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Le Chili ou la mort dans l'après-midi

À peine commencés, à peine exécutés. Les penalties ont fait leur première victime hier à la fin de ce Brésil-Chili en huitièmes de finale. Tant mieux pour le Brésil. Tant pis pour nous.

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Les choses les plus simples sont toujours les plus difficiles. Tout le monde sait tirer un pénalty, il suffit de savoir frapper dans une balle et la projeter au devant de soi. L'intérieur du pied pour la précision, le coup de pied pour la puissance ; c'est l'une des premières choses qu'on apprend quand on signe sa licence de football. Le pénalty est un exercice très simple qui ne nécessite pas d'entraînement technique particulier si ce n'est celui de la coordination de la course d'élan avec la frappe. Non, pour se figurer ce qu'est un pénalty, il faut changer de plan. La difficulté de cet exercice - peut-être le plus difficile du football - tient à sa symbolique. Cruyff disait qu'il était vain d'entraîner les penalties parce que la question n'était pas de savoir si un joueur en était techniquement capable ou non. Ce qu'il fallait savoir, c'était si, malgré le contexte d'un stade pris dans l'amoncellement de cris, de larmes et de tension, un joueur saurait garder son calme. Et la seule manière de s'y préparer, selon Cruyff, ce n'est pas de s'entraîner à frapper du plat du pied. Mieux vaut s'exercer plutôt à retenir sa respiration, plonger sa tête sous l'eau, et rester le plus longtemps possible en apnée sans remonter. Supportez alors l'accélération de votre pouls dans vos tympans, la sensation d'étouffement qui écrase le thorax sous des litres d'eau et la claustrophobie qui prend la gorge dans une tenaille et sert petit à petit jusqu'à vous empêcher totalement d'expirer. En somme, une séance de penalties n'est rien d'autre que la mort figurée. Hier soir, le Chili s'est noyé le premier.

Les balles fusent


Les Brésiliens étaient pourtant les plus terrifiés par l'enjeu qui s'épaississait au-dessus d'eux. Moins il parvenait à marquer ce deuxième but qui les qualifierait, plus ils reculaient et plus, dans leur imaginaire, ils avaient dû affronter le fantôme terrifiant d'une élimination à domicile en huitièmes de finale. Quand Mauricio Pinilla tapa sur la barre transversale à quelques secondes de la fin du match, les Brésiliens sentirent siffler une balle tout prêt de leur tympan. Une élimination eut été une mort sportive pour les onze joueurs présents sur le terrain. On ne mesure peut-être pas assez la prégnance de cette angoisse qui glaça le sang de ces pauvres hommes. Il n'y a peut-être que la finale du Mondial 1994, quand le Brésil s'imposa aux tirs au but contre l'Italie, ou celle de 2006, quand la France tomba pour 10 centimètres (encore) contre l'Italie, qui peuvent aider à prendre la mesure de l'angoisse que ressentirent Thiago Silva, Neymar et Júlio César. Les yeux injectés de sang, le geste nerveux, les cuisses qui se dérobaient, ils tentèrent de rester debout. Ils savaient que s'ils manquaient cette épreuve dans leur Mondial en huitièmes, ce n'était pas la déception et la tristesse qui les guettaient, mais la damnation jusqu'à la fin des temps. Dans cette séance, ils n'affrontaient pas le Chili. Ils affrontaient leur propre destin.

Tirer sur le tireur


Alors quand Gonzalo Jara s'avança pour une dernière salve, il esquissa un sourire nerveux. Peut-être pensait-il qu'en détendant ainsi les muscles de son visage et en les forçant à dessiner un rictus joyeux, son esprit et son corps suivraient la même courbe emphatique et s'apaiseraient comme par magie. Pour se détendre, lui avait-on dit, il suffisait de respirer bien profondément, de faire le vide et de ne pas douter. Et puis surtout, faire simple. Intérieur, côté ouvert, à ras du poteau. C'est imparable. Il visualisait cette frappe, juste cette frappe. Il ne pensait pas aux bruits du stade. Pas aux bruits du stade. La qualif, juste la qualif. Pas le Brésil, pas ici, pas maintenant. Seulement le Chili. Il allait y arriver, il allait le célébrer. Il n'avait droit qu'à une seule balle. Il suffirait de la placer le plus loin possible de Júlio César, et puis ce serait fini. Un autre raterait, mais pas lui, non pas lui... Mais au moment de regarder le gardien brésilien dans les yeux et d'exécuter la sentence, tout s'effondra et la respiration lui fit défaut. Il détourna le regard d'un coup vers le sol. Il était terrifié. Son esprit venait de se raviser. En fait, cette cage était beaucoup trop petite vue d'ici, ce gardien était beaucoup trop énorme, trop agile. Il ne voulait plus le tirer, ce péno. Mais c'était trop tard, beaucoup trop tard. Il avait déjà pris son élan. Il ne pouvait plus compter que sur la chance. Tirer et puis attendre. Tirer et puis prier. Lors une séance de pénalty, le fusillé n'est pas celui qu'on croit. La victime, c'est le tireur, pas le condamné.

