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PSG et Arsenal en finale : parce que c’est leurs projets

Dans un foot où s’évaporent les évidences, le PSG et Arsenal, bien aidés par des budgets colossaux, donnent une claque au remue-ménage permanent imposé au haut niveau. Marqués par la continuité et la vision à long terme, leurs projets font rimer collectif et idée de jeu bien précise.
« Ce n’est pas que c’est un sujet intéressant, c’est l’évidence. » Voici comment Raynald Denoueix conclut au moment de raccrocher, à l’issue de près d’une heure à disserter sur l’importance du temps long dans le football – y compris moderne –, la notion de collectif et l’agrégation de joueurs imprégnés de cette envie de courir les uns pour les autres, la patience ou encore les idéaux de générations d’entraîneurs actuels ou passés. À l’heure où Mikel Arteta, qui a traversé toutes les tempêtes sur le banc d’Arsenal depuis plus de six ans jusqu’à triompher, et Luis Enrique, qui a inversé le karma dans la capitale française, incarnent cette réflexion au plus haut niveau, la finale de Ligue des champions qui s’annonce pose une question : y a-t-il encore la place pour des projets de long terme dans notre sport préféré ? Par-delà l’argent roi, les directions de deux mastodontes européens peuvent-elles donner la priorité à une certaine idée du jeu, sans changer de chemise à chaque contre-performance ?
La Sainte-Trinité
Quelle que soit l’issue de la bataille de Budapest ce samedi (18h), le PSG et Arsenal s’affirment comme les places fortes du football continental. Une domination qui doit beaucoup à une recette éprouvée, à base de stabilité et de ligne directrice dont il n’est pas question de dévier. Tous les interrogés sont ici d’accord sur un point : pour qu’un club regarde au loin plutôt que tout remettre en cause à la moindre contre-performance, cela se joue d’abord en haut lieu. « L’important dans un club est de créer la meilleure équipe, constituée par le président, le directeur sportif ou recruteur, l’entraîneur bien sûr, et j’ajouterais le responsable du centre de formation », clame Denoueix, s’appuyant sur son expérience au FC Nantes. Un triumvirat (voire quatuor) plutôt que la figure centrale du coach, donc. « Si un président a choisi ces personnes-là, c’est qu’il a une idée de ce qu’il attend de son équipe, de comment elle va jouer en fonction de la ville, de l’histoire du club et de pas mal d’éléments. »
Tout ça ne peut fonctionner que si ça part du personnage principal qu’est le président. C’est lui qui doit choisir l’entraîneur qui peut apporter ce qu’il souhaite.
Les beaux discours de Nasser al-Khelaïfi annonçant en grande pompe la fin des stars et des passe-droits auraient donc bien été suivis d’effet. « Tout ça ne peut fonctionner que si ça part du personnage principal qu’est le président. C’est lui qui doit choisir l’entraîneur qui peut apporter ce qu’il souhaite », continue Raynald Denoueix. Dans le cas présent, la réponse aura donc été Luis Enrique.
Avant même de débarquer au pied de la tour Eiffel, l’Asturien s’est assuré qu’il aurait les mains libres pour construire un effectif à son image, et que son siège ne deviendrait pas éjectable à la première secousse. « Il a dit : “Voilà, moi je fonctionne comme ça donc c’est ou vous prenez ça, ou rien du tout.” C’est le grand changement, assure pour sa part Patrice Garande, aux manettes du SM Caen de 2012 à 2018. Le PSG a mis en place une structure, avec trois hommes forts. Je pense que l’équilibre dans le foot, c’est trois : un président, un directeur sportif et un entraîneur qui a les pleins pouvoirs sur le plan sportif. » Denoueix peut ainsi reprendre sa démonstration d’une hydre à trois têtes comme meilleure option : « Les dirigeants ont pris un entraîneur qui a dit aux joueurs : “Moi je veux presser, donc il faut que tout le monde joue pour l’équipe.” La première année, ça n’a pas fonctionné de suite, il y a eu beaucoup de critiques. Apprendre à jouer ensemble, ça demande du temps, comme toute sorte d’apprentissage. »
Ça demande aussi des choix forts comme de se séparer de Neymar et Marco Verratti, ou bien d’être convaincu que le départ d’un joueur aussi talentueux que Kylian Mbappé ne serait pas si préjudiciable, un Khvicha Kvaratskhelia répondant mieux aux critères recherchés. « La maîtrise du recrutement compte beaucoup, abonde à son tour Christian Gourcuff, architecte du FC Lorient. Le problème, c’est souvent l’interférence des dirigeants en raison d’intérêts financiers. Avoir une relation de confiance est de plus en plus rare. C’est le cas pour des coachs avec une aura, qui inspirent le respect aux propriétaires comme Luis Enrique. »

