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Le Real Madrid, ce club qui n'aimait pas les entraîneurs

Par Mohamed Helti
6 minutes

Une finale perdue, Xabi Alonso écarté, et une impression de déjà-vu permanent. Au Real Madrid, le résultat n’est pas un objectif parmi d’autres : c’est une obligation structurelle. La victoire conditionne le temps accordé à un coach, la tolérance envers une idée de jeu, la solidité d’un vestiaire. Ici, on ne construit pas dans le calme, on gagne dans l’urgence. Le banc madrilène n’est pas un poste à projet, mais une chaise électrique. Et la question revient, inlassablement : le Real Madrid est-il ingérable ?

Le Real Madrid, ce club qui n'aimait pas les entraîneurs

Au lendemain de la défaite sur le fil du Real Madrid face au FC Barcelone en finale de Supercoupe d’Espagne, la Casa Blanca a dégainé son traditionnel communiqué officiel  : « Le Real Madrid C. F. annonce que, d’un commun accord entre le club et Xabi Alonso, il a été décidé de mettre fin à son contrat d’entraîneur de l’équipe première. » Une formule connue, répétée à Madrid depuis des décennies. Derrière ce « commun accord », la réalité est souvent plus unilatérale. Ramón Calderón, président du club entre 2006 et 2009, le dit sans détour : au Real, les décisions viennent d’en haut. « C’est un club présidentiel », explique-t-il, où le président décide seul, souvent sans intermédiaire sportif.

Le contexte n’aide jamais. Calderón le rappelle, ils sont rares les entraîneurs à être restés plus de trois saisons d’affilée depuis le règne de Miguel Muñoz (1960-1974). Une statistique qui ne relève pas de l’anecdote, mais du système. « Gagner est une obligation », insiste-t-il. Pas une attente, pas un objectif : une norme. Dans un tel environnement, le temps long devient un luxe inaccessible. Chaque match pèse sur l’avenir immédiat du coach. Et chaque période sans titre alourdit la pression, parfois jusqu’à l’asphyxie. Xabi Alonso est la nouvelle victime d’un club dont la seule vision dépend de la victoire, toujours, tout le temps.

Un banc trop souvent éjectable

Le Real Madrid ne fonctionne pas par cycles, mais par secousses. Quand la situation se tend, le club ne cherche pas à ajuster : il tranche. Souvent en rappelant des figures capables d’un effet immédiat. Après le premier départ de Zinédine Zidane, la direction tente une parenthèse plus classique avec Julen Lopetegui. Le bilan est loin d’être catastrophique : troisième de Liga, huitième-de-finaliste de Ligue des champions. Mais l’élimination face à un Ajax jeune, intense, décomplexé, agit comme un révélateur brutal. Le projet s’arrête net. Huit mois après son premier départ, Zidane revient et termine champion malgré le départ de Cristiano Ronaldo cette même année. Sergio Ramos parlera plus tard d’un « électrochoc ». Le mot semble on ne peut plus juste.

Pour réussir à Madrid, il faut de l’expérience, mais surtout ce que les Espagnols appellent la mano izquierda, cette capacité à gérer les ego avant de penser à la tactique.

Ramon Calderon, ancien président du Real

Avec Zidane, le Real retrouve immédiatement de la stabilité, des résultats, des titres. La Liga, la Supercoupe d’Espagne. Puis Zidane s’en va à nouveau, laissant derrière lui un club « guéri »… provisoirement. Même logique avec Carlo Ancelotti, rappelé en 2021. Là encore, le choix rassure. Le Real ne cherche pas à installer un modèle durable, mais à rétablir un niveau minimal acceptable. C’est précisément dans cet entre-deux que s’inscrit l’échec de Xabi Alonso.

Car au-delà des résultats, loin d’être catastrophiques avec un bilan de 24 victoires, 6 défaites et 4 matchs nuls, c’est la question de l’autorité qui a rapidement émergé. La polémique de la haie d’honneur, après la Supercoupe d’Espagne, en est devenue un symbole. Selon plusieurs médias espagnols, Xabi Alonso aurait demandé à ses joueurs de respecter le protocole et de former une haie pour le vainqueur. Un geste simple, institutionnel. Mais sur la pelouse, Kylian Mbappé aurait incité ses coéquipiers à quitter le terrain, court-circuitant l’instruction. Des rumeurs, des interprétations, mais une preuve de plus qu’un coach peut être très rapidement fragilisé dans la maison madrilène.

Dans un vestiaire peuplé de stars, la moindre fissure hiérarchique devient un sujet. Les tensions avec Vinícius, le manque de pressing de certains cadres, l’impression d’un collectif encore flou ont nourri l’idée que Xabi Alonso n’avait pas totalement pris le contrôle. Ramón Calderón résume la chose sans détour : « Pour réussir à Madrid, il faut de l’expérience, mais surtout ce que les Espagnols appellent la mano izquierda, cette capacité à gérer les ego avant de penser à la tactique. » Tous les joueurs qui arrivent ici sont des stars, rappelle-t-il. Et tous veulent « décider ». Au Real, le coach n’est pas un architecte chargé de bâtir sur le long terme. C’est un régulateur, chargé d’empêcher le système de s’emballer, quitte à sacrifier l’idée de jeu au premier court-circuit. L’éducateur sans BAFA qui doit gérer une colo de jeunes gosses pourris gâtés.

Un produit du Real, incompatible avec le Real

Deuxième du championnat, à quatre points du Barça. Toujours en course dans les compétitions majeures. Rien qui ressemble à une faillite sportive. Mais au Real, les chiffres ne suffisent pas. Selon Calderón, Xabi Alonso arrivait déjà avec un handicap : il n’était pas le choix initial du président. Une fragilité structurelle, aggravée par les premières turbulences. Très vite, les espoirs d’un jeu maîtrisé, fluide, proche de ce qu’il proposait au Bayer Leverkusen, s’évaporent. Et lorsque les polémiques prennent le pas sur les performances, le temps se rétrécit encore. Calderón parle d’une décision « précipitée », rappelant que la Supercoupe reste un titre mineur. Mais à Madrid, même les titres secondaires peuvent déclencher des tempêtes.

La nouvelle génération de Galactiques cristallise la tension permanente du Real Madrid. Sur le papier, tout est réuni. Sur le terrain, l’ensemble peine encore à s’ordonner. Karim Benzema l’a formulé simplement dans L’Équipe : « Ce qu’il leur manque, c’est juste une connexion. » Avant de poser les rôles clairement, Jude Bellingham meneur, Kylian Mbappé buteur, Vinícius Júnior ailier gauche, puis de trancher : « Du moment que chacun sait ce qu’il doit faire sur le terrain, c’est terminé. » Et de rappeler l’évidence : « On parle quand même de mecs qui sont dans les dix meilleurs joueurs au monde. » Le problème n’est donc ni le talent ni le niveau, mais l’organisation. Trop de leaders potentiels, pas assez de hiérarchie claire. Dans un club obsédé par l’urgence, cette clarification arrive rarement à temps.

Dans ce contexte, la nomination d’Álvaro Arbeloa ressemble à un pari familier. Un homme de la maison, sans grande expérience, mais porteur d’une légitimité interne. Ramón Calderón y voit une tentative de refaire le coup Zidane : un intérim que l’on espère être un pari gagnant. Le Real n’est peut-être pas aussi ingérable que l’on ne pense, mais il reste, plus que tout autre club, intolérant à l’attente.

Xabi Alonso sort du silence après son éviction du Real Madrid

Par Mohamed Helti

Propos de Ramón Calderón recueillis par MH

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