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D’où vient la réputation de "petit con" d’Allan Saint-Maximin ?

On ne vous chantera pas du Brassens, mais question mauvaise réputation, Allan Saint-Maximin a été servi durant sa carrière. Nonchalant, ingérable, chambreur : beaucoup d’adjectifs lui ont été attribués, cachant le reste de sa personnalité. Son retour en France et à Lens à 28 ans pourrait lui servir à être mieux compris par son propre pays.
Il a peut-être tout résumé, samedi dernier au micro de Bein Sports, juste après la victoire de Lens face au Stade rennais, avec son premier but pour son grand retour en Ligue 1, d’un rush assez remarquable, dans son style : « Quand on met en confiance un joueur, quand on essaie vraiment, sincèrement, de le mettre dans les meilleures conditions possibles, voilà ce qu’on arrive à donner sur un terrain de football. » Son « vraiment » et son « sincèrement » disent beaucoup d’Allan Saint-Maximin. De ce qu’il est à 28 ans et, certainement, de toutes ses expériences passées. Avec la frustration qui a pu être engendrée, à titre personnel, mais aussi aux yeux de ses anciens entraîneurs, coéquipiers et supporters.
Les étiquettes ont la peau dure
Allan Saint-Maximin, c’est l’histoire d’un crack des années 2010, natif des Hauts-de-Seine, viré de Clairefontaine six mois après son arrivée pour une histoire de bizutage qui avait mal tourné (Il avait expliqué s’être dénoncé après une bagarre sur fond de violence des plus grands sur la plus jeune génération de l’époque, celle d’Allan Saint-Maximin). Déjà repéré par l’AS Saint-Étienne, et ce, après avoir refusé le PSG du début de l’ère QSI, ce grand fan de Thierry Henry, Ronaldinho ou Zinédine Zidane a signé son premier contrat pro à 16 ans avec les Verts, où sa personnalité est déjà remarquée. « C’était un crack, se souvient très bien Benjamin Corgnet, son partenaire à l’ASSE. Un jeune joueur talentueux, un peu foufou, avec beaucoup de fougue. Les jeunes arrivaient plus ou moins sur la pointe des pieds avec les pros. Lui, il n’avait peur de rien. Il fonçait. Quand il était aux entraînements, en un contre un devant Stéphane Ruffier, il mettait des panenka, des petits lobs… Ça se faisait peu, mais ça ne montrait pas que c’était une mauvaise personne. »
On lui rentrait dedans car cette attitude de “petit con”, ça ne nous suffisait pas.
Un transfert à Monaco (5 millions d’euros), un prêt qu’il a plutôt mal vécu en Allemagne (Hanovre), puis un autre à Bastia en 2016-2017, là où il réalise sa première véritable saison au haut niveau (3 buts, 2 passes décisives). C’est là-bas qu’il côtoie Jean-Louis Leca, avec qui le lien restera très fort toutes ces années, jusqu’à son retour en France, dernièrement, où il a rejoint les Sang & Or, essentiellement pour celui qui est désormais le directeur sportif artésien. Viendront ensuite Nice, Newcastle, Al-Ahli en Arabie saoudite, Fenerbahçe, Club América au Mexique et donc Lens depuis le mois de février. Avec, tout au long de son chemin, deux interrogations majeures : pourquoi n’a-t-il jamais pu voir plus haut tant son profil était rare ? Et sa réputation d’ingérable était-elle vraiment fondée depuis tout ce temps ? « C’est un élément qui nous faisait gagner des matchs, constate Mehdi Mostefa, ancien partenaire de Saint-Maximin en Corse. Je me souviens quand il dribblait tout le monde avant d’aller marquer… On avait besoin de sa constance, et on ne l’avait pas. Et ça, ça nous frustrait, et on lui rentrait dedans, car cette attitude de “petit con”, ça ne nous suffisait pas. » Une des premières frustrations de la carrière d’Allan Saint-Maximin aux yeux de beaucoup se situe là : sa capacité à se rendre statistiquement efficace.