La métaphore, toujours


La balle ricocha contre le poteau et exécuta le Chili. Jara prit sa tête dans ses mains, son pays était éliminé et c'était de sa faute. Le traditionnel spectacle de joie collective par lequel s'achève toute séance d'exécution rituelle se fit d'autant plus insupportable. La joie extatique de ceux qui venaient d'échapper au désastre d'une défaite à domicile prit toute la place, au mépris de la bienséance devenue impossible à respecter. Quand on a été spectateur d'un tel supplice, on ne sait pas s'il faut être heureux d'être encore en vie ou triste d'avoir assisté à une telle exécution. Si on avait inventé le match nul, c'est parce que, parfois, dans la vie, il n'y a pas de vainqueur ni de vaincu et qu'il vaut mieux ainsi partager les points plutôt que de s'entretuer. Pourtant, pour qu'il y ait un champion, il faut bien qu'il y ait un vainqueur. La séance de pénalty, c'est donc la sublimation du football comme métaphore de l'existence. Parce que ce n'est plus vraiment un jeu, parce que tout à coup la mort reprend le dessus. Forcément, on se dit donc que cinq tirs au but chacun, c'est un moindre mal. Au fond, une séance de pénalty, c'est ce qu'il y a de mieux pour éviter l'arbitraire. C'est une école de la mort où, pour survivre, il faut apprendre à retenir sa respiration sans jamais avoir peur de s'étouffer. Celui qui garde son sang froid sera gracié. Celui qui doute, aura la tête tranchée. On n'a pas trouvé supplice plus cruel depuis l'invention de la guillotine.

Par Thibaud Leplat
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Jamais vu autant d'articles sur une même équipe.
Mais pourquoi???
Mark Renton Niveau : CFA2
Message posté par Ruud04
Jamais vu autant d'articles sur une même équipe.
Mais pourquoi???


Tu es sûr ? Le PSG, ça te dit rien?
Pire que le PSG, mec!
Mais bon, c'est écrit par la plume la plus débile jamais lue!
Tu vois quoi, genre j'aime le foot latin, le toque, extérieur trois doigts..
Thibault Laplatitude
Moi j'aime bien son style. Celui que j'exècre c'est Cheriff Ghemmour et sa plume putassière
Tombé et sorti de belle maniere du groupe de la mort, la Roja se retrouve face à son pire cauchemar en phase finale. Dommage de la voir sortir si tôt, une bien belle équipe chilienne, bien équilibrée et solide dans toutes des lignes.
Message posté par Ruud04
Jamais vu autant d'articles sur une même équipe.
Mais pourquoi???

Pourquoi? Parce qu'on aime les perdants magnifiques.
Moi je trouve que la poésie de cet article colle plutôt bien aux émotions ressentis en suivant la rencontre.
et puis y a un vrai style littéraire donc pour moi c'est très réussi...
Que ceux qui n'aiment pas l'auteur n'en dégoûtent pas les autres.
Message posté par hmiller
Moi j'aime bien son style. Celui que j'exècre c'est Cheriff Ghemmour et sa plume putassière


Cherif, c'est inégal.
Parfois c'est franchement bâclé et parfois, c'est assez sublime.
Je pense qu'il fume beaucoup.
Quant à Laplatitude, c'est toujours chiant.
volontaire82 Niveau : Loisir
Message posté par Ruud04
Pire que le PSG, mec!
Mais bon, c'est écrit par la plume la plus débile jamais lue!
Tu vois quoi, genre j'aime le foot latin, le toque, extérieur trois doigts..
Thibault Laplatitude


Ton souci Ruud c'est que t'arrives pas à considérer que des gens aient des goûts différents de toi.

En plus je vois pas le rapport entre les préférences des auteurs et la qualité de leurs articles. L'auteur est il obligé de dresser continuellement des louanges au football néerlandais pour mériter ton intérêt ?

Quand il parle de ce qu'il connaît le mieux, je trouve ses articles plutôt intéressants, et remarquablement bien écrits. Son bouquin sur le Clasico est très sympa aussi (notamment pour les passages avec Valdano).
Message posté par Ruud04
Jamais vu autant d'articles sur une même équipe.
Mais pourquoi???


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Ok ca fait référence au Chi-Bre d'hier.
Mais si on voit plus loin et qu'on lit tout c'est plutôt un texte sur l'histoire des tirs aux buts et d'une situation sous tension maximale.

Que ce soit en finale de LDC ou quand tu joues en -13 dans un 1/4 de coupe..
c'est exactement la mm situation, (bon pas les memes conséquences vu que c'est pas le mm niveau etc etc)
mais pour le tireur.. oui les cages diminuent, oui le stress vient quand meme.. (et je parle bien de tirs au buts et non d'un vulgaire péno à déjà 5-0..)
Egoistement, tu as meme envie de réussir TOI ton péno, et que si on perd ce sera la faute d'un autre et pas de la tienne..)

Bon par contre, quand je vois les tirs aux buts d'hier, je me dis : mais ils sont tous mal tirés !
Nous on apprennait à viser la lucarne (et non mi hauteur en puissance).. mais à l'instant I, c'est difficile de se concentrer vraiment. Y a aussi le facteur chance (si y'a une taupe par exemple..)
abistodenas Niveau : DHR
Magnifique article !
je revois la fin de "soudain l'été dernier" , terrifiante conclusion sous un soleil accablant ---->un peu la séance de tir au but de ce match Brésil-Chili


Quant à Ruud, ce n'est rien d'autre qu'un troll, qu'il faut laisser à sa place de troll
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