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Nice-Strasbourg : Rareș Ilie, le curiosité roumaine des Aiglons

Par Alexandre Lazar, à Bucarest et Buftea (Roumanie)
Nice-Strasbourg : Rareș Ilie, le curiosité roumaine des Aiglons

Première recrue de l’été niçois, Rareș Ilie (19 ans) a aguiché les suiveurs du Gym en un temps record, au point d’être annoncé titulaire face à Strasbourg, ce dimanche. Très loin de Lausanne, où de fantaisistes rumeurs l’ont envoyé en prêt, le nouvel atout offensif de Lucien Favre grandit à vue d'œil et semble être taillé pour ramener la Roumanie dans le viseur des recruteurs français, tant il fait l’unanimité dans son pays, habitué à la critique facile. Couvé par Adrian Mutu, qui lui avait donné les clés de l’attaque du Rapid Bucarest, Ilie a bénéficié d’une formation plus poussée que les mômes lancés par Gheorghe Hagi, et qui n’ont pas confirmé. Discipline de pointe, travail physique supplémentaire, dézonage permanent, le tout au service d’une personnalité affirmée. Vers l’infini et au-delà ?

le 14/08/2022 à 17:05
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S’appeler Ilie tout en étant un joueur offensif en Roumanie, c’est d’abord se farcir des comparaisons pompeuses avec Adrian Ilie, « Cobra » parmi les chauve-souris, dont la Colombie, Faryd Mondragón et le stade Gerland se souviennent encore. Difficile aussi d’avoir un prénom en guise de nom de famille, quand celui-ci a été porté sur les hauteurs du classement ATP par Ilie Năstase, avant de pilonner les Girondins de Bordeaux un soir de décembre 1982, par l’entremise d’Ilie Balaci. Mais à vrai dire, du haut de ses 19 piges, Rareș Ilie n’en a cure. Arrivé dans la vie de l’OGC Nice le 17 juillet dernier, contre 5 millions d’euros bonus inclus, après un transfert éclair bouclé en quelques jours et en vase clos, l’international roumain U19 est investi d’une double mission sur la Côte d’Azur. D’abord, il doit prouver que l’Allianz Riviera n’est qu’une étape avant le gratin qu’il s’est proposé d’atteindre. Avant d’enfiler ses habits de Marco Polo, d’ouvrir une nouvelle route de la soie pour les techniciens roumains et briser le plafond de verre qu’ils se sont imposé. Pour que son pays arrête de vivre dans le passé, tout simplement.

Rareș a voulu arrêter le football à cause d’un Osgood-Schlatter, alors que tout était normal pour son âge. La gêne était permanente, et comme il n’acceptait pas les critiques, on est vraiment passés à côté de la catastrophe.

La perle Rareș

« Rareș est arrivé chez nous à douze ans et demi. À l’époque, on jouait surtout des compétitions contre des clubs de Bucarest, alors qu’aujourd’hui on se déplace même en France. Parmi ces clubs, il y avait le CS Cautis. On a vite senti qu’il était spécial. On a réussi à le faire venir de là-bas, en même temps que le fils de Valentin Ivan. Ivan père est d’ailleurs rapidement devenu son mentor et entraîneur attitré » , avance Mihai Trăistaru, président de l’ACS Juniorul. Le principal club formateur de Rareș Ilie, partenaire du Rapid Bucarest depuis 2019, a récupéré 25% de son transfert vers le Gym (soit un million d’euros). Fondée en 2014, cette académie du troisième arrondissement de la capitale roumaine, aux infrastructures désuètes, a démarré son activité dans deux parcs, sur des terrains de minifootball. La base numéro un de l’ACS ne dispose que d’un terrain grandeur nature, loué par l’IOR, une société d’optique spécialisée dans la production de lentilles civiles et militaires.

