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Sera-t-il un jour possible de jouer au football sur la Lune ?

Le 1er avril dernier, la mission Artemis II prenait la direction de la Lune pour une nouvelle expédition. Après avoir tourné autour de l’astre rocheux, les scientifiques sont désormais sur le chemin du retour. Graviter autour de la Lune n’est pas une première, mais qu’en est-il de la possibilité de jouer au football sur son sol ? Un futur possible ou une aberration scientifique ?
Allez, fermons les yeux et imaginons. Sur l’étendue jusque-là désertique de la Lune, des milliers de spectateurs affluent. Tous emmitouflés dans leurs combinaisons spatiales, ils n’attendent qu’une chose : l’entrée des 22 artistes. Les supporters sont en délire, le terrain est prêt et les deux équipes apparaissent enfin. Entre deux cratères, les gestes de grande classe se multiplient. Retournés acrobatiques à répétition, frappes surpuissantes et autres arabesques des plus grands joueurs font vibrer le sol en régolithe. Un scénario digne des meilleurs films de Christopher Nolan. Mais est-ce vraiment envisageable ?
“You can see the surface of the Moon…we just went sci-fi.” On flight day seven, images from our @NASAArtemis II crew amazed, turning science fiction to reality. From the lunar far side to a solar eclipse from the Moon, the views are EVERYTHING. No pressure to pick a favorite. pic.twitter.com/sHGfknqwW1
— NASA (@NASA) April 8, 2026
À l’extérieur, des conditions extrêmes
Dans notre réalité terrestre, tout tourne autour du ballon rond. Parfois trop gonflé, parfois pas assez. Une chose est certaine : sur la Lune, impossible de jouer avec un ballon plein d’air. « À l’image des roues des Jeeps lunaires, il ne pourrait pas y avoir d’air », précise Alexis PAILLET, responsable de la préparation du future pour l’exploration robotique et les vols habités (CNES). Il faudrait plutôt une sphère rigide avec un volume différent pour éviter que le cuir gonfle et explose. « C’est la même situation que les poumons lorsque l’on réalise de la plongée sous-marine », poursuit-il. Ce même ballon pourrait d’ailleurs disparaître à tout jamais. Si un joueur frappe avec une force équivalente dans la balle, cette dernière pourrait « s’arracher à l’attraction de la Lune » et voguer dans l’espace sans jamais redescendre selon Alexis Paillet. Une situation assez problématique qui pourrait définitivement mettre un terme à une rencontre lunaire. Pour éviter cela, Sébastien Vincent-Bonnieu, responsable de la discipline des sciences physiques au sein de l’Agence européenne spatiale (ESA) a une proposition : placer des filets tout autour du terrain afin d’éviter de revivre le scénario du penalty de Sergio Ramos.
Impossible d’imaginer des coups francs à la Roberto Carlos.
Autre contrainte de l’expérience : sans atmosphère, pas de bruit. Aucune clameur, pas de coup de sifflet de l’arbitre, ni même de consignes de l’entraîneur. Un manque d’air qui rappellerait les plus belles heures du football sous confinement, mais en pire. Pas vraiment un avantage de jouer à domicile, donc. Aucune communication et des joueurs qui ne pourraient se parler sur le terrain que par les micros de leurs combinaisons spatiales, comme le rappelle Jean-Christophe Caillon, professeur à l’université de Bordeaux au Laboratoire de physique des deux infinis. D’ailleurs, un terrain ? Quel terrain ? Le sol ne serait pas recouvert « d’une herbe verte » mais bien de régolithe. Les appuis seraient précaires, et les joueurs « glisseraient, voire reculeraient à chaque frappe de balle » : voilà plutôt ce à quoi il faut s’attendre selon le professeur. Sébastien Vincent-Bonnieu nous explique même que le sol irrégulier pourrait « s’écraser sous les pieds des joueurs et les voir s’enfoncer entre 10 et 15 centimètres ».

