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup.

Durant ta première année à Paris, vous vous qualifiez pour la Ligue des champions et ensuite, ce sont des années de galère en championnat. Qu’est-ce qui t’a raccroché au PSG malgré le faible niveau de l’équipe ?
Tu penses toujours que ce sera mieux l’année prochaine. Quand tu arrives dans un club et que tu fais une telle première saison, et qu’ensuite, tu vois Sorín partir, Gaby (Heinze) partir, Déhu partir, Fiorèse partir... qu’est-ce que tu veux de plus que ça ? (Dépité, ndlr) Puis, arrive le moment où tu as 33 ans et tu te dis que, bon, tu es bien dans ce club et tu n’as pas forcément envie de partir.

Tu es d’un naturel timide, réservé. Qu’est-ce qui faisait de toi un bon capitaine au PSG ?
Dès le départ de Déhu, j’avais pris le brassard. Après, ils m’ont demandé de faire certaines choses : crier, faire du bruit... ce n’est pas mon style. Pour être capitaine, déjà, tu dois tout le temps être sur le terrain, montrer l’exemple et respecter ton collègue. Ça, c’est le plus important. Ce n’est pas nécessaire de crier tout le temps, de faire du bruit, de parler à la presse tous les jours. À partir du moment où ils ont accepté ma manière d’être, j’ai accepté d’être le capitaine.

Est-ce que tu as forcé ta nature, dans le vestiaire, quand le club flirtait avec la relégation ?
Ahhh oui... Il y a eu des moments très chauds, difficiles, où les supporters venaient nous voir. Ça m’arrivait de m’énerver, des fois, je parlais en portugais et en français, enfin dans toutes les langues pour essayer de m’expliquer. Je sentais toujours beaucoup de respect des joueurs vis-à-vis de moi. Pas uniquement le respect du joueur, mais aussi celui de la personne.


Lors de ton dernier match au Parc des Princes, tu as fondu en larmes devant les supporters, comment tu pourrais expliquer le Parc à quelqu’un qui n’y est jamais allé ?
Tous les joueurs qui sont passés au PSG pourront te le dire, le Parc, c’est un stade spécial. J’ai eu la chance de connaître le Parc plein avec les vrais supporters... À chaque fois que je suis entré dans ce stade, depuis le premier jour où je suis arrivé, les gens chantaient mon nom. J’étais obligé de marquer ! Quand tous ces gens chantent ton nom... C’est un stade spécial avec des supporters spéciaux. Tu t’imagines, ça fait 10 ans que je suis parti et ça continue ! J’ai l’impression d’avoir arrêté la semaine dernière. J’espère qu’un jour, je serais invité pour jouer une nouvelle fois au Parc.

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Ce qui a facilité les choses, c’est que tu as souvent marqué contre l’OM...
C’est ça, aussi, quand tu joues dans un grand club, il existe toujours un grand rival. J’ai eu de la chance car, contre Marseille, j’ai souvent marqué des buts. Et en plus, le gardien, c’était Fabien Barthez. On parle quand même d’un champion du monde, champion d’Europe...

Tu n’avais pas un physique monstrueux ni une grande vitesse. Qu’est-ce qui faisait ta force en tant que buteur ?
J’ai toujours été à la limite du hors-jeu, j’ai toujours essayé d’être intelligent et de cadrer le plus possible. Je n’étais pas très intelligent à l’école, mais dans le football, j’étais très intelligent avec les défenseurs, en jouant le hors-jeu...

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Tu n’as jamais joué en D1 portugaise ni avec José Mourinho. Tu aurais aimé évoluer dans une de ses équipes ?
Bien sûr. Une fois, avec la sélection du Portugal, il y avait toute l’équipe de Porto ayant gagné la Ligue des champions, plus moi. Une autre fois, il y avait toute l’équipe de Porto, plus moi et Figo. J’étais le seul joueur de la sélection n’ayant pas évolué sous ses ordres. Récemment, il a dit dans une interview : « Mon regret, c’est de ne pas avoir entraîné un des rares joueurs portugais : Pedro Pauleta » ...

L’Euro 2004, c’est ton plus grand regret ?
« L'Euro 2004, c'est mon plus grand regret. Pendant la finale, je jouais avec une infiltration dans un doigt du pied droit, je m’entraînais avec la chaussure coupée pour ne pas me faire mal au pied. »
Oui. Cette année-là, j’ai fait une grande saison à Paris. On gagne la Coupe de France et je marque tous les buts de la campagne. On finit deuxième du championnat et j’arrive à l’Euro, physiquement, à la rue. D’un côté, cet Euro, ça a été le meilleur du Portugal jusqu’à l’année dernière. Mais, quand tu perds une finale, à la maison et contre la Grèce... avec tout le respect que j’ai pour la Grèce... ce n’est pas l’Italie, la France ou l’Espagne. C’est vrai que c’était dur. En 88 matchs avec la sélection, c’est la seule fois où je suis resté pendant cinq matchs sans marquer un but. Je le vivais très mal, même encore aujourd’hui. Pendant la finale, je jouais avec une infiltration dans un doigt du pied droit, je m’entrainais avec la chaussure coupée pour ne pas me faire mal au pied, j’avais des problèmes de pubalgie à la fin du championnat... Je ne veux pas chercher d’excuse, mais j’étais complètement à la rue physiquement.

Durant ta carrière, tu ne voulais plus quitter Paris. Pourtant, c’est une vie complètement différente de celle que tu connais aux Açores, paisible...
C’est vrai, mais j’habitais à Chambourcy, dans la nature (à côté du centre d'entraînement de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, ndlr). Après, habiter à Paris, aux Açores, à Lisbonne... si tu mènes une vie tranquille, c’est la même chose. Aujourd’hui, de temps en temps, je vais dans le centre-ville de Lisbonne. Mais, en fait, j’ai plus connu Paris quand j’étais joueur en Espagne et que je venais faire du tourisme, que lorsque je jouais pour le PSG.

Propos recueillis par Florian Lefèvre et Gad Messika