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Didier Domi : « Bravo à Didier Deschamps »

Propos recueillis par Andrea Chazy
Didier Domi : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Bravo à Didier Deschamps<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Latéral gauche formé au Paris Saint-Germain, passé par le club de la capitale de 1994 à 1998, puis de 2001 à 2003 et aujourd’hui consultant, Didier Domi revient sur la finale Argentine-France et sur le parcours des Bleus au Mondial 2022.

Comment expliquer que les Bleus aient attendu 70-75 minutes pour entrer dans cette finale de Coupe du monde ?Dans le football, il y a beaucoup de paramètres. En dehors du terrain, tu as notamment la qualité mentale, la concentration, la gestion du stress, le contrôle de tes nerfs. Quand il y a un peu de stress, tout s’évapore : la réflexion, l’instinct, ton jeu. Vu du stade, j’ai vu les Bleus très stressés. Ça m’a fait penser à une petite équipe de Coupe face à une grosse cylindrée, on a fait énormément d’erreurs techniques. Quand tu vois plusieurs mauvais contrôles, plusieurs mauvaises transversales, plusieurs mauvais choix, tu comprends tout de suite ce qu’il se passe. L’enjeu a pris le pas sur leur jeu.

Il y avait des Argentins excellents en face. Ils ont surtout été excellents dans l’approche du match. Ils étaient prêts pour le combat.

Pourtant, certains dans l’équipe avaient déjà joué et gagné une Coupe du monde. Comment ça s’explique ?Tu ne contrôles pas le stress et puis il y avait des Argentins excellents en face. Ils ont surtout été excellents dans l’approche du match. Ils étaient prêts pour le combat. Le foot de haut niveau, c’est de la prise de risque, une haute intensité dans les duels et savoir se montrer efficace dans les deux surfaces. Quand tu as une équipe stressée comme la France et une autre qui est dans le coup à 200%, cela explique l’énorme écart qu’il y avait en première période entre les Bleus et l’Argentine. L’un des tournants, de notre côté, ça a été Didier Deschamps.

Pourquoi ?Parce qu’il n’attend pas la mi-temps pour changer. Je suis avec lui sur ce coup-là, car il était tellement dans un ouragan qu’il aurait pu prendre un troisième but avant la pause. Il y avait une trop grande fébrilité collective, individuelle aussi comme chez Ousmane Dembélé. Le schéma avait très bien marché en demi-finales contre le Maroc quand Randal Kolo Muani et Marcus Thuram étaient déjà entrés, et c’est comme quand on parle de qualité dans la prise de décision : tu dois faire le bon geste au bon moment. Pour un coach c’est pareil, et bravo à Deschamps d’avoir rectifié le tir. Il fallait le faire avant la mi-temps pour rectifier la balance émotionnelle, pour arrêter un peu l’hémorragie.

On aurait dû avoir la supériorité au milieu. Mais comme on a trop reculé, qu’on était inhibé et stressé, on a perdu notre football.

Que penser de la finale d’Antoine Griezmann, étincelant tout le tournoi excepté lors de ce dernier tour de piste ?Son tournoi a été exceptionnel. Encore une fois, bravo à Didier Deschamps de l’avoir mis dans cette position, de l’avoir convaincu, c’était un tour de force. Grizou a fait le reste : il a une telle générosité, un sens du sacrifice naturel qui est très rare chez les éléments offensifs. Griezmann, c’est l’un des joueurs les plus intelligents qui évoluent en Europe, car il sait s’adapter à n’importe quelle situation. Il est capable de jouer sur le côté, comme numéro 6, comme 9 et demi aussi, en 8 comme on l’a vu pendant la Coupe du monde. Pour revenir à sa finale : on joue dans un 4-3-3 face à un 4-4-2. Ça doit donc être très simple pour nous normalement : Griezmann sort sur Alexis Mac Allister, et Rabiot sort sur Enzo Fernandez. On aurait dû avoir la supériorité au milieu. Mais comme on a trop reculé, qu’on était inhibé et stressé, on a perdu notre football. Grizou et Rabiot étaient collés à notre défense, et de fait, leurs adversaires directs avaient tout le loisir du monde de ressortir le ballon juste derrière Giroud.

Dès qu’il y a la réduction du score, tu vois la vraie France s’exprimer. On a de telles individualités que c’est ce qui fait presque basculer le rapport de force.