Fini les tacles à la Pallois. Glisser serait bien plus qu’un simple désagrément. Les chutes et les contacts pourraient provoquer des conséquences dramatiques pour les joueurs. Comme le rappellent les trois scientifiques, un impact violent ou des égratignures pourraient abîmer les combinaisons spatiales des différents protagonistes et les priver d’oxygène, provoquant une issue fatale inévitable. Impossible pour les gardiens de plonger afin de réaliser des parades miraculeuses près de leurs poteaux. Du football sans contact, c’est un peu le jeu rêvé de Neymar, non ? Dans cette expérience lunaire, les joueurs devraient aussi s’habituer aux contraintes de température qu’impliquent les rotations, même très lentes, de l’astre des nuits. Ainsi, jouer sur la face cachée de la Lune reviendrait à faire jouer un Brésilien au pôle Nord… mais en pire. Des différences de « plusieurs centaines de degrés entre la face exposée au soleil et celle plongée dans l’ombre », comme l’indique Sébastien Vincent-Bonnieu.
Mouvements et trajectoires
La Lune, à bien des égards, est différente de notre bonne vieille Terre. Dans le cas du football, ce serait la gravité qui modifierait le plus les lois du sport. Révolus les longs dégagements de Jordan Pickford avec des courbes paraboliques parfaites. Le ballon volerait droit, sans variations. Jean-Christophe Caillon le regrette : « Impossible d’imaginer des coups francs à la Roberto Carlos. » Une réalité aussi décevante que scientifiquement expliquée par l’effet Magnus.
Un retourné acrobatique aurait le même sentiment aérien que dans Olive et Tom.
Hergé l’avait imaginé, la science le confirme. Les mouvements des joueurs ne seraient pas similaires à ceux que l’on connaît. Alexis Paillet l’atteste : « Ce ne serait ni de la marche ni de la course, mais plutôt un mode kangourou. » Bon, n’imaginons pas non plus des sauts de plusieurs centaines de mètres, mais plutôt des élévations légèrement supérieures à celles que l’on connaît sur Terre. Selon l’ingénieur du CNES, « un retourné acrobatique aurait le même sentiment aérien que dans Olive et Tom ». Les mouvements des joueurs resteraient quand même très limités. Déplacer les 150 kg des combinaisons spatiales ne serait évidemment pas une partie de plaisir. Beaucoup d’efforts et une bonne tonicité musculaire n’offriraient que très peu de mobilité. Les combinaisons pourraient évoluer dans le futur pour être moins lourdes et plus amovibles, comme le soutient le scientifique de l’ESA.
À l’heure actuelle, Thomas Pesquet et ses collègues ont déjà du mal à applaudir, alors faire une demi-volée… Pourtant, certains ont tenté des prouesses sportives. En 1971, l’astronaute Alan Shepard sortait de sa botte un club et deux balles de golf pour s’essayer sur un nouveau circuit. Une prouesse aussi fantastique que peu glorieuse, puisque les deux balles n’ont pas été plus loin que 22 et 36 mètres. Cela dit, ça reste un record pour le cinquième homme à avoir marché sur la Lune lors de la mission Apollo 14.
Fore! 55 years ago #OTD, Alan Shepard decided it was a nice day for some golf practice… on the Moon! In his spacesuit pocket, Shepard carried two golf balls and a 6-iron head he had specially made to connect to a lunar sampling tool. pic.twitter.com/Hef4cnqfOV
— NASA History Office (@NASAhistory) February 6, 2026
Un football de bourrins
Revenons à nos moutons : le football est un art, mais là-haut, il serait plutôt une démonstration physique. Plus besoin de s’interroger sur le débat Messi contre Ronaldo : Sébastien Vincent-Bonnieu, Alexis Paillet et Jean-Christophe Caillon s’accordent à dire que les joueurs physiques seraient largement avantagés. Impossible d’écarter les jambes, donc pas de petit pont. Pas très fun, le football sur le satellite naturel de la Terre. Un rapport de force entre technique et physique qui s’inverserait si l’on imaginait la pratique du football non pas directement sur la Lune, mais dans une base lunaire. Une sorte de futsal où les mouvements du ballon et des joueurs ne seraient plus les mêmes. La sensation de jongler avec un ballon gonflé comme en Ligue 1 serait comparable à « essayer de jongler avec un ballon de baudruche sur Terre », selon Alexis Paillet.
Loin de la planète bleue, nous pourrions peut-être jouer au football sur la Lune. Mais le football ne serait plus vraiment notre football. Un condensé de mouvements suspendus, sans contacts ni trajectoires juninhesques. Pas de chants provocateurs ni de tribunes actives, mais des joueurs limités par leur propre corps. L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Pourtant, pas besoin d’une autre planète pour changer le pied-ballon. Les règles évoluent et transforment la pratique. Qui sait, le football lunaire est peut-être la prochaine proposition d’Arsène Wenger pour le football.
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