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God Save Wenger

Planté sur une cible par ses propres supporters, ses anciens joueurs et une large partie de la presse anglaise, Arsène Wenger est aujourd’hui face à son destin : partir ou rester à la barre d’un club qu’il a construit selon ses idées depuis plus de vingt ans ? Et s'il fallait avant tout sauver le soldat Arsène ?

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Quelle est la différence entre Arsène Wenger et Sir Alex Ferguson ? Longtemps, les deux hommes se sont détestés par respect pour leurs intérêts respectifs. Le premier n’hésitait alors pas à faucher son homologue écossais dès qu’il le pouvait – « Chacun pense que la plus belle des femmes est chez soi » – là où le second préférait y aller avec sa condescendance légendaire en s’amusant à parler de l’Alsacien comme d’un « novice » qui « n’accepte pas les traditions » . Une façon de comprendre que l’un dérangeait l’autre, la suprématie nationale étant en toile de fond. Puis, le jour où Ferguson a compris que Wenger ne jouait plus dans sa cour, le Français étant trop occupé à garantir une régularité sportive à ses dirigeants, au-delà des titres, pour avant tout rembourser l’Emirates Stadium, la relation s’est détendue. Mieux, les deux hommes sont devenus très proches, n’hésitant pas à échanger sur la vie, sa conception et son essence. D’autant plus depuis que la figure écossaise s’est retirée de la scène en mai 2013. La retraite, voilà ce qui fait aujourd’hui le plus peur à Arsène Wenger. Comment en parle-t-il ? « J’ai peur du jour où cela arrivera. (...) Plus j’attends, plus ça sera dur, et plus ça sera compliqué de me défaire de cette dépendance. (...) Je sais que ça va être un choc extrêmement dur. Beaucoup plus dur que lorsque je suis passé de joueur à entraîneur. Il s’agira de passer de l’hyperactivité au vide. (...) Là, si je vous dis, vous n’avez que 24 heures à vivre, vous allez imaginer le couperet qui va vous trancher la gorge – et ce, pendant les 24 heures qui vous restent – ou simplement essayer de les vivre pleinement ? C’est la question de la fin de vie. » Plus que ça, Wenger espère pouvoir être autre chose que « l’ex-entraîneur d’Arsenal » . Il a peur du vide, Ferguson n’attendait finalement que ça, même si le drame connu par sa femme l’a poussé à prendre cette décision. Dernière preuve, il y a quelques jours, le Professeur a expliqué qu’il aimerait se donner encore quatre ans dans le foot. Juste au moment où on veut déboulonner sa statue.

L'exemple Ferguson


Alors Arsène Wenger fait encore de la résistance ? Les supporters d’Arsenal en ont marre d’attendre les lauriers ? La défaite à Munich (5-1) en C1 est-elle la défaite de trop ? Ces débats sont les mêmes depuis de nombreuses années, même si la question de l’avenir de Wenger n’a jamais semblé aussi décisive à quelques mois de la fin de son contrat. Le foot ne manque pas à Ferguson, Wenger ne peut pas vivre sans le foot. C’est un fait. Aujourd’hui, le technicien alsacien a 67 ans, soit un peu plus de deux fois l’âge du Christ. Est-il cramé pour la fonction et, selon certains, incapable de se renouveler face à cette nouvelle génération mi-philosophique, mi-dopée par la technologie qui aime lui lécher les bottes ? Oui et non. En son temps, et notamment à son arrivée en Angleterre, Arsène Wenger a été un révolutionnaire. Aujourd’hui, il ne l’est plus, mais il existe plusieurs explications à cette situation à un moment où les bastons autour de son cas masquent les vrais problèmes de l’institution Arsenal. Si Wenger saute, les Gunners vont-ils se mettre à gagner d’un coup ? Oh, l’exemple de la succession de Ferguson à Manchester United, qui commence seulement à être digérée, n’a-t-il pas suffi ? Arsenal ne s’est pas fait en un jour. Il ne pourra pas gagner de nouveau en quelques semaines. Car aujourd’hui, le Français ne doit pas totalement partir, mais plutôt glisser vers un poste transitoire – vice-président (un poste qu’il rêve d’exercer à l’avenir) ? – afin de travailler sur un nouveau modèle pour l’institution en elle-même.

Le modèle plus que l'individu


Comment peut-on aussi facilement flinguer vingt ans de mandat ? Oui, Arsène Wenger a probablement fait son temps sur un banc et Arsenal a besoin d’un nouveau souffle à l’heure où les performances tiennent essentiellement sur la forme de certains cadres (Sánchez, Koscielny), mais en serait-il là sans ce bonhomme en doudoune ? Non, et certaines facettes du football anglais non plus. Tout le monde sait que si les Gunners n’ont pas gagné pendant une longue période, c’est avant tout car la santé financière du club ne lui permettait pas de se renforcer à des moments clés pour rembourser l’investissement massif de l’Emirates, idée centrale du projet Wenger comme le nouveau centre d’entraînement construit avec le transfert d’Anelka au Real en 1999. Il ne faut pas tirer aussi facilement un trait sur cette histoire qui méritera certainement une statue à l’entraîneur français devant le stade qu’il a imaginé, mais plutôt comprendre les raisons de l’échec. En privé, Wenger ne s’en est jamais caché. Arsenal ne serait pas dans une telle situation si David Dein, ancien vice-président du club et homme qui a parié sur le Français à la fin des années 90, était encore là. Aujourd’hui, Dein vient encore souvent prendre le petit-déjeuner chez Arsène Wenger. L’ancien dirigeant a quitté Arsenal en 2007 après une guerre avec les actionnaires, mais il était l’oreille et l’architecte du projet Wenger. Avec lui, Arsenal aurait probablement pu acheter Luis Suárez ou Xabi Alonso. Sans lui, Arsène serait devenu un frileux. Non, un homme qui souhaite laisser derrière lui une situation saine. Il doit être le nouveau David Dein, prendre une place dans les bureaux et assurer la transition, quitte à faire revenir – s'il y arrive – son ami au sein du board. Arsenal doit changer d’ère, mais ne peut le faire sans Wenger. Définitivement, car ça se prépare. Une identité se sauve aussi comme ça.

Par Maxime Brigand
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