La Science du Foot

24/02/2014

Dans moins de 4 mois, tous les yeux seront rivés sur le Brésil pour le Mondial 2014. A l’approche de cette échéance, beaucoup d’observateurs s’interrogent sur l’avantage que représente l’organisation d’une coupe du monde pour le pays hôte. Qu’en disent les statistiques et l’analyse économique ?

Article paru sur Le Mondial 2014

@Lasciencedufoot

Le Brésil va accueillir en juin prochain la plus grande compétition de football de l’histoire, la coupe du monde. Tout le pays se prend à rêver d’un sixième sacre, après les mondiaux 1958, 1962, 1970, 1994 et 2002. Les supporters sont d’autant plus confiants que la Seleção joue chez elle, tout le peuple brésilien sera derrière Thiago Silva, Neymar et consort.

LA PRIME À LA MAISON, MOTEUR DE LA VICTOIRE

Dans le sport, il est communément admis que jouer à domicile procure un regain d’espérance et un surplus de motivation pour favoriser les victoires. Les joueurs connaissent l’environnement (stade, vestiaire, etc.) et ont tous leurs repères. Ce n’est pas un nouvel endroit où il faut se réadapter et le public joue le rôle du douzième homme en poussant derrière, en soutenant son équipe. De plus, le joueur perçoit une dynamique particulière lorsqu’il joue chez lui, comme un roi défendant son château, son royaume, le footballeur se fera un point d’honneur à garantir la gagne, à assurer la victoire. L’expression « on est chez nous » prend une saveur toute particulière.

Pour les sportifs, c’est un devoir, une obligation de défendre le territoire et de faire bonne figure pendant son tournoi, sa compétition. Ils répondent positivement à l’appel de la foule. On parle de motivation intrinsèque : faire les choses parce que nous les aimons et qu’elles nous procurent une satisfaction par elles-mêmes.

Des chercheurs ont même montré que le taux de testostérone augmentait lorsque le sportif jouait à domicile, « comparé à ceux qui jouaient à l'extérieur. Ces taux élevés augmentent le caractère de dominance. Les joueurs sont alors plus agressifs, et plus déterminés sur le terrain. Cet état d'excitation extrême explique sûrement pourquoi lorsqu'ils jouent à domicile les sportifs gagnent plus souvent » .

Mais nous pouvons aussi expliquer la tendance à la réussite par les difficultés supplémentaires rencontrées par les équipes adverses : coût humain de déplacement, décalage horaire et culturel, déprime touristique, manque d’adaptation au nouveau régime alimentaire, éloignement familial, etc. Ce ne serait pas le fait de jouer dans son pays qui apporterait plus de chance à la réussite mais le fait de jouer contre des équipes en déplacement, dont leur niveau serait en déclin, qui offrirait de meilleures probabilités.

CONSIDÉRATIONS EMPIRIQUES DES VICTOIRES A DOMICILE

Ces résultats sont-ils néanmoins vérifiables dans la réalité ? Existe-t-il réellement une prime à la maison favorisant les chances de victoire et donc une difficulté particulière lorsqu’on joue à l’extérieur. Si tel était le cas, des tendances apparaîtraient et il y aurait un biais dans la probabilité : les équipes jouant dans leur stade profiteraient d’un avantage et la concurrence entre les adversaires serait déloyale.

Il convient de relativiser cette assertion. Par exemple dans le cadre d’un championnat, où l’incertitude tend à disparaître par le long terme, les variables aléatoires « domicile » et « extérieur » ne tiennent plus : les grosses écuries sont capables de gagner chez elles comme chez l’adversaire et les petites équipes perdent énormément de point à domicile. C’est l’efficience économique qui rattrape l’efficience sportive.

D’ailleurs si cette prime de localité venait à se vérifier à chaque fois, il n’y aurait plus d’intérêt dans la compétition. En effet, les équipes en déplacement n’auraient aucune motivation à tout donner – car, statistiquement, il y a moins de chance de l’emporter – et on aboutirait rapidement à un championnat globalement moyen sans locomotive compétitive. Certes le suspense serait total mais le niveau en pâtirait.

Qu’en est-il de la victoire pour des compétitions internationales à élimination directe ? Dans cette situation, le hasard est bien plus important et la moindre petite variable peut influencer le résultat. Ici, l’incertitude est totale, une grosse équipe ultra favorite peut perdre face à un petit poucet et des outsiders peuvent remporter le trophée. La mythologie des coupes, de la coupe de France à la coupe du monde, regroupe toutes ces histoires à la David contre Goliath. Tout le monde a sa chance et c’est ce qui fait la beauté du sport.

L’HISTORIQUE DES VICTOIRES À DOMICILE EN COUPE DU MONDE ET COUPE D’EUROPE

D’après les chiffres, jouer à domicile lors d’une grande compétition internationale rapporte 21 % de chance de l’emporter :

- 4 vainqueurs à domicile pour la coupe du monde depuis 1930 ;

- 3 vainqueurs à domicile en coupe d’Europe depuis 1960.

Ce résultat est toutefois à relativiser, toutes les nations ayant accueilli un mondial ou une coupe d’Europe n’ont pas la prétention de la gagner. Il convient alors de s’intéresser aux chances de passer la phase des poules et, au moins, d’atteindre les demi-finales, véritable symbole de réussite (l’exemple le plus connu est la Corée du Sud en 2002). Partant de ce postulat, jouer à domicile lors d’une grande compétition internationale rapporte 72 % de chance de l’emporter :

- 12 équipes ont atteint les demi-finales à domicile en coupe du monde depuis 1930 ;

- 12 équipes ont atteint les demi-finales à domicile en coupe d’Europe depuis 1960.

C’est tout simplement une chance considérable de jouer à domicile lorsqu’on participe à une grande compétition internationale. Tout du moins cela augmente grandement la probabilité d’atteindre les demi-finales puisque 24 équipes lors de 33 tournois sont allées jusqu’à ce niveau. Puis, la statistique retombe à 21% lorsqu’il s’agit de remporter le trophée.

Ainsi, en 2014, le Brésil a 7 chances sur 10 d’atteindre les demi-finales de son mondial et seulement 1 chance sur 5 de remporter la victoire finale. Jouer à domicile n’est pas véritablement vecteur de réussite sur le long terme, puisque passé un cap, le jeu l’emporte sur la statistique. De la même manière, des équipes comme la Russie et le Qatar, qui organiseront la coupe du monde en 2018 et 2022, auront une chance supplémentaire d’atteindre les demi-finales, malgré leur statut d’équipe de second voire de troisième rang.

Pierre Rondeau


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