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Au Red Star, un dernier verre pour Akli

Ce vendredi, le Red Star s’est incliné contre le FC Pau. Malgré la défaite, les pensées étaient ailleurs. Akli, figure de l’Olympic, le bar des supporters audoniens, est décédé il y a quelques jours. Retour sur cette soirée d’hommage.
Il est 18h30 à l’Olympic de Saint-Ouen, mythique bar au 105 rue du Docteur Bauer. Dans une heure et demie, le Red Star reçoit le FC Pau pour la 22e journée de Ligue 2. Quatrième au classement, le club audonien sait qu’il a un coup à jouer cette saison dans la course à la montée. « C’est le genre de match qu’il faut gagner » entend-on au comptoir. Pour espérer monter, les locaux doivent inverser la tendance à domicile, puisque seuls 3 des 9 matchs joués chez eux ont été remportés. Pourtant, ce qui anime les habitués, ce ne sont pas forcément les trois points. Non, ce vendredi, c’est Akli qui est dans toutes les têtes.
Akli, c’est la première personne qui te souriait quand t’entrais dans le bar. Du coup, tu avais envie de revenir.
Le tenancier de l’Olympic est décédé fin janvier, et les Vert et Blanc retrouvent Bauer pour la première fois depuis. « Regarde aux murs, t’as toute l’histoire du Red Star, des photos, des articles… Akli ressemblait à son bar. Akli, c’est le Red Star », exprime Martin*. Les écharpes accrochées au-dessus des fenêtres rappellent le 8e de finale de Coupe de France en 2015 contre l’AS Saint-Étienne ou les amitiés avec les supporters d’autres clubs, le Grenoble Foot 38, mais, plus que la bière au zinc, chaque souvenir est imprégné par la présence du patron. Pour certains, il était même la première tête croisée sur le chemin d’une vie de supporter. « Akli, c’est la première personne qui te souriait quand t’entrais dans le bar. Du coup, tu avais envie de revenir, témoigne Romain, tirant sur sa clope. De toute façon, quand tu vas au stade, passer à l’Olympic est la première chose à faire. »
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« C’est un peu dur de parler de lui ce soir, c’est encore trop frais » raconte Michel, né peu après le passage au Red Star du héros de la résistance Rino Della Negra et aujourd’hui attablé avec ses amis. Plus loin, Daragh, Frank, Roy et Peter, trois Irlandais et un Écossais, font une infidélité à leur Celtic le temps d’un passage à Paris. « On est tombés amoureux du club dès qu’on est entré ici avant un match. De base, on était juste curieux. Aujourd’hui, ça fait plusieurs années qu’on s’organise un week-end à Paris pour venir ici », raconte Frank. « Même s’il nous voyait qu’une fois par an, le patron savait très bien qui on était », ajoute Roy.
Gravé dans le zinc
19h30, il est bientôt l’heure de lever le camp, pour traverser la rue et converger vers le stade. Théo s’apprête à vivre son premier match dans l’antre de l’Étoile rouge et suit les instructions de Dorian, un trentenaire couvert d’une écharpe effilochée : « L’Olympic, c’est une institution. Les gens viennent aussi pour ce genre d’endroit. » Une manière de rappeler que si les promoteurs immobiliers se ruent aujourd’hui sur Saint-Ouen, il est impossible d’oublier le passé ouvrier dans lequel baigne le fleuron sportif de la « banlieue rouge ». Et l’Olympic, ses airs de PMU et sa clientèle historique font partie de ce décor, bien qu’à l’ombre des nouvelles constructions.

20h, coup d’envoi du match. Fictif dans un premier temps, donné par les deux enfants d’Akli. Une minute d’applaudissements est observée, laissant chacun avoir une pensée émue pour Akli. En tribune, un tifo est déployé par les ultras, on peut y lire « Akli, ton souvenir à jamais gravé dans le zinc ». À fleur de peau, les Audoniens accueilleront avec dépit la cinglante défaite infligée par Pau. « C’est dommage de perdre 0-3, surtout aujourd’hui », lâche un habitué. Cependant, le principal est ailleurs, le capo lance un ultime chant : « Et on chante pour Akli… », entend-on sous l’impulsion du capo.
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Comme à chaque sortie au stade, ils seront plusieurs dizaines à prolonger le match, les discussions et les tournées à l’Olympic. Le match est terminé depuis une bonne heure, mais le rade est toujours bondé. C’est comme ça que se vivent les soirées de match à Saint-Ouen. C’est comme ça qu’on fait aussi son deuil. « Je suis devenu fan d’Akli avant d’être fan du Red Star, reprend Romain. Un jour, j’ai commandé un whisky coca. Il m’a passé la bouteille et m’a dit de me servir la dose que je voulais. J’ai directement compris où j’avais mis les pieds. » Un endroit qui restera le repère de la famille du Red Star, et géré par la famille d’Akli. Même si les deux n’ont jamais été aussi liées.
Reims chipe la deuxième place au Red StarPar Ethan Ameloot, à Saint-Ouen
Tous propos recueillis par EA.
* Chaque nom a été modifié sur demande des différents interviewés.



























































