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On a passé l’épreuve de philo du bac 2026

Par Nathan Beaufils
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On a passé l’épreuve de philo du bac 2026

Puisque les élèves de terminale générale et technologique, soit la génération juste en dessous celle d’Ayyoub Bouaddi, passent le baccalauréat de philosophie, nous aussi, on a voulu s’essayer. Mais à tous les sujets, car on ne sait pas choisir entre les céréales avant ou après le lait.

→ Avons-nous la maîtrise de nos paroles ?

Si avoir la maîtrise de nos paroles signifie être conscient de notre discours, le penser indépendamment de tout facteur socioculturel qui constitue « l’animal politique » qu’est l’être humain selon Aristote, alors l’homme n’a jamais complètement le contrôle de son idiolecte. Ainsi, quand Éric Cantona fait un parallèle en 1988 entre son sélectionneur de l’époque, Henri Michel, et « un sac à merde », la maîtrise de son logos n’est que partielle, déterminée par des facteurs extérieurs à son seul être. Parmi eux, la passion, celle d’un des meilleurs joueurs de ballon pied de l’époque, qui parle à la place d’un non-sélectionné pour une rencontre amicale face à la Tchécoslovaquie. Or, « ce qui distingue le fou du sage, c’est que le premier est guidé par les passions, le second par la raison », soulignait le philosophe néerlandais Didier Erasme dans Éloge de la folie.

Mais que ce soit la raison ou la passion qui guide notre pensée, nous sommes aliénés à un dogme, sans jamais exprimer pleinement notre libre arbitre. Quand Ruben Loftus-Cheek avance, à la fin d’un match de Serie A, qu’il faut « prendre match après match, se concentrer sur l’après. Tous les matchs sont durs à gagner », il n’est que le fruit de l’aseptisation de son sport, d’heures de media training et de partenaires économiques soucieux d’une image lisse et pas teintée d’une déclaration comme « Pise n’est bon qu’à rester en Serie B ». Raisonnée ou passionnée, exprimée par un stoïcien ou un hédoniste, la parole n’est jamais maîtrisée par son orateur.

→  Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?

Le bonheur peut se définir comme un état inatteignable, car une fois effleuré, il s’éloigne davantage. « Le seul bonheur est de ne pas naître », décrivait l’enthousiaste Arthur Schopenhauer. Être heureux est donc un entre-deux viable, une sensation passagère, qui a plus d’espérance que de vie. Ce sentiment est-il une possession ou doit-il se partager pour exister ? Michel Der Zakarian a son avis sur la question. Quand Waldemar Kita, président du FC Nantes, lui demande en 2021 « T’es content Michel ? » après la victoire de son MHSC contre son ancien club, l’entraîneur lui répond : « Oui je suis content pour vous, mais pas pour le FC Nantes. »  Ainsi, Der Zak’ illustre la citation de Voltaire dans Candide ou l’optimisme : « […] les malheurs particuliers font le bien général, de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien. »

Le malheur peut donc être source de bonheur, et inversement. Autre exemple avec José Mourinho, alors technicien de Chelsea : « Tout le monde souhaite que Chelsea perde. Le jour où ça arrivera sera décrété jour de fête nationale. Mais on y est préparé. » Ici, la fourberie est source de motivation, le malheur souhaité devient satisfaction souhaitable. Dans une opposition, le bonheur du vainqueur est à la hauteur du malheur du vaincu. L’essence même de la confrontation réside dans la binarité de son résultat, autant comptable qu’émotionnel. Pour s’extirper de ce clivage, la manière doit être le baromètre de plénitude selon Christian Gourcuff : « On ne fait pas de sport si on n’a pas d’idéal. S’il s’agit juste de gagner, alors entre sur le terrain avec des kalachnikovs. »

→ Débattre, est-ce chercher la vérité ?

« C’est le pire des arguments de la Terre l’argument du goût et des couleurs. Ça veut dire que tu peux préférer la carrière de Gourcuff à celle de Zidane parce que le goût et les couleurs ? Non, c’est tes goûts de chiottes et tes couleurs de merde. Voilà. » C’est par ces mots que le philosophe du football Daniel Riolo débattait à propos d’une hiérarchie entre les joueurs contemporains. Selon lui, il existe une réalité objective, que le débat est censé dénicher, écartant toute conclusion tirée d’une vision subjective. Le but est alors un échange et une confrontation d’idées et de connaissances. « Je sais que je ne sais rien », disait Socrate, visiblement pas chaud pour un débat.

Dans le débat « Où ira Kylian Mbappé ? » à l’été 2017, sur La Chaîne L’Équipe, le journaliste Stéphane Pauwels échange son savoir sur la question : « Ou il signe à Madrid, ou il reste à Monaco, il n’ira jamais à Paris. Je vous mets mes deux bras, mes deux jambes, parce que je suis en contact et je suis au courant de… »  Rien. Distiller la vérité n’est pas chose aisée, d’autant plus que, même composé de savants, le débat n’a pas que pour but de chercher la vérité. « On ne peut pas dire la vérité à la télé : il y a trop de monde qui regarde », dénonçait Coluche, philosophe à ses heures perdues. La vérité n’est qu’un but illusoire du débat, un piège à utopistes pour les chasseurs du pouvoir. Éric Cantona préfère « pisser au cul » des journalistes qui parlent de son coup de pied sur un supporter adverse en 1995, pour éviter tout débat.

→  La technique peut-elle être mauvaise ?

Lorsque l’Italien Mario Balotelli tente une talonnade roulette pour marquer face au LAFC, sa technique est ratée, mauvaise, et dessert le bien commun. Mais qu’en est-il lorsque la technique fonctionne ? Peut-elle desservir l’intérêt général ? « La promesse de la technique moderne s’est inversée en menace », soulignait le philosophe allemand Hans Jonas dès 1990, faisant référence de manière visionnaire aux cinq étoiles de gestes techniques de Yannick Bolasie sur FIFA, pour 11 buts en 119 matchs de Premier League. La technique pour la technique serait donc au moins superflue, si ce n’est destructrice d’emploi. Quand Manchester United débourse 95 millions d’euros pour Antony, c’est autant d’argent qui ne se retrouve pas dans la santé, l’éducation ou les bénéfices de la famille Glazer. Au profit d’une toupie.

Il en va de même pour la technique créatrice d’emplois, aliénant son travailleur à ce progrès, à son fonctionnement. Elle n’est de fait éthique que par l’interventionnisme de l’homme à son égard. « Dans la mesure où l’éthique naît du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, du bien absolu, de ce qui a une valeur absolue, l’éthique ne peut pas être science », analysait Ludwig Wittgenstein. L’éthique, l’intérêt porté au bien commun, est le dernier rempart face à une mauvaise technique. « La technique, ce n’est pas de pouvoir faire 1 000 jongles. Tout le monde peut y arriver en s’entraînant. Ensuite, vous pouvez travailler dans un cirque. La technique, c’est passer en une touche de balle, à la bonne vitesse, sur le bon pied de votre coéquipier », résume Johan Cruyff, éthique du football.

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Par Nathan Beaufils

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