Loin, très loin, des moyens dont dispose l’Academia Hagi à Ovidiu, sur les bords de la mer Noire, leur unique concurrent en termes de quantité de joueurs produits. « Nos seuls sponsors, Castrol et Italia Star, nous financent à hauteur de 40 000 euros par an, en cumulé. Notre objectif est de former des gamins entre 5 et 19 ans, avant d’envoyer les meilleurs au Rapid, puis de récupérer des pourcentages à la revente. D’un point de vue financier, la transparence du Rapid est non seulement bienvenue, mais aussi vitale, poursuit Trăistaru. Gheorghe Hagi, lui, est soutenu par des multinationales : Selgros, Pepsi, MAN, Société Générale, Petrom… c’est impossible de lutter, d’autant que seuls le background historique et l’exposition comptent pour ces grands noms. Mais malgré tout, Hagi forme plutôt des robots enfermés dans un système de jeu, le 4-3-3, et qui se cassent les dents à l’étranger, loin de leur cocon. Chez nous, il n’y a ni compromis, ni passe-droits. Même pas pour mon fils, qui a fini par changer de voie. » Surclassé avec les 2001 dès le départ, Ilie (né en 2003) impressionne à chaque tournoi, au point de susciter l’intérêt de l’intégralité des formations que l’ACS Juniorul affronte : Shakhtar Donetsk, Rubin Kazan, Kuban Krasnodar… Pourtant, un problème de croissance lui met du plomb dans l’aile. « En plein boom, Rareș a voulu arrêter le football à cause d’un Osgood-Schlatter passager, alors que tout était normal pour son âge. La gêne était permanente, et comme il n’acceptait pas les critiques au moindre coup de moins bien, on est vraiment passés à côté de la catastrophe. Heureusement, il est aussi intelligent qu’il est têtu et capricieux » , abonde Cristian Ion, un de ses anciens entraîneurs à l’ACS.

« Sa famille l’a beaucoup soutenu, on l’a aussi amené chez notre psychologue. Andreas Hniatiuc a ciselé son mental et Rareș a fait le travail introspectif nécessaire. Aujourd’hui, il est sur la bonne voie pour être un leader, de ceux qui peuvent prendre la bonne décision en une fraction de seconde, et inspirer par l’exemple, comme Cristian Chivu » , complète Mihai Trăistaru. Une force tranquille et intérieure qu’il doit aussi aux préceptes prônés par l’ACS Juniorul. « On n’axe pas uniquement la formation sur les bases et la technique. Au contraire. On inculque d’abord la discipline tactique et mentale aux jeunes, pour qu’ils visent d’emblée haut et ne se mettent aucune barrière. On leur fait comprendre l’importance du jeu sans ballon. On ne les bride pas, mais ils doivent faire les efforts défensifs, pointe Laurențiu Tudor, directeur sportif de l’ACS et autre formateur d’Ilie. Tous nos joueurs sont polyvalents, comme Rareș, et peuvent occuper 2 ou 3 postes minimum. Ensuite, à leurs 15-16 ans, on met l’accent sur le développement physique. Pas avec des poids ou des haltères, mais à base d’entraînements isométriques spécifiques, de TRX avec de simples sangles et de planche abdominale, pour que leur musculature soit fine et non massive. On a préparé Rareș pour les duels les plus âpres de Ligue 1, il sait garder son adversaire à distance, utiliser ses bras comme il faut pour protéger son ballon. »

D’habitude, les jeunes joueurs roumains sont maigrichons, ont peur du contact et perdent leurs moyens dans les grands moments, quand il s’agit de jouer avec le cœur et les tripes. Lui, il n’a peur de rien.

Rapidement vôtre

Au Rapid Bucarest, entité historique en reconstruction totale après la faillite de 2016, Ilie effectue ses débuts en professionnel il y a moins de deux ans, face au Pandurii Târgu Jiu. Si les statistiques ne suivent pas encore en deuxième division roumaine, ses qualités sautent aux yeux. Lorsque Mihai Iosif passe principal en mars 2021, le numéro 10 échoue volontairement sur les épaules d’Ilie. Meneur de jeu axial ou excentré, omniprésent entre les lignes, l’espoir devient une certitude et découvre rapidement l’élite roumaine, en même temps qu’il obtient son bac, avec un 9,94 sur 10 de haute volée. À mi-saison dernière, lorsqu’un Adrian Mutu aux dents longues reprend une formation rapidistă moribonde, qui vient d’échouer à se qualifier pour les play-offs de Liga 1, Rareș Ilie finit même par exploser en cumulant 4 buts et 5 passes en 9 matchs (6 et 10 sur la saison), ce qui lui permet d’éclipser d’autres prospects moins réguliers, à l’instar d’Octavian Popescu.

Au sein d’un 4-3-3 taillé pour son style de jeu, Ilie passe au cœur du projet. Le plus souvent ailier gauche, parfois relayeur avancé, il dézone, repique vers l’axe ou se déporte sur le flanc. Toujours en mouvement, sa vision, son flair, sa capacité d’élimination et sa science du un contre un donnent libre cours à l’extase des supporters grenats. Beaucoup de combinaisons, de une-deux, cette capacité à être plus rapide balle au pied que sans grâce à une conduite et une technique aimantées, et un caramel qui sert de carte de visite, fin avril. Une feinte du droit pour coucher quatre défenseurs de Sepsi, avant de finement piquer le cuir de l’extérieur, et toujours du droit, au-dessus du portier Niczuly. « En un an, Rareș a grandi plus que d’autres en cinq ans. Il a toujours soif d’apprendre, il veut être le meilleur quoi qu’il en coûte et il adore se frotter à la concurrence. D’habitude, les jeunes joueurs roumains sont maigrichons, ont peur du contact et perdent leurs moyens dans les grands moments, quand il s’agit de jouer avec le cœur et les tripes. Lui, il n’a peur de rien et surtout, il voit grand. S’il rêve du PSG, vous pouvez être sûrs qu’il sait ce qu’il avance » , souligne Cristian Săpunaru, son ancien capitaine au Rapid, vainqueur de la Ligue Europa avec Porto (2011).

