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Le Vélodrome, cet aquarium géant : « Difficile de ne pas sentir le cannabis »
Les soirs de Ligue des champions, le Vélodrome se pare toujours de ses plus beaux apparats : spectacle pyrotechnique, tifos gigantesques et des chants qui résonnent de la première à la 90e minute. En parallèle, les tribunes marseillaises sont aussi caractérisées par l’odeur du cannabis et la fumée des cigarettes qui s’en évaporent. Au point de gêner les joueurs ?

La venue en novembre de Newcastle, dernière affiche de Ligue des champions disputée au Vélodrome, a permis d’assister à une scène plutôt étrange. Les Anglais, survêts sur les épaules et casques sur les oreilles, se regardant interloqués au moment de la reconnaissance de la pelouse en se demandant si l’odeur qui planait dans l’air était bien celle du cannabis. Rien à voir avec de possibles restes du magnifique tifo Bob Marley déployé trois semaines plus tôt contre l’Atalanta. Les Magpies n’ont pas été les seuls à s’interroger en mettant les pieds au stade. En 2015, déjà, soit dix ans plus tôt, Jérémie Bréchet, défenseur du Gazélec Ajaccio, s’était fendu d’un tweet humoristique à l’issue d’un déplacement à Marseille, expliquant le match moyen (1-1) par les odeurs de cannabis présentes dans l’air. Ces dernières font-elles vraiment partie de l’atmosphère du Vélodrome ?
Soyez indulgent avec les acteurs du match #OMGFCA vu L odeur de cannabis pendant le match ..on était tous défoncé !!#arbitre#joueurs
— BRECHET Jérémie (@footidee) December 15, 2015
Si jusqu’à l’été dernier, aucune indication n’interdisait formellement aux supporters marseillais de fumer en tribunes, la donne a radicalement changé depuis la promulgation du décret n° 2025-582 du 27 juin 2025 entré en vigueur le 1er juillet dernier, qui interdit désormais de fumer dans les enceintes sportives. Avec des résultats chez les jeunes : les derniers chiffres publiés sur la consommation de tabac en France indiquent que la proportion de fumeurs quotidiens en 2024 en France parmi les 18-29 ans s’élève à 18 %, contre 29 % trois ans plus tôt.
Au Vélodrome, la parole est à la défonce
Les tribunes marseillaises restent cependant un contre-exemple, comme l’explique Arthur*, un habitué du Virage Sud : « Ça fume énormément dans les virages à Marseille. Dès que tu rentres dans le stade globalement, mais encore plus dans le virage, les odeurs de tabac et de cannabis sont là, donc difficile de passer à côté. » La consommation de tabac et de cannabis fait partie de la vie en tribune pour bon nombre de supporters olympiens (et dans d’autres stades, évidemment), comme si le lieu la favorisait. « Dans les virages, c’est je pense l’endroit où je fume le plus en proportion, à part peut-être en soirée. Je ne pouvais pas aller au stade sans avoir à fumer sur moi, assure Samy*. Je dissocie difficilement le fait d’aller au stade supporter l’OM du fait de fumer. Il faut absolument que j’aille toucher avant d’aller au stade. »
C’est quand même plus propre à la culture marseillaise qu’ultra, ça fume beaucoup dans la ville, donc ça se retranscrit en tribune.
