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« Dans ces moments, il n’y a plus de Flamands ou de Wallons, on est tous ensemble »

Depuis les matchs à élimination directe des Diables Rouges, leurs commentaires sont unanimement salués sur les réseaux sociaux, et même en France. avec leur côté supporter assumé et leurs traits d’esprits en plein matchs, Vincent Langendries et Benjamin Deceuninck commentent en alternance les matchs de la Belgique pour la RTBF, avec un ton bien plus décontracté que dans notre pays. De quoi aller discuter avec eux du style belge au micro.
Il y a un petit engouement en France pour vos commentaires depuis quelques matchs sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous l’avez remarqué depuis la Belgique ?
Vincent Langendries : On a vu passer ça oui. C’est sympa de voir que nos commentaires font parler. On a beaucoup de retours de la frontière notamment, où la RTBF est aussi diffusée. C’est chouette de voir ce petit enthousiasme.
Benjamin Deceuninck : C’est vrai que mes enfants m’ont partagé des choses qu’ils ont vu passer sur TikTok en me disant « regarde Papa, tu es sur les réseaux ». J’ai vu que les gens avaient repris quelques-uns de mes commentaires en France grâce à eux.
VL : On est TikTokables ! (sourire)
Ça a toujours été dans mon ADN : commenter les matchs comme si j’étais dans mon salon.
Les gens ont aimé votre ton un peu différent et décontracté par rapport qu’on entend trop souvent celui en France. Est-ce que vous diriez qu’il y a une école belge du commentaire sportif ? Ou alors votre style est propre à la RTBF ?
BD : Vincent et moi on ne commente pas de la même façon, et on ne nous a jamais dit qu’il fallait commenter d’une façon spécifique. Donc non je ne dirais pas qu’il y a une école spécifique. Après, on est ce qu’on est, et on vient d’un pays avec une culture qui nous apprend à avoir un petit peu de recul sur les choses, c’est dans notre ADN.
VL : Je pense qu’on a quelque chose de particulier, dans le sens où on commente au naturel. Est-ce que c’est typiquement belge ou pas ? Je ne sais pas. Mais ça a toujours été dans mon ADN : commenter les matchs comme si j’étais dans mon salon. J’ai aussi grandi en écoutant à la télé et à la radio des grandes voix belges comme Roger Laboureur, Frank Baudoncq, Michel Lecomte, et ça s’est ancré en moi inconsciemment sûrement. Je suis en tout cas, journaliste, commentateur, mais quand les Diables jouent, on veut tous qu’ils aillent le plus loin possible. Ce qui compte à la fin, ce sont les émotions.
BD : C’est pour ça que les gens accrochent à ce qu’on fait je pense : la spontanéité. C’est sûrement ce qui nous caractérise malgré nos styles différents.
Benjamin, vos commentaires sur le match du Sénégal ont été particulièrement remarqués pour leur émotions, ainsi que pour vos traits d’esprit. Notamment la phrase « Tous les chemins mènent à Big Rom » au moment du premier but belge.
BD : C’est le match le plus fou que j’ai commenté de ma carrière, sans hésitation. Et pour les jeux de mots, j’en suis vraiment désolé, mais amis en ont marre, parce qu’ils me subissent comme ça depuis des décennies, mais il est sorti tout seul. On appelle tous Lukaku « Rom », et depuis dix ans, c’est toujours lui qui nous sauve. Toujours. J’adore aussi la ville de Rome depuis longtemps, donc mon cerveau a sans doute fait un lien. C’est toute mon histoire qui ressort dans ces moments-là. Et pour le reste, on va dire qu’avec Fred (Waseige, consultant) on est rentré en transe à un moment donné. Il n’y a pas d’autre mot. Je me suis réécouté et je me suis dit : « Mais c’est pas possible ». (Rires.) Je suis content d’y avoir cru et d’avoir dit à la fin du match : « C’est encore possible ». Tout comme je suis content d’avoir dit qu’on n’était pas bon. Je n’étais pas non plus bêtement naïf.
Il y a notamment le moment “Mais si ! Mais non ! Mais si ! Messi n’est pas là mais on a nos génies aussi” sur l’égalisation qui a beaucoup fait rire.
BD : (Rires.) Ça ne peut pas avoir été préparé. Et c’est quelque chose qui restera je pense. Au moins entre nous en tout cas.
Vincent, vous avez ensuite commenté le match face aux États-Unis. Est-ce que vous avez eu des discussions en interne pour savoir comment aborder le contexte extrêmement particulier du match ?
VL : Quand l’affaire est sortie, j’ai publié un édito sur le site de la RTBF où j’exprimais mon avis là-dessus, donc je me voyais mal ne pas ne pas faire quelques allusions à la situation. C’est l’histoire du match, ça fait partie intégrale de la rencontre. Tous les Belges ont été énervés par ce truc. Donc je n’ai reçu aucune consigne par rapport à ça et j’avais décidé d’en parler en introduction du match. Et puis après il y a eu quelques suites, je ne sais plus très bien quoi (sourire).
BD : Tu sais que tu ne vas plus pouvoir quitter les États Unis maintenant ?