Rareș a l’étoffe d’un champion. S’il réussit à Nice, je lui prédis une carrière sensationnelle, dont on se souviendra pendant très longtemps.

Sous l’aile de Lucien Favre

En coulisses, Lucien Favre est libre de tout contrat, et s’active déjà. « Si j’étais allé à Mönchengladbach, je l’aurais sans doute pris avec moi » , glissera le technicien suisse – qui l’a observé pendant presque six mois – une fois de retour à Nice. Un réel gage de confiance. Mis au courant de son transfert en pleine session chant, en voiture avec « Săpu » et Drăghia, Ilie sortait pourtant d’un Euro U19 en demi-teinte, sauvé par ses éclairs dans le dernier quart d’heure contre la France. À peine arrivé à Faro pour le stage de pré-saison, le voilà qui donne déjà des idées à son nouveau coach, après 82 minutes encourageantes contre la Roma : « Ilie peut aussi évoluer en tant que numéro 9, je pense qu’il s’y sentirait confortable. Il a déjà joué à ce poste lors d’un match avec le Rapid, sur le côté gauche de l’attaque du 4-4-2. » Dans son style caractéristique, l’ancien artiste de l’ACS Juniorul a soigné son entrée sur scène face au Torino, pour sa première non officielle à l’Allianz Riviera, en s’appuyant sur Amine Gouiri avant de caviarder Calvin Stengs.

De bon augure pour Adrian Mutu, qui continue de suivre l’évolution de son ancien élève et se joint à l’unanimité autour d’Ilie : « Rareș a l’étoffe d’un champion. Il doit être patient, s’adapter tout doucement à la Ligue 1, prendre ses marques. Le championnat de France n’a rien à voir avec ce qu’il a pu connaître en Roumanie en termes d’intensité, mais je le sens prêt et déterminé, plus que n’importe quel autre espoir. Il ne prendra pas la grosse tête. S’il réussit à Nice, je lui prédis une carrière sensationnelle, dont on se souviendra pendant très longtemps. » Affublé du numéro 18, laissé vacant par Mario Lemina, Ilie est aussi sorti du banc la semaine passée à Toulouse, passant aisément de relayeur droit à ailier gauche, où ses qualités s’expriment tout de même plus naturellement. Juste, précis, combatif et impassible pour son immersion dans la cour des grands, il s’est également signalé de loin, une autre facette de son jeu qu’il peut mettre à profit en fonction du profil de l’adversaire. Ne reste qu’à prendre encore plus de risques, tout en évitant l’écueil de la solution personnelle permanente, lorsque la confiance s’installera.

« Honnêtement, ce n’est pas uniquement pour ses qualités intrinsèques, mais le travailleur ambitieux qu’il est ne s’arrêtera pas avant de devenir le joueur majeur de la sélection roumaine. Un joueur qui peut porter l’équipe sur la scène internationale. Il peut paraître sage de l’extérieur, mais je peux vous dire qu’il est surtout en mission. Ici, la pression et l’exigence sont permanentes, et regardez ce qu’il en a fait en quelques mois » , martèle Antonio Sefer, ailier droit du Rapid. Alors que la Roumanie n’est plus vraiment dans les plans des recruteurs français, la réussite – ou non – de Rareș Ilie, qui sera accompagné et supervisé par son père durant six mois, pourrait entraîner un effet domino. Parce que Dragostea din tei ne sera jamais passé de mode, parce que Dragoș Grigore était définitivement une erreur de casting, et parce que les portiers – Ciprian Tătărușanu en tête – ne sont pas les seules valeurs sûres du pays des ours.

Dans cet article :
Belgique, Roumanie, Slovaquie, Ukraine : avec un E comme Ennui
Dans cet article :

Par Alexandre Lazar, à Bucarest et Buftea (Roumanie)

Propos de Mihai Trăistaru, Laurențiu Tudor, Cristian Ion, Adrian Mutu, Cristian Săpunaru et Antonio Sefer recueillis par AL. Propos de Lucien Favre tirés d'OGC Nice TV et L'Équipe. Photos : Icon Sport, ACS Juniorul et Ștefan Constantin.

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