Pourquoi y a-t-il ce réveil autour de la 80e minute ?
J’y reviens encore, mais ce double changement à la 40e est la base de tout. C’est très rare de faire ça, et cela a changé la dynamique. On y voit là toute l’intuition d’un entraîneur : déjà face au Maroc, il aurait pu faire entrer Kingsley Coman – qui joue au Bayern quand même – avant. Mais par deux fois, il fait le choix de Kolo Muani. Il a senti quelque chose, et c’est lui qui sonne le glas de la révolte. Puis, il y a une part de magie dans cette finale. Tu peux être depuis vingt ou trente ans dans le foot, tu sais qu’à 2-0, le match n’est pas terminé. C’est l’un des seuls sports où tu peux être dominé, concéder 6-7 occasions, et réduire le score sur ta première incursion. Et quand tu marques, les dynamiques s’inversent. Dès qu’il y a la réduction du score, tu vois la vraie France s’exprimer. On a de telles individualités que c’est ce qui fait presque basculer le rapport de force.

Un mot sur Mbappé, qui est le grand bonhomme de cette finale.Il est capable de dynamiter n’importe quelle équipe par ses dribbles, par sa vitesse. À 22-23 ans, tu continues d’apprendre ton métier. Son axe de progression majeur, c’était de mieux analyser les situations dans la surface adverse, d’être beaucoup plus efficace. Il fait beaucoup mieux aujourd’hui, il est très calme et sûr devant le but maintenant. Il fait partie des trois meilleurs joueurs du monde, et cela ne fait aucun doute qu’il sera un jour le numéro un s’il ne l’est pas déjà. Ce qui me frappe chez lui, chez Bellingham et d’autres, c’est qu’ils sont totalement hermétiques à la pression. Il y a une telle confiance chez eux, c’est exceptionnel, et j’admire ça.

On n’avait pas beaucoup de spécialistes au moment de la séance de tirs au but : Coman ne les tire pas, Tchouaméni ne les tire pas… Il y a un axe de progression, c’est vrai.

Une fois encore, la France échoue aux tirs au but, comme en 2006. Une leçon à retenir pour le foot français ?On n’avait pas beaucoup de spécialistes au moment de la séance de tirs au but : Coman ne les tire pas, Tchouaméni ne les tire pas… Il y a un axe de progression, c’est vrai. Mais prenons Lloris-Martinez : Martinez est exceptionnel sur penalty, tandis que Lloris l’est sur sa ligne et dans les un-contre-un. Il n’a pas l’instinct de Martinez sur penalty, c’est la vie, mais Lloris est champion du monde, il joue à Tottenham et il a le record de sélections en équipe de France tout en étant son capitaine. Chacun son truc. On n’a pas de chance aussi de tomber sur Emiliano Martinez aux tirs au but, qui est peut-être avec Bono le meilleur dans l’exercice actuellement : on l’avait déjà vu en Copa América face à la Colombie en demi-finales, il entre dans ta tête, il a un instinct extraordinaire.

Quelque chose à ajouter sur le parcours des Bleus ?Oui, bravo à Deschamps et son staff. Rien que de mettre Griezmann en 8, c’est exceptionnel. De donner cet élan à cette équipe, de lui faire comprendre et de la convaincre qu’elle peut une nouvelle fois aller loin, c’est exceptionnel. On a souvent parlé de Messi et de Mbappé, mais Scaloni-Deschamps, c’est pas mal aussi, hein ! Ils ont tous les deux réussi à mettre sur pied une équipe prête à se mettre au service de leurs stars. Et puis, bravo aussi à nos « soldats » : Griezmann, Lloris, Giroud et les autres anciens. C’est tellement difficile de se remotiver quand tu as perdu autant de joueurs en route, de permettre à ton pays quatre ans après de rejouer une finale de Coupe du monde. On les valorise maintenant, mais on aurait déjà dû les valoriser avant, ce sont des joueurs énormes. Giroud, il a toujours été l’un des meilleurs au monde dans la surface. C’est l’un des attaquants les plus intelligents en Europe. Ils ont explosé les records de Lilian Thuram, de Thierry Henry, ce sont des joueurs exceptionnels. Ce sont eux la fondation de l’équipe de France. Il faut que les joueurs aiment se mettre au service du collectif, que l’équipe et leur pays soient au-dessus d’eux. Eux, ils l’ont toujours compris. Vu d’où on partait, avec la malédiction du champion du monde, les blessés, on a juste envie de dire merci pour ces émotions.

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Propos recueillis par Andrea Chazy

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