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L’art du « comment jouer au foot »

Par Markus Kaufmann / Préface issue du livre Tactique de SO FOOT
L’art du « comment jouer au foot »

Retracer l’histoire du jeu à travers la recherche de l’humain au-delà du résultat mathématique, c’est raconter l’histoire des idées et des idéaux, et de ceux qui les ont incarnés : c'est l'ambition du livre Tactique de So Foot, disponible en librairie.

Le grand livre Tactique de SO FOOT est disponible en librairie ou sur Internet.

Au début des années 2000, le football traverse une phase où l’intérêt pour la qualité du jeu et la gloire sportive du terrain est compromis par sa commercialisation et la starification de ses acteurs. Alors que la tactique, l’art du comment jouer, est depuis toujours au cœur d’un combat ouvert entre idées et statistiques, rêveurs et pragmatiques, philosophes et physiciens, le discours du jeu bascule sous le poids de l’autorité des chiffres, de l’économie et du résultat. Les experts scientifiques prennent le monopole de la parole tactique. Dans le football physique des années 2000, les créateurs jouent seuls, parfois à deux, comme escortés par le muscle et l’athlétisme que requiert, nous dit-on, le très haut niveau. Pourtant, au milieu de tout ça, il reste un tas d’histoires à raconter derrière le résultat tout-puissant, la tactique aussi est humaine, et les vainqueurs n’ont pas toujours raison.

Bien avant les systèmes de jeu et les combinaisons en triangle, la tactique commence par la compréhension d’une mission culturelle, un idéal fondé sur des valeurs locales, qui définit ce que représente le succès pour chaque équipe. Le Barça, Mès que un club, prétend transcender sa condition de club sportif pour faire briller les valeurs de la Catalogne au-delà de ses frontières. La Juventus n’existe qu’à travers la victoire : « Gagner n’est pas important, c’est la seule chose qui compte. » On peut aussi citer l’autorité royale du style du Real Madrid, la vente de boissons énergétiques du RB Leipzig, la recherche de la victoire harmonieuse d’Arsenal – « Victoria Concordia Crescit » –, le « Rêver plus grand » irrationnellement ambitieux du Paris Saint-Germain ou encore le terre-à-terre « Qui s’y frotte s’y pique » de l’AS Nancy Lorraine. Au-delà de la performance sportive, le football séduit parce qu’il veut dire quelque chose pour ceux et à ceux à qui il s’adresse.

De cette mission culturelle découlent une philosophie de jeu, le choix de l’entraîneur et de son projet de jeu. Dans cette perspective, la tactique est la traduction d’une identité culturelle en schémas, mouvements et jeu, émotions, exploits et désastres. Imaginons des stades remplis de supporters fidèles venus assister à l’opposition entre le prosciutto et le jamón ibérico, ou encore entre le tartare de bœuf français et l’entraña argentine. La foule ne discuterait certainement pas de systèmes ni de statistiques, elle débattrait de goût et de saveurs. Le football n’est pas différent. Le spectacle anglais ne fait pas lever les Espagnols. Les Hollandais voient la touche comme une interruption de leur art, tandis que les Scandinaves y voient une occasion de but. Et les Italiens jouent au football sans le ballon dans leur propre surface de réparation avec le même plaisir que les Brésiliens prennent à inventer des dribbles le long de la ligne de touche. Le point commun de tous ces particularismes: l’expression collective d’une certaine idée du football, et parfois de la vie.

Comme la cuisine, le football s’exprime et se partage ainsi à travers le prisme de valeurs culturelles locales qui varient d’un pays à l’autre, d’un village à l’autre. Mais alors que l’homme a appris à profiter de toutes les cuisines, la tactique n’a pas vocation à se développer en vase clos pour le plaisir des papilles des supporters. Un match de football est la rencontre entre deux tactiques. C’est un rapport de force: une tactique peut être exécutée parfaitement et échouer, ou dévoiler ses défauts médiocres et triompher. L’histoire séculaire du football ayant donné raison à toutes sortes de projets de jeu, la tactique invite aux débats éternels au même titre que l’art et la philosophie. Mais alors qu’une œuvre d’art se suffit à elle-même, la tactique victorieuse est toujours relative à un adversaire, une époque et surtout des joueurs. Longtemps représentés comme des pions, des ingrédients ou des points obéissants sur un tableau Velleda, l’histoire de la tactique est pourtant celle de leur échiquier, leur art et leurs vestiaires.