Les ultras olympiens ont d’ailleurs fait de cette image une symbolique à part entière. Le tifo Bob Marley, imaginé par le Commando Ultra à l’occasion de la réception de l’Ajax Amsterdam en Ligue Europa le 30 novembre 2023 (4-3), est d’ailleurs resté dans toutes les mémoires (comme celui face à l’Atalanta récemment, comme rappelé plus haut). Pour Arthur, cette attache à la fumette relève plus de la sociologie marseillaise que de celle du mouvement ultra. « Je dirais plus que c’est le fait que ce soit le stade de Marseille, parce que le football est le miroir de la société, et Marseille est une ville où ça fume beaucoup, analyse-t-il. Même si ailleurs ça fume, c’est quand même moins qu’ici. C’est quand même plus propre à la culture marseillaise qu’ultra, ça fume beaucoup dans la ville, donc ça se retranscrit en tribune. » Un constat que ne partage pas Samy : « Ça relève complètement de la culture des tribunes, tu as même une chanson à ce sujet. C’est quelque chose qui est complètement dans la culture des tribunes marseillaises, dont les groupes sont fiers et on l’a vu avec le tifo Bob Marley. »
@bobmarley “If you want to get to know me, you will have to play football against me and the Wailers.” #bobmarley ⚽️ Marseille vs AFC Ajax, Nov 2023 🏟️ Stade Vélodrome, Marseille, France #marseille #ajax #football #soccer ♬ original sound - Bob Marley
Depuis la promulgation de l’interdiction de fumer dans les enceintes sportives, l’Olympique de Marseille a renforcé sa politique de prévention. Une mention à l’interdiction est appliquée sur les billets, la newsletter, le site internet ainsi que les écrans géants lors des rencontres au Vélodrome. Beaucoup de prévention orale, mais dans les faits, une difficulté certaine à pouvoir appréhender chaque personne allumant une cigarette ou autre, comme le constate Arthur : « Il n’y a aucune différence depuis l’entrée en vigueur de la loi par rapport à avant. »
Le jeune homme va même plus loin dans ses explications : « Toute l’image liée au cannabis et à la cigarette, ce sont des choses qui sont reprises comme l’alcool et les fumis qui sont interdits. Il y a une idée de rébellion et de digression, c’est interdit alors on a envie de le faire. Le football, c’est la fête et ça y participe. Marseille est fidèle au non-respect des règles, et celles-ci ont plus de mal à être mises en place qu’ailleurs. »
Quel impact sur les joueurs ?
Si les odeurs circulent et peuvent gêner les acteurs présents sur le terrain, il est hautement improbable que la fumée puisse affecter la performance des joueurs. « A priori, la fumée est moins dense que l’air, peut-être principalement à cause de sa température, on voit la fumée s’élever dans le stade et non pas descendre, explique Alexis, ingénieur en mécanique des fluides dans la région marseillaise. Il faudrait donc un mouvement convectif du haut des tribunes vers le bas pour amener la fumée vers la pelouse, ce qui n’est pas le cas quand on regarde des vidéos de fumigène dans les tribunes de stades. »
L’architecture du Vélodrome permet également une meilleure évacuation de la fumée et des odeurs selon l’ingénieur marseillais : « Concernant la persistance des odeurs, tout dépend de l’emplacement du stade, de la facilité du vent à s’engouffrer dedans et de la configuration de l’enceinte. » Un avis que partage Sébastien Davignon, infirmier tabacologue en Seine-Saint-Denis : « Non, les fumées ne peuvent pas atteindre les joueurs, en revanche les odeurs de tabac et de cannabis sont tellement fortes qu’il est possible que les joueurs soient incommodés en bord de terrain. »
En revanche, un sportif qui inhalerait des fumées provenant de cigarettes et de joints verrait nécessairement ses performances altérées, selon l’infirmier. « En matière de performances sportives, le tabagisme passif est moins exposant que le tabagisme actif. Les conséquences pour un sportif de haut niveau peuvent être sur la toux et essentiellement sur la cicatrisation des blessures, prévient-il. Les plaies cicatrisent moins bien chez les fumeurs. Donc une blessure plus ou moins grave cicatrisera beaucoup plus rapidement chez une personne qui ne fume pas et qui n’est pas exposé à la fumée du tabagisme passif. » Mais Sébastien Davignon tient à tempérer ses propos : « Ces conséquences peuvent être possibles dans un lieu clos et en étant à proximité de la personne qui fume. Mais dans un espace ouvert, je ne pense pas que les joueurs puissent y être soumis. » Ouf, l’OM et Liverpool peuvent nous régaler sans s’inquiéter.
En direct : Marseille-Liverpool (0-0)Par Léna Bernard, à Marseille
Tous propos recueillis par LB.
*Les prénoms ont été modifiés.



















