VL : Oui je suis en clandestinité pour l’instant, je porte un autre nom (sourire). Il y avait une vraie rage dans le cœur de tous les Belges par rapport à cette histoire. Donc il fallait, je pense, marquer le coup entrée de match. Et pour le reste, je ne sais plus très bien ce que j’ai dit mais ça faisait partie de l’histoire de la rencontre.
BD : On dit parfois que notre pays peut être divisé. Cet évènement-là nous a rapprochés, parce qu’on s’est sentis attaqués et pas respectés. Et je pense que ça a été une fierté de voir que le monde entier s’est rassemblé autour de nous.
Vu de France, vos commentaires incluent beaucoup plus d’humour, de jeux de mots. Vous vous permettez plus d’aller vers ça ?
BD : L’humour a toujours été un moteur de vie depuis que je suis petit et je pense que les gens qui me côtoient le savent. Qu’on aime ou pas mes blagues, c’est comme ça, je ne peux pas m’en empêcher. Évidemment ça reste du journalisme, il faut de la mesure et de l’équilibre. Mais on m’a permis de le faire à l’antenne, et je trouve que c’est assez adapté au commentaire sportif.
VL : La rigueur est importante, mais le détachement aussi. On ne commente que du foot au final. L’actualité est tellement sinistre, morose, que c’est important d’avoir ce recul quand on parle de sport. Donc oui, les touches d’humour, on y tient beaucoup aussi. Et que ça soit Benjamin ou moi, ça sort tout seul. Il n’y a rien de préparé.
Ça vous étonne, cet engouement ?
BD : Ça me fait plaisir parce que ce n’est pas toujours évident pour les commentateurs foot, on est exposés. Quand on commente toute l’année des clubs, les supporters nous cherchent des histoires en disant qu’on n’aime pas leur club. Donc voir qu’on rassemble un peu les gens en ce moment ça fait du bien quoi.
Je dis toujours qu’une Coupe du monde réussie pour la Belgique, c’est quand elle nous offre des souvenirs à tous.
Est-ce que vous diriez que vous avec un côté supporter assumé dans vos commentaires ?
BD : Les Diables Rouges, ça fait partie de mon histoire personnelle, je suis profondément amoureux de cette équipe depuis que je suis né. Et c’est ma première Coupe du Monde sur place, j’ai toujours été à la présentation en studio pendant vingt ans, donc j’en profite aussi. Et les scénarios qu’on nous a proposé sur les derniers matchs sont complètement hallucinants. Le match face au Sénégal, ça n’arrivera peut-être qu’une fois dans une carrière de commentateur, il ne fallait pas passer à côté. Mais on n’y réfléchit pas sur le moment : on vit, on vibre, et on profite, tout en essayant d’être pertinents.
VL : On présente souvent notre pays comme étant divisé, avec le nord, le sud, les Flamands, les Wallons. Mais dans ces moments-là, il suffit de regarder les images partout dans le pays avec des gens devant leurs écrans géants, même à 2h ou 4h du matin. Il n’y a plus de Flamands, de Wallons, on est tous ensemble. Les gens ne comprendraient pas qu’on soit mesuré. On est là pour prendre du plaisir et en donner aux gens.
BD : C’est important d’aussi dire qu’à l’exception de 2018, on n’espère jamais vraiment gagner la Coupe du monde. Un match gagné, c’est déjà un moment, un souvenir. Je dis toujours qu’une Coupe du monde réussie pour la Belgique, c’est quand elle nous offre des souvenirs à tous. Sur cette édition, la première victoire était face à la Nouvelle Zélande à 5h du matin. Et les gens se sont levés à 5h, se sont rassemblés sur des grandes places, et ont vu leur équipe gagner 5-1. Ça c’est un souvenir. Le Sénégal je n’en parle même pas. Pareil pour le match face aux États Unis. Sur ce plan-là, cette Coupe du monde est déjà réussie pour notre pays.

La Belgique affronte l’Espagne ce soir. Qui va commenter entre vous deux ?
BD : Cette fois-ci ça va être moi, mais Vincent ne sera pas loin. Pour la première fois depuis le début de la compétition, on est hyper serein. Parce que si on perd, ce ne sera pas si grave. Ça ne fait pas très compétiteur de dire ça, mais si l’Espagne nous bat ce sera normal. Et si on a un tout autre résultat, c’est super. Si je dois commenter une séance de tirs au but par contre, je pense que Vincent va devoir monter pour me remplacer (rires).
VL : Ce match-là, c’est vraiment la cerise sur les tapas. C’est du bonus. Si on pose la question à dix personnes dans la rue en Belgique, une personne sur dix dira qu’on peut battre l’Espagne. Mais c’est pour ça qu’on va peut être gagner !
BD : Ce qui est important aussi, c’est qu’il y a tellement un passif depuis 2018 avec vous, les Français, que je suis sur que pas mal de Belges se disent : « Autant perdre avec les honneurs contre l’Espagne plutôt que de gagner et se faire taper par la France ensuite ». On risque de s’en prendre encore plein la gueule sinon ! (Rires.)
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Propos recueillis par Brice Bossavie










