Lui-même avait expliqué avoir réellement pris conscience de cette nécessité à partir de son arrivée à Nice puis, surtout, de son transfert à Newcastle, en Premier League. Les petits détails du haut niveau qui peuvent être un point de bascule dans une carrière. « J’ai besoin que l’on me comprenne, clamait-il dans une interview donnée à So Foot, en 2022. J’ai tendance à zapper les choses qui, pour moi, n’ont pas de sens : typiquement, si la séance d’entraînement commence à 11 heures, mais qu’on me demande d’être là à 9h30… Ben moi j’ai mes enfants, j’ai envie d’en profiter, de leur faire prendre un petit-déjeuner, de les amener à l’école… Bref, je ne voyais pas l’intérêt de venir deux heures en avance au centre pour prendre un café et discuter, et surtout, d’arriver pile poil à l’heure pour ça… Entre mettre à profit ce temps pour discuter au stade ou voir mes enfants, le choix est vite vu. C’est à ce niveau-là que j’ai eu des problèmes avec certains coachs en France. »
Il y en a sous le bandeau Gucci
La production sur le terrain est une chose, l’attitude en est une autre. Les mots ou expressions qui lui ont souvent collé à la peau ? Nonchalance, dilettante, individualiste, ingérable… « Quand les gens vont le rencontrer comme ça, peut-être qu’on va le trouver hautain, reconnaît Mostefa. Mais c’est une carapace. Il se protège de beaucoup de choses. » Allan Saint-Maximin a déjà utilisé la carte de l’incompréhension pour définir ce qui grésille entre lui et les autres. « Jusqu’à preuve du contraire, très peu d’entraîneurs peuvent venir dire que j’ai explosé une bombe dans un vestiaire », recadrait-il sur RMC en 2021. « Je ne suis pas difficile à gérer, mais difficile à comprendre », enchaînait-il dans So Foot.
Il parlait de choses dont, normalement, des gamins de son âge ne parlent pas. Quelqu’un de cultivé, qui pouvait avoir de vraies discussions avec toi.
« Quand on ne le connaît pas, on a l’impression de voir un personnage un peu surfait, souligne Benjamin Corgnet, tout en précisant ne pas aimer ce terme. Mais ce n’est pas du tout ce qu’il est ! À l’époque de Saint-Étienne, pour son âge, il était assez réfléchi. Il était en avance à ce niveau. Il parlait de choses dont, normalement, des gamins de son âge ne parlent pas. Quelqu’un de cultivé, qui pouvait avoir de vraies discussions avec toi. » C’est qu’il fallait distinguer le joueur et l’homme. « C’est malheureusement le paraître qui fait que, pense Corgnet. J’ai eu un peu le même ressenti avec Yohan Mollo, chez qui c’était tout dans les dribbles et dans l’apparence. Allan, je me souviens qu’il avait été un des premiers à mettre des bandeaux Gucci dans les cheveux. Quand les gens voient ça, forcément, ils aiment faire passer ces jeunes pour des débiles, des mecs prétentieux. » Mehdi Mostefa renchérit : « Parfois, par son attitude, sa nonchalance, sur des gestes, il pouvait être énervant et ça pouvait faire vriller quand on était en face. »

Mais qu’ils se rassurent : Allan Saint-Maximin assume cette confiance et en fait même une force. En 2022, il affirmait, par exemple : « Ceux qui ont joué avec moi savent très bien qu’en matière de qualité pure, je n’ai rien à envier à Sadio Mané. […] Le jour où j’aurai un joueur capable de finir les actions, je vais faire des saisons à 10-15 passes décisives, et je vais changer de dimension dans la tête des gens. » Ce qui fait dire à Benjamin Corgnet : « Oui, tout ça l’a desservi à un moment donné, car il ne me semble pas qu’il y a eu d’histoires sur lui dans la presse… Un incompris ? Oui, je pense. C’est quelqu’un qui était loin d’être bête. Et quand tu vois ce qu’il fait en dehors, qu’il a monté des académies pour les enfants et effectuait des actions, ça veut tout dire… »
« Quelqu’un de rare »
Un électron libre, pourrait-on résumer, qui s’en fiche un peu, beaucoup, de ce qu’on peut penser de son fonctionnement. Mais qui sait faire savoir certaines choses quand il est touché, en témoigne ce qui a pu arriver à ses enfants, au Mexique, avec un contrat rompu avec le Club América après les insultes racistes reçues sur les réseaux sociaux. « C’est quelqu’un d’atypique, lance Mostefa. Un joueur assez spécial dans sa façon de jouer et sa façon d’être. Dans le jeu, c’est fantasque, atypique. Il joue avec une inconscience qui lui permet de faire parfois des gestes spéciaux… Il va jouer son football à lui. Ça donne quelqu’un de rare. » Et Mostefa de se marrer en se remémorant certaines scènes d’entraînement où le pauvre Saint-Maximin redoutait de travailler les un-contre-un face à la paire Mostefa-Cahuzac. « Il aimait les grigris, les gestes techniques, les dribbles. Et nous, on détestait ça ! Quand on le voyait arriver, on le menaçait du regard. »
Mostefa explique surtout qu’avoir rencontré les « tontons » bastiais de l’époque a forcément servi à « Maxi » dans son évolution : « On a tous vu la relation qu’il a avec Jean-Louis (Leca). À l’époque, Jean-Louis ne se cachait pas pour lui rentrer dedans parce qu’il ne faisait pas certains efforts pour revenir défensivement, ou simplement certains efforts à l’entraînement. Même avec “Cahu” et moi, je me souviens de brouilles, mais toujours pour son bien. » Lui est persuadé que son ancien partenaire a fait le choix idéal en ralliant l’Artois : « Il tombe dans le club qu’il lui faut. Quand on connaît les valeurs du RC Lens, comment sont les supporters, ça peut très bien coller. Je ne serais pas étonné que ça dure plus longtemps que six mois, car quand Allan sent qu’on l’aime, il le rend. Donc le combo peut être pas mal. »
Le PSG trop fort pour la Ligue 1 selon Pierre Sage ?Par Timothé Crépin
Tous propos recueillis par TC, sauf mentions.



























































