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Un bis repetita, vraiment ?

Non, ces retrouvailles entre la France et la Croatie ainsi que celles entre les Bleus et Saint-Denis n’avaient vraiment rien à voir avec tout ce qu’on avait connu par le passé. Car rien de la dramaturgie, de l’ambiance ou du jeu n’a pu être retrouvé ce mardi soir autour d’un Stade de France sonnant désespérément vide.

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Des places libres dans la ligne 13. Aucun étudiant venu arrondir ses fins de mois en peinturlurant en bleu-blanc-rouge des centaines de joues. Aucune marée humaine pour cacher un camp de migrants installé sous une bretelle de l’A1. Aucun stand de hot-dog à 8 euros la saucisse. Un panier-repas comprenant un sandwich au poulet et des chips au barbecue distribué à la presse pour compenser la fermeture du buffet. Un échauffement n’ayant jamais autant rimé avec étouffement. Aucun « À vous la tribune ouest ! » lancé par le speaker. Aucune trace des Irrésistibles. Une composition d’équipe énumérée avec moins de passion qu’une liste de courses. Une entrée des joueurs couverte par une vulgaire musique martiale. Des masques. Un hymne chanté du bout des lèvres. Des applaudissements mièvres. Le clap des mains des deux capitaines qui s’évapore dans le ciel... Voilà à quoi ressemblent, en 2020, les minutes précédant un match de l’équipe de France dans son Stade de France, alors que celles-ci sont habituellement programmées pour être une montée en pression inarrêtable jusqu’au coup d’envoi. Mais ce mardi, le coup de sifflet de l’arbitre n’a fait qu’ouvrir 90 minutes de silence uniquement interrompues par les cris des joueurs et l’enthousiasme de Jano Rességuié à son micro.


En cela, cette rencontre entre la France et la Croatie avait tout d’une originalité. Qu’importe la présence de ces joueurs au maillot à damier, vieilles connaissances ayant déjà goûté à la ferveur de l’enceinte dionysienne en 1998 ou à ce score de 4-2 il n’y a pas plus tard qu’il y a deux ans en finale de la Coupe du monde. Qu’importe cette obstination de Didier Deschamps à gagner en produisant le moins de jeu possible. C’est le vide, qui marquera l’histoire, mais pas celui qu’on a trop souvent vu sur la pelouse. Jamais l’équipe de France n’avait accueilli une rencontre à huis clos. C’est désormais chose faite.



Et cela s’entend ! Dès les premières minutes, c’est d’abord la voix d'Hugo Lloris qui tournoie au milieu des sièges inoccupés. On découvre alors une sonorité nouvelle, un ton autoritaire, des directives claires, qu’on ne connaissait pas au capitaine. C’est ensuite les hourras des remplaçants croates, acclamant depuis l'anneau bas le gladiateur Lovren après son ouverture du score. C’est enfin les cris de douleur, les revendications et les encouragements qui d’habitude restent du domaine du confidentiel pour ces acteurs, et qui sont tout à coup désacralisés sans leur camouflage. Le football — d’autant plus quand il est question de compétitions internationales — est un sport de masse, un sport populaire. Il est donc normal qu’on le trouve défiguré lorsqu'il perd cette parure.

À en regretter les clappings


C’est pourquoi comparer cette rencontre à une finale de Coupe du monde, apothéose d’une rencontre entre les peuples, en se basant uniquement sur une affiche et un score, est un non-sens. L’issue sportive est la même, mais le sous-texte est diamétralement opposé. Car ici, c’est l’épidémie de coronavirus qui fait encore une fois office d’homme du match. Pas Griezmann grâce à son penalty. Pas Pogba grâce à sa grosse frappe contrée. Pas Mbappé par son talent précoce. Pas Lloris par sa boulette. Pas Benjamin Mendy grâce à ses célébrations. D’ailleurs, deux de ces hommes ont manqué ce rendez-vous justement à cause de ce virus.


Alors en attendant, on pourra toujours apprécier le fait de voir le sport reprendre petit à petit ses droits. Didier Deschamps pourra éventuellement assurer avoir « vu de bonnes choses ce soir » . Les joueurs pourront se féliciter d’avoir trouvé les ressources et la motivation pour retourner une situation complexe sans l’aide de leur public. On pourra toujours savourer le fait d’être (temporairement) débarrassé de ce gênant clapping usurpé aux Islandais. On pourra toujours se dire que l’odeur de la pelouse fraîchement coupée, quand tout ce petit monde a remballé ses cliques et ses claques, est quelque chose de fortement agréable. On pourra encore jouir ne pas avoir à se serrer dans les transports pour regagner son domicile. Mais toute cette soirée restera désespérément triste.

Par Mathieu Rollinger, à Saint-Denis
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