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Et si le handball était le football des années 80…

Nicolas Kssis-Martov
4' 4 minutes
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Et si le handball était le football des années 80…

Les Jeux Olympiques se sont terminés sur un nouveau triomphe du handball tricolore. Et, forcément, beaucoup ont dessiné, comme d'habitude ces dernières années, un cruel parallèle avec le cuisant "échec" de l'Euro 2012. Mais au-delà de l'opposition facilement établie entre un sport pétri de ses nobles « valeurs » et d'un foot bouffé par son pognon et ses caprices de stars, ne serait-il pas temps pour les Bleus d'aller réviser leurs classiques auprès de leurs confrères aux mains ailés ? Allez, Didier Deschamps, profite c'est gratuit avant de rencontrer l'Uruguay !

C’est officiel, comme le rugby s’enfonce de manière de plus en plus caricaturale dans le sillon tracé par le ballon rond, l’Ovalie sert de moins en moins de contre-modèle anti-foot aux beaux esprits qui voudraient absolument que le sport respire la philosophie des Lumières (pour la gauche) ou le bon sens près de chez nous (pour la droite). Le handabll a donc repris le flambeau de la pureté d’intention auprès des zélateurs de la beauté du geste et du sacrifice patriotique. Toutefois, à toujours s’extasier devant les performances de nos handballeurs, certains oublient un peu vite que les qualités – enfin tout est relatif – dont se prévalent aujourd’hui les Experts ont longtemps été l’apanage des footeux. Alors le hand, un sport progressiste pour jeunes ou juste un foot à papa qui gagne à l’ancienne ?

– Seule la victoire est belle, surtout quand on est de mauvaise humeur

Claude Onesta qui renvoie dans les cordes un journaliste et ses « questions cons » , Nicolas Karabatic qui après la défaite contre l’Islande interprète l’idiot du village en enchaînant les « non » laconiques le regard vide, les allusions permanentes contre la presse et ceux qui ont osé douter d’eux… Bref, aux JO, la sélection française n’a pas véritablement brillé par son « exemplarité » si chère à Didier Deschamps. Seulement, ils ont gagné. Et dans tout bon environnement bourgeois et ultralibéral, si les perdants sont contraints à adopter un comportement idéal pour susciter la sympathie et la compassion, l’Auguste efface avec sa médaille d’or tous ces petits travers, ou plutôt y gagne le droit rétroactif de s’y laisser aller. Tout le monde, journalistes y compris, transforme le saut d’humeur en force de caractère, la beauferie alcoolisée en joie de vivre et l’impolitesse en fierté du compétiteur blessé. Les règlements de comptes Monsieur Nasri, c’est juste une affaire de timing et de patience.

– Pour gagner, autant le vouloir !

Quand l’ensemble de l’effectif monte sur le podium en mimant Usain Bolt, les pires poncifs sur l’esprit d’équipe et la bonne ambiance dans le groupe sont immédiatement dégainés. Mais, de fait, on n’en sait pas grand-chose. Par contre, il est clair que le handball a sérieusement basculé dans le professionnalisme au sens le plus profond du terme et que nos Tricolores ne laissent pas leur goût du travail bien fait dans le vestiaire de leur club. Un tournoi olympique, c’est comme n’importe quelle compétition, il faut battre l’adversaire avant de se poser des questions métaphysiques sur l’amour du maillot, l’importance du statut d’international ou sa place dans le bus. De temps en temps, il arrive que le sport soit aussi une question de jeu. On y gagne sur les deux tableaux. On met en exergue le sens du collectif, formule toujours populaire auprès de l’opinion, et l’on profite pour sa pomme du retour sur investissement.

– Savoir être un produit marketing consistant

Pour se vendre, le sport a besoin de belles histoires. Et de sa dose de madeleine de Proust. Côté hand, depuis quelques années, la Fédération joue sur du velours en déclinant la touche nostalgie des années collège, du terrain au fond de la cour et des compétitions UNSS dans le 77 contre Brie-Comte-Robert. Que la réalité du haut-niveau s’en éloigne à grandes enjambées (de la constitution des pôles Espoirs aux centres de formation des clubs), que le président de la Fédé’ ne cesse de réclamer plus de télé comme n’importe quelle formation de L2, cela reste finalement secondaire ! Et, au moins, les Experts ne semblent pas encore trop saoulés de signer des autographes, faute d’habitude peut-être, ou simplement de savoir, comme les Michel Platini et autres Stopyra en leur temps, auxquels ils doivent leur bonne fortune (relative).

– Un coach respecté, c’est une équipe valorisée

La France a soif d’autorité, puisqu’on lui répète à longueur de temps que sa jeunesse ne respecte plus rien. Le coach – peu importe qu’il confesse après coup, à l’instar de Michel Hidalgo ou d’Aimé jacquet, avoir laisser le groupe s’autogérer autour de ses cadres – doit même donner l’impression au pays de la cinquième République et du « tout présidentialisme » que quelqu’un tient les rênes, qu’il maîtrise le destin de l’aventure collective. Ce qui se passe ensuite ne regarde que les initiés de l’intérieur (une vérité que plus grand-monde n’ira dénicher en cas de succès). Un Laurent Blanc impuissant sur un banc de touche et foulant hagard le terrain d’entrainement se révèle bien pire en termes d’image qu’une défaite face à la Suède. Pour résumer, les Experts d’aujourd’hui ne seraient-ils pas, tout simplement, des Bleus qui auraient gagné à Séville, lors du Mondial 82, avant de taper l’Italie en finale ?

« Les play-off, ça donnait de la visibilité au foot belge »

Nicolas Kssis-Martov

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