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France-Irak : une Phil’ d’attentes

Opposée à un adversaire relativement inconnu mