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L’échelle de Messi

Par Maxime Brigand
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L’échelle de Messi

Double buteur sur coup franc lors du derby de Catalogne samedi soir, Lionel Messi a écrit une nouvelle page de son histoire en réussissant quelque chose qu'il n'avait encore jamais réussi à faire. Pourtant, l'Argentin semble ne plus être regardé comme il le mériterait.

Cette fois, l’histoire a commencé par un mime. Luis Suárez, calebasse de maté dans la main droite, est dans un couloir du Cornellà-El Prat et se marre avec Lionel Messi, l’Uruguayen dessinant avec sa main gauche une courbe d’atterrissage. Moins d’une heure plus tard, l’Argentin est debout, prêt à donner une teinte au silence qui l’entoure. Face à lui, un mur de huit hommes et une victime. Messi maîtrise son mode opératoire, les yeux d’abord fixés sur le ballon pour l’envahir, puis tournés vers le gardien – ici Diego López – afin de prendre le pouvoir sur l’échange. Samedi soir, à 21h02, Lionel Messi a ainsi allumé la lumière à sa manière : une course, une faute subie, un coup franc saisi comme une flèche à tirer. Posé dans sa zone technique, Ernesto Valverde réfléchit : « Celle-ci, il va devoir parfaitement la prendre… » Ce que Messi a fait, enroulant magnifiquement sa frappe et la glissant hors de portée d’un Diego López pourtant parfaitement parti. C’est tout ? Non, pas cette fois, pas ce soir. Alors, à la 65e minute d’un derby équilibré sur le papier – l’Espanyol étant impliqué dans la course à l’Europe cette saison –, mais rapidement plié sur la forme, Lionel Messi a répété froidement le mouvement. Autre côté, autre lucarne. En appuyant une nouvelle fois sur l’interrupteur, l’Argentin a éteint la salle, rangé dans sa poche la neuvième victoire en Liga du Barça (0-4) et a ensuite laissé les autres parler pour lui dans un week-end où son exploit est presque passé inaperçu.

Vidéo

« Si on a fait faute, c’est parce qu’on n’avait pas le choix… »

La faute à qui, à quoi ? À la curiosité d’abord, l’Espagne du foot ayant concentré son attention sur le River-Boca joué dimanche soir au Bernabéu et auquel Messi a assisté, évidemment, aux côtés de Jordi Alba. À l’histoire ensuite, la dernière performance de la Pulga confirmant qu’à force de rendre ordinaire l’extraordinaire, ce dernier a bousculé à jamais la grille de lecture du joueur de foot. Ce qui pose un problème, aujourd’hui, car samedi soir, Lionel Messi a bien ajouté une ligne à son CV et a réussi quelque chose qu’il n’avait jamais réussi : inscrire deux coups francs dans un même match de Liga. En 2018, l’Argentin en a marqué neuf toutes compétitions confondues, ce qui fait monter son total des quatre dernières saisons à dix-neuf, soit plus que n’importe quelle équipe des cinq plus grands championnats européens. Délirant. Samedi soir, l’entraîneur de l’Espanyol, Rubi, a préféré hausser les épaules : « Nous avons essayé de le stopper et si on a fait faute, c’est parce qu’on n’avait pas le choix. » Mieux, au-delà de ses deux buts, Messi a également fait une passe décisive pour Ousmane Dembélé – et quelle passe décisive ! – et a été à l’origine de cinq occasions du Barça. Résultat ? Depuis le début de saison, il est impliqué dans plus de 46% des buts inscrits par les Catalans en Liga et 54% en Ligue des champions (17 buts, 9 passes décisives en 16 matchs disputés), auxquels il faut ajouter une passe décisive en Supercoupe d’Espagne, rien que ça.

Les standards modifiés, les épaules levées

D’où le problème posé : prendre la mesure de la chose est-il devenu impossible ? Son match contre l’Espanyol est une merveille, un chef-d’œuvre de maîtrise, d’acharnement, de pressing offensif, défensif, de gestion de l’espace et du temps. Après la rencontre, Messi s’est contenté de lever les épaules : « C’est difficile à expliquer… Vous savez, parfois, vous tirez pas mal de coups francs et vous ne marquez pas. » Trop simple. Alors, Carles Puyol, Gerard Piqué et Jordi Alba se sont relayés pour souligner la performance et ponctuer une semaine symbole dans la carrière du capitaine du Barça, chacun d’entre eux profitant de la soirée pour ramener le Ballon d’or, dont Lionel Messi a terminé cinquième, sur la table. Alba : « Vous voyez, le Ballon d’or est un mensonge. » Puyol : « Il n’a pas besoin des récompenses individuelles. » Piqué : « Pour nous, il reste le numéro un. » Et le restera, sans aucun doute, malgré les critiques récentes d’un Pelé qui a simplement estimé que Messi n’avait « qu’un seul pied, un seul registre et aucun jeu de tête » .

Ce week-end, l’Argentin est devenu une victime du système, transformant presque dans certaines discussions le reste de ses concurrents au Ballon d’or en usurpateurs malgré les différents titres collectifs (la C1, la C3 ou la Coupe du monde), mais a surtout rappelé qu’il restait un type à ne pas oublier . C’est ce que raconte sa performance de samedi soir : s’il a modifié les standards de jugement, il reste le meilleur joueur de son époque, même s’il n’a pas forcément été le meilleur de l’année en cours. Une année qu’il devrait malgré tout terminer avec le statut de meilleur buteur, lui qui pointe déjà à 43 buts toutes compétitions confondues, et avec (surtout, Messi n’étant pas un homme à juger uniquement sous le prisme des chiffres) quelques performances, comme celle du week-end ou celle livrée à Wembley en octobre entre autres, impossible à minimiser : Messi peut encore écrire des choses qu’il n’a jamais écrites.

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Par Maxime Brigand

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