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Quand Paris FC et PSG ne faisaient qu’un

Avant de connaître des trajectoires totalement contraires, le PSG et le Paris FC, qui se retrouvent ce dimanche dans l’élite pour la première fois depuis les années 1970, n’étaient en fait qu’une seule et même entité. On rembobine.
Quarante-quatre mètres. Le chiffre a tourné partout, en mai, lorsque le Paris FC a obtenu, 46 ans après, sa remontée dans l’élite du football français. Quarante-quatre mètres, c’est ce qui sépare le stade Jean-Bouin, actuel antre du PFC, du Parc des Princes, jardin du Paris Saint-Germain, qui accueillera ce dimanche le premier derby parisien dans l’élite depuis 36 ans et un PSG-Racing. Quarante-quatre mètres, c’est en vérité déjà beaucoup trop, pour rendre compte de la proximité qu’entretenaient, à leurs débuts, les deux clubs de la capitale. Car aux origines, ils ne faisaient qu’un.
Fusion, scission et adhésion
Aux origines, il y avait surtout une anomalie : Paris, seule capitale d’Europe – ou presque – à ne pas compter de club de football d’envergure, le Stade français et le Racing Club de France ayant perdu leur statut professionnel quelques années plus tôt. Nous sommes à la fin des années 1960 et les grandes écuries du pays s’appellent Marseille et Saint-Étienne. Alors qu’une reconstruction du Parc des Princes a été entamée en 1967, l’État, la mairie de Paris et la Fédération française de football se mettent d’accord début 1969 pour – premièrement – réparer l’anomalie et ainsi – deuxièmement – trouver un occupant à cette future enceinte de 50 000 places.
Le regretté Jacques Ferran, alors figure du journal L’Équipe et artisan de cette naissance, racontait tout cela avec romantisme, dans le documentaire PSG : Ce club qui a failli ne pas exister, à retrouver sur Society+. « C’est alors que se dessina, dans quelques cerveaux inspirés, le projet d’inventer un nouveau club qui ne s’appuierait pas prioritairement ni sur des installations, ni sur des richesses, ni même sur des dirigeants, mais sur une adhésion, sur une population, sur un élan. »
Vient alors cette idée d’organiser un référendum, avec deux interrogations : « Voulez-vous un grand club de football à Paris ? », et si oui, « Quel nom voulez-vous qu’il porte ? » Plus de 60 000 personnes répondent positivement à la première question, et un nom est choisi : Paris… Football Club. Épaulés par Santiago Bernabéu himself, Jacques Georges (alors président de la 3F) et son comité vont, sur le modèle espagnol, proposer aux (futurs ?) supporters du club de devenir des « socios ». Plus de dix mille « associés » sont rameutés, et l’aventure peut commencer.
En 1969, un an avant la création du Paris Saint-Germain, les habitants de la capitale étaient enthousiastes… sans plus. Extrait de « PSG, ce club qui a failli ne pas exister », disponible sur notre plateforme Society+ : https://t.co/8l38uR0WGI pic.twitter.com/owxDnKmEpd
— Society et Society+ (@SocietyOfficiel) May 29, 2025
Pour ne pas voir leur club démarrer à poil, les dirigeants décident de fusionner avec un club déjà existant. Aucune équipe de l’élite ne sera trouvée pour arranger ce mariage (Rouen et Sedan avaient été sondés), mais face au refus des « fans » de baisser les bras, c’est une formation promue en deuxième division, le Stade saint-germanois (crée en 1904), qui sera choisie. 31 juillet 1970, la fusion est validée : le Paris Saint-Germain Football Club est né. Il débute en National – la Ligue 2 de l’époque –, évolue entre le stade Jean-Bouin (Paris) et le Camp des Loges (Saint-Germain-en-Laye), et obtient la montée dans l’élite dès sa première saison, prenant une dimension nationale.
Mais ce premier exercice du PSG à la table des grands se passe mal, et pas seulement sur la pelouse : la mairie de Paris menace de supprimer la subvention annuelle qu’elle lui a accordée (500 000 ou 850 000 francs, selon les versions) et de lui refuser l’accès au nouveau Parc des Princes, si le club n’abandonne pas l’appellation « Saint-Germain », trop connotée banlieue. Deux camps se forment au sein du club : celui mené par le vice-président Guy Crescent, qui souhaite mettre à la poubelle ce nom pour conserver la moula et le nouveau stade, et celui du président Henri Patrelle, qui refuse de céder.
Les professionnels au PFC, les amateurs au PSG
Le 16 mai 1972 lors d’une assemblée générale exceptionnelle à l’hôtel Méridien de Paris, les actionnaires sont appelés à trancher. Le décompte est mouvementé, et le résultat déconcertant : 939 votes exprimés, 623 voix pour le changement de nom, et 316 contre. Une majorité aux deux tiers étant requise pour modifier les statuts du club, la proposition est rejetée… à trois voix près. Les deux camps restent inconciliables, et le 20 juin 1972, le Paris Football Club reprend son nom, gardant « ses » joueurs professionnels (parmi lesquels Jean Djorkaeff) et le Parc des Princes. Le PSG, lui, retourne à Saint-Germain-en-Laye avec ses joueurs amateurs – en conservant le même nom, et donc ce lien avec la capitale –, redescend en troisième division, et adopte au passage un nouveau logo plein de sens, celui qu’il a tant bien que mal conservé – à peu de chose près – jusqu’à aujourd’hui : la tour Eiffel pour symboliser la capitale, la fleur de lys pour représenter Saint-Germain-en-Laye. « Le destin était écrit pour le PFC, c’est ça qui est incroyable », racontait dans nos colonnes Jean-Noël Touron, co-réalisateur du docu cité plus haut.
Et c’est reparti, pour le PSG : après une montée en D2 obtenue grâce à l’abandon de l’US Quevilly, le grand (et fortuné) couturier Daniel Hechter rejoint l’aventure le 15 juin 1973 pour relancer le club, avec Jean-Paul Belmondo et tous ses copains dans ses bagages. L’année suivante, le PSG remonte en première division (avec Just Fontaine sur son banc), au moment même où le Paris FC, lui, la quitte – en dehors de la drôle de parenthèse Matra Racing, il ne reverra l’élite qu’une seule fois, en 1978-1979, avant sa remontée en 2025. « Cette histoire, c’est vraiment un feuilleton, posait Jean-Noël Touron. C’est une longue attente. C’est un mariage. C’est un divorce. Des coups de poignard. Et puis, une renaissance. » Au début de la saison 1974-1975, le Paris Saint-Germain prend le contrôle du Parc des Princes. Où il accueillera, ce dimanche, son frère jumeau.
100 choses plus graves qu’une défaite du Paris Saint-GermainPar Jérémie Baron
Le docu PSG : Ce club qui a failli ne pas exister, de Jean-Noël Touron et Sébastien Parraud, est disponible sur la plateforme de streaming documentaire Society+.

















