Dans la capitale, l’osmose semble parfaite avec Luis Campos. « Dans toutes les entreprises, il y a des petits problèmes. Cette confiance totale entre les uns et les autres permet de passer outre, déroule encore Garande, qui prend l’exemple d’Illia Zabarnyi, dont le choix peine encore à pleinement convaincre. Chaque fois que j’entends parler de lui c’est en bien, ça lui permet de progresser avec confiance. Peut-être que dans cette période d’adaptation, tout le monde est ravi de ce qu’il fait. Je trouve ça fantastique, dans de nombreux clubs ça ne se passe pas comme ça. »
Résultat : après quelques années à la tête de leurs clubs respectifs, il est déjà indéniable que les deux tacticiens espagnols y laisseront une trace indélébile. Au point de les imprégner d’un héritage semblable à celui d’un Johan Cruyff à Barcelone ? « Pour cela, il faut qu’à la tête du club il y ait des gens imprégnés de cette identité. Barcelone, ça fait 40 ans qu’ils sont dans une même logique, en particulier dans le choix des coachs, détaille encore Gourcuff. À partir du moment où on a les mêmes convictions, ça se fait naturellement. »
La victoire des idées
Les convictions, autre sujet d’ampleur quand on parle des entraîneurs. Si la direction prise par un club doit être partagée par tous les décideurs, le dernier maillon de la chaîne, c’est bel et bien le coach, guidé par ses croyances profondes. « En leur disant : “Vous êtes là pour cavaler les uns pour les autres”, à partir de là c’est clair et net, avance Denoueix. C’est tellement les en imprégner, que si certains ne font pas, ce sont les joueurs mêmes qui vont le pointer du doigt. »
Pas question de remettre en cause toute une vision du foot pour trois échecs ou une série de défaites. « Les entraîneurs caméléons, qui changent en permanence, ça ne dure pas. Il faut avoir une vision », tranche Christian Gourcuff, qui jure par un besoin d’une « identité bien claire ». « Ça nécessite une forme de patience, une forme de connaissance et ce qu’il y a de plus difficile dans le monde actuel. Ça s’inscrit dans le temps. Ce sont des évidences qui n’en sont plus trop dans une société et un monde du foot où il y a tellement d’interférences et d’intérêts financiers, on oublie tout ça », regrette l’ancien lorientais, comme en écho avec Denoueix. Après une défaite à l’Emirates en octobre 2024, Luis Enrique ne s’y trompait pas : « Mikel Arteta est là depuis cinq ans, moi seulement une année. J’ai une idée très claire de là où je veux être, mais je ne sais pas en combien de temps. » Il lui aura fallu deux ans.
C’est important de se retrouver autour d’une ambiance où on n’est pas dans la contestation permanente.
Là où les idées des deux techniciens espagnols se rejoignent c’est sur une certaine perception du collectif. « À partir du moment où on est deux, il faut des règles, il faut s’entendre, se comprendre. Il y en a 11 qui jouent, des remplaçants et tous les autres constituent aussi le groupe. C’est hyper important que chacun ait conscience de faire partie d’un groupe dans lequel il faut respecter des règles, note Denoueix, s’appuyant sur l’exemple d’un jeune Didier Deschamps. Quand il est arrivé à 15 ans, la première chose que j’ai vue, c’est qu’il était collectif et il entraînait les autres, il les guidait. Il était là pour aider à faire une équipe. Quand je vois le PSG d’aujourd’hui, il n’y en a pas un qui sort du collectif. »
Champions of Life pic.twitter.com/QQOsZtrD9a
— Alan (@faraondefutbol) May 22, 2026
« À un moment donné le garant du collectif, c’est le coach. Le gros mérite de Luis Enrique, c’est d’avoir créé ce collectif alors qu’à son arrivée il y avait des individualités difficilement compatibles avec cette notion, tout le contraire d’un groupe qui marche ici en symbiose, note le papa de Yoann. Au-delà de l’aspect technique, c’est cette prise de risque qui est payante et il est désormais la figure de proue de ce collectif. C’est important de se retrouver autour d’une ambiance où on n’est pas dans la contestation permanente. »
Qui dit peu de contestation, dit aussi ambiance apaisée et vie de groupe améliorée. Et à ce petit jeu-là, Arteta et Enrique s’en sortent haut la main. Quand après avoir remporté la Premier League, le Basque réunit ses joueurs pour un discours où il les qualifie de « Champions of life », les remerciant pour leur personnalité, mais aussi leur vulnérabilité et leur acceptation de l’innovation, c’est toute une vie de groupe qui est mise en avant. On dirait presque que les deux tacticiens prennent une posture d’éducateur avec leurs joueurs.

Une attitude nécessaire à l’heure d’inculquer ses préceptes à des joueurs aux ego marqués et aux cultures foot différentes. « La grande force d’Enrique, c’est d’avoir su convaincre ses joueurs, applaudit Patrice Garande. D’un coup, il y a un mec qui arrive qui dit maintenant on va faire comme ça, comme ça, là, tout ce que les mecs, ils n’avaient pas fait avant. Il faut avoir cette capacité à mettre ces ego au service d’un collectif. Aujourd’hui la réussite, c’est ça. »
De quoi permettre aux deux entraîneurs d’être suivis sans crainte par leurs hommes, même dans les coups tactiques les plus périlleux, voire loufoques. Sans doute que le jeu parfois caricatural des Gunners a dû surprendre plus d’un joueur, tout comme la tactique parisienne à Munich soulève Garande : « Quand tu regardes le match du Bayern et que tu vois le gardien dégager en touche, tu te dis que ce n’est pas possible. Après tu comprends que c’est demandé. C’est voulu. Les mecs ils font et ça fonctionne. Les joueurs, ils le suivent les yeux fermés ! » Samedi soir, ce sera donc deux sectes et 22 fidèles, prêts à tout pour faire gagner leurs idées, et surtout leur guide suprême : l’entraîneur.
PSG-Arsenal : cinq clés pour déverrouiller la finalePar Tom Binet et Julien Faure
Tous propos recueillis par Tom Binet et Julien Faure


















