Sur tous les continents et dans tous les quartiers, le football commence dans la rue et dans les parcs, là où il ne suffit que d’un talent et d’un ballon, centre du monde le temps d’après-midis infinies. Le foot se joue alors balle au pied et danse sur le rythme des passes, dribbles, tirs, contrôles… Mais dès nos premières rencontres, à deux contre deux ou à onze, le ballon nous est subtilisé. C’est dans la cour de récré que le jeune joueur rencontre la tactique. Qui joue où? Quand j’attaque, je devrais m’éloigner pour demander le ballon ou me rapprocher du porteur? Quand je défends, je devrais presser ou reculer? La découverte est brutale: le football se joue en réalité autour du ballon, sans le ballon. Il faut savoir se démarquer, couvrir, presser, partir occuper un espace pour offrir un chemin à un coéquipier… La tactique a beau se présenter depuis toujours sur un tableau noir planté au fond d’un vestiaire glacial, elle vit, grandit, se perd et se retrouve dans la chaleur des pieds et des têtes des joueurs, petits et grands.

Au contraire des sports nord-américains dont les phases de jeu arrêtées invitent des tactiques ponctuelles où l’entraîneur « appelle » l’utilisation de tel ou tel système, notre football est un jeu fluide dont les courbes et la géométrie évoluent au fil de l’enchaînement ininterrompu d’actions à la fois individuelles et collectives. L’action tactique, définie comme l’exécution technique d’une prise de décision, est le fruit de l’interprétation individuelle intelligente de cette fluidité collective. Un défenseur central qui joue long pour pilonner la défense adverse ou qui décide de porter le ballon pour inviter un adversaire à le presser et libérer un espace pour son milieu, un latéral qui se replace à l’intérieur ou vient coller la ligne de touche lorsque le ballon passe sur l’aile opposée, un milieu créateur qui feinte de jouer vers une aile pour renverser le jeu sur l’autre… Science de la résolution du manque de temps et d’espace qui dicte depuis toujours le football, la tactique est le mariage entre un savoir-faire et un savoir-décider.

Dans nos stades, cette fluidité disperse la tactique: un chef-d’œuvre tactique n’est pas une question d’ajustements de certains réglages a priori, comme sur console, ni de pourcentages ou de positionnements magiques. La tactique reste une science humaine dont la réussite dépend tout autant de la validité des principes de jeu de l’entraîneur que de la transmission de ses convictions et de leur exécution face à l’adversité. Devenue le sujet d’étude préféré des data analysts du monde entier, la tactique rimera toujours autant avec la physique, les stats et la planification qu’avec la croyance, le partage et la création. En Russie, le projet de jeu des Bleus de Didier Deschamps n’existait pas sans la liberté des prises de décision tactiques d’Antoine Griezmann et Paul Pogba. Il n’était rien, non plus, sans les mouvements dans l’ombre d’Olivier Giroud, ou encore les anticipations en pleine lumière de Kylian Mbappé.

Retracer l’histoire du jeu à travers la recherche de l’humain au-delà du résultat mathématique, c’est raconter l’histoire des idées et des idéaux, et de ceux qui les ont incarnés. Une histoire qui voit s’affronter l’ordre et la liberté, l’armure et l’épée, Bilardo et Menotti, le tout à travers l’évolution du jeu à la française, fait des rêves de Batteux et Hidalgo, et des victoires de Jacquet et Deschamps. Parce que la tactique appartient à tout le monde. Aux supporters qui y cherchent une représentation de leur identité, aux joueurs qui la créent et aux entraîneurs qui les entraînent.

Le grand livre Tactique de SO FOOT est disponible en librairie ou sur Internet.

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