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Un Barça sans excuse

À l'unanimité, la presse espagnole reconnaît la supériorité allemande sans s'attarder sur l'arbitrage. Surtout, elle s'interroge sur le devenir de ce Barça sans idée et sans physique.

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Les jeux de mots scabreux ont fait leur temps : « Katastrophe à Munich » , « La plus triste Sant Jordi » … Une fois la nuit passée, la presse espagnole se fait pourtant plus sérieuse. Plus honnête. Partisane ou généraliste, elle reconnaît dans son intégralité la domination bavaroise le temps de 90 minutes – a contrario des dernières éliminations face à l'Inter et à Chelsea. Réplique barcelonaise de As, Sport n'y va donc pas par quatre chemins avec sa « Nuit la plus triste » : « Le Bayern était un rouleau-compresseur. Plus grand, plus fort, plus rapide que son adversaire. Et ceci sera une nuit qui aura des conséquences pour le Barça. » Les conséquences sont sur les lèvres, ou plutôt au bout de la plume de tous les journalistes espagnols. Le mesuré El Pais réduit à néant les chimères blaugrana : « Le Barça rêvait de revenir à Wembley quand le Bayern l'a ramené à Athènes avec un autre 4-0, comme celui de la finale de la Coupe d'Europe 1994 perdu contre Milan. » Une défaite qui avait marqué la fin du cycle cruyffien. Pas loin de se réjouir de la défaite catalane, le pro-madrilène As franchit donc le pas, sourire en coin : « En pratique, le club est éliminé. Cette victoire marque la fin d'un cycle. Le Barça a perdu quatre à zéro, mais il a perdu quelque chose d'autre : il a perdu sa crédibilité. » Boum, la bombe est lâchée.

« Cette nuit où Messi est sorti du terrain mais n'a pas joué »

La « Manita moins un » reçue par le Barça ne déclenche pas même le tollé habituel envers l'arbitrage. Bien entendu, le Mundo Deportivo relate que « les trois premiers buts sont illégaux » , mais n'en fait pas une excuse, à l'unisson des joueurs barcelonais qui ont reconnu la large supériorité allemande. « Même l'arbitrage lamentable de Kassai, qui a validé deux buts illégaux en faveur des Allemands, n'excuse rien. Se réfugier dans le prétexte facile de l'arbitrage serait un canular et signifierait fermer les yeux sur une partition lamentable comme celle du Barça hier » , résume ainsi Marca. Car de match, il n'y en a pas vraiment eu. Et encore moins pour Messi. « Les statistiques officielles de l'UEFA disent que Messi a tiré une fois durant le match, mais la mémoire des millions de personnes qui ont vu ce match se rappellera pour toujours de cette nuit où la Pulga est sorti du terrain mais n'a pas joué » , décrit El Pais. Plus que l'invisibilité de Messi, visiblement pas à 100 %, c'est le futur du Barça qui inquiète. Pour El Mundo, cette défaite sonne « l'heure d'un nouveau projet » . Comme pour Sport pour qui « ce n'est pas l'heure de critiquer une équipe qui au cours des cinq dernières années a donné tant de joie, mais il est clair que cette douloureuse défaite peut être un tournant pour l'avenir » . À lire entre les lignes, ce Barça ne fait plus peur qu'à lui-même.

Une victoire pour Uli Hoeness, grâce à Uli Hoeness

Trop rapide, trop grand, trop fort, ce Bayern Munich. Bien évidemment, la presse outre-Rhin est unanime. Ce soir, les costauds jouaient à domicile. Le titre de « meilleure équipe du monde » est en train de changer de mains. Désormais, tous les regards se tourneront vers la Bavière. En même temps, c'est déjà le cas, et le Bayern ne laisse pas vraiment le choix. Il y a cette signature prochaine de Mario Götze, annoncée le jour de la rencontre, mais également Uli Hoeness. Le président du Bayern a fait de la merde, il le sait. Mais ce qu'il sait aussi, c'est qu'après une victoire comme celle-ci, il a tout un club qui est avec lui. Tout le monde derrière le boss, selon Die Welt. « Pour Uli Hoeness, ce fut une grande soirée. Pas seulement grâce au succès sur le terrain, mais plutôt grâce aux déclarations de Karl-Heinz Rummenigge, son collègue et ami, Heynckes et les joueurs. Tous ont promis fidélité à Hoeness. Robben lui a même dédié la victoire. […] Même s'il s'est mis tout seul dans cette situation, il a bien mérité cette victoire. Le Bayern est l'œuvre de sa vie, sa vie, même. […] Il a besoin de ce sport et a fait beaucoup pour lui. Durant cette soirée magique, le club lui a bien rendu les choses. Et l'a beaucoup aidé.  » Cette victoire du Bayern Munich, elle est avant tout pour Uli Hoeness, grâce à Uli Hoeness.


Müller, homme du match?

À lire la FAZ, on a l'impression qu'il n'y a pas que Uli Hoeness qui est en train de prendre une revanche sur la vie. C'est le cas du Bayern aussi. « Une semaine après avoir battu le VfL Wolfsburg 6-1 en Coupe, les Bavarois ont pris leur revanche de la meilleure des manières, rapport à leurs deux défaites les plus humiliantes de ces cinq dernières années – les deux qui ont eu lieu à quelques jours d'écart en 2009. 5-1 à Wolfsburg, qui finira champion. Puis ce 4-0 à Barcelone, avec ce grand show de Lionel Messi. Un Messi qui a été cette fois-ci réduit au rôle de figurant. » La Süddeutsche Zeitung revient sur l'écran de Müller sur le troisième but, en insistant sur le fait que « les Barcelonais ne pouvaient pas vraiment se plaindre, d'autant plus que l'arbitre de la rencontre avait oublié deux mains barcelonaises dans la surface. » Focus consacre Thomas Müller homme du match, « qui n'est pas aussi élégant que les stars du Barça, mais chacune de ses actions leur fait serrer les dents » . Le Bayern Munich a marché sur le FC Barcelone. Même pas la peine d'évoquer le match retour. Les Allemands sont déjà à Wembley. Quant à la dernière humiliation de la soirée pour le Barça, elle viendra des tribunes. Pour la taz, le public n'a pas le temps de communier. « Des milliers de spectateurs se barrent bien avant le coup de sifflet final, comme si leur équipe menait largement face à Fürth ou Hanovre. Il est clair que l'on va gagner, pensent-ils. Personne n'évoquera le nom de Messi ce soir-là. A-t-il joué ? Apparemment, oui. C'est fou. »

Par Robin Delorme, à Madrid, et Ali Farhat
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