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Stéphane Bourgoin, l’imposteur de Bauer

Par Félix Barbé et Maxime Renaudet
5' 5 minutes
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Stéphane Bourgoin, l’imposteur de Bauer

« Spécialiste » des tueurs en série et écrivain à succès, Stéphane Bourgoin est dans la tourmente. Depuis le début du mois d'avril, il est la cible de plusieurs médias, qui lui reprochent d'avoir bâti l'ensemble de sa carrière sur un CV largement biaisé, avec en point d'orgue, une expérience de sept ans en tant que joueur du Red Star.

Il y a quelques semaines, Stéphane Bourgoin voguait encore de ville en ville pour raconter son parcours hors norme, celui du plus grand spécialiste français des tueurs en série. Mais avec le confinement, sa tournée a été brutalement mise sur pause. Dans la foulée, le site Arrêt sur images lui consacre un portrait, pointant du doigt les nombreuses incohérences d’une vie plus que romancée. Des confusions relevées méticuleusement depuis plusieurs mois par le collectif 4e Œil Corporation, via une dizaine de vidéos que le principal intéressé tente de faire supprimer depuis plusieurs jours. Mais il est déjà trop tard, d’autant que ce lundi, Le Monde met à son tour en lumière les contradictions de son parcours.

Vidéo

Une trajectoire qui commence en 1976, date à laquelle il tombe sur le corps de sa femme Eileen, « tuée, violée et découpée en morceaux » dans leur appartement de Los Angeles. Une découverte morbide qui est le point de départ de sa reconversion, et qu’il raconte sans scrupule sur tous les plateaux télé où il est invité depuis de très longues années. Il y relate ses débuts comme producteur de séries B aux États-Unis, ses années de libraire dans le 9e arrondissement de Paris, mais surtout sa carrière de criminologue et les 77 interviews de tueurs en série qu’il aurait menées. Une liste longue comme le bras sur laquelle figureraient Charles Manson, Ed Kemper, Ottis Toole, David Berkowitz ou encore Gérard Schaefer, dont il prétend détenir les cendres. Il raconte également avoir suivi une formation au FBI, résolu l’affaire du Dahlia noir, travaillé avec les agents de police Micki Pistorius et Derick Norsworthy, ou enseigné au Centre national de formation de police judiciaire de Fontainebleau. Autant d’affabulations qu’il égrène aussi dans les nombreux livres qu’il a écrits depuis le début des années 1990. Problème, après l’enquête de 4e Œil Corporation et celle du Monde, il s’avère que son parcours est un véritable tissu de mensonges. Et le plus étonnant d’entre eux est sans doute celui de son passage au Red Star.

Une carrière entamée à l’âge… de treize ans

S’il répète dans plusieurs vidéos être devenu professionnel, il donne l’impression de se mélanger les pinceaux le jour où la chaîne Golden News l’interroge sur son passé : « Alors, j’étais stagiaire pro… en football professionnel »,

Je tiens un fichier avec tous les joueurs qui ont joué au club en équipe première depuis sa création. J’en ai 1300 environ et je n’ai trouvé aucune trace de ce Stéphane Bourgoin.

confie l’intéressé, un poil hésitant sur le vocable consacré. Dans la plupart des entretiens au cours desquels il aborde sa carrière de footeux, il affirme avoir joué au Red Star pendant sept ans. Le souci, c’est qu’il a quitté l’Hexagone pour s’installer aux États-Unis en 1973, à l’âge de vingt ans… et aurait donc démarré sa carrière professionnelle à treize ans. Une théorie qui ne tient pas debout selon l’historien du Red Star, Gilles Saillant : « Je tiens un fichier avec tous les joueurs qui ont joué au club en équipe première depuis sa création. J’en ai 1300 environ et je n’ai trouvé aucune trace de ce Stéphane Bourgoin. Ça me fait penser à David Donadei, un joueur qui avait pleuré à la télé après un Red Star-Saint-Étienne au Stade de France (cf : So Foot n°174). À la fin du match, il avait été interviewé au bord du terrain et il avait dit qu’il n’avait pas pu jouer le match car il était blessé. Alors qu’en fait, il n’a jamais joué au Red Star. Stéphane Bourgoin doit être du même acabit. »

Autre perle de Bourgoin : s’être frotté aux Verts de Michel Platini. Mais là encore, ça coince, Platoche n’ayant débarqué dans le Forez qu’en 1979. « Le Red Star n’a jamais joué contre l’ASSE de Platini, donc ce n’est pas possible. On a déjà joué contre Saint-Étienne, mais c’était à l’époque de Larqué, Janvion et Ćurković », confirme Saillant. L’homme de 67 ans étonne également lorsqu’en janvier dernier, il est invité sur les ondes d’Air Show Radio. Cette fois, il n’est plus question d’une supposée passion infantile pour le football, mais pour… le hockey sur glace : « J’étais très, très fan de hockey sur glace. Je voulais d’ailleurs en faire mon métier, malheureusement je n’en ai pas eu l’occasion. À l’époque, ce sport en France était purement amateur. J’aurais dû aller au Québec pour tenter une carrière professionnelle. » Contacté pour nous conter son explosive carrière dans le football, Stéphane Bourgoin n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations. Il avait pourtant prévu de le faire il y a quelques mois, se disant disponible pour un entretien sur le thème du football et des serial killers, à la seule et unique condition de ne pas aborder son passé de footballeur. Pas forcément étonnant quand on se rend compte que l’écrivain n’excède jamais les deux à trois phrases au moment d’évoquer son supposé passage dans l’effectif audonien. Deux imprévus de dernière minute l’avaient pourtant obligé à renoncer à cette rencontre. Longtemps déguisé dans le costume d’un personnage qu’il s’est lui-même créé, Stéphane Bourgoin ne peut cette fois plus se cacher.

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Par Félix Barbé et Maxime Renaudet

Propos de Gilles Saillant recueillis par MR.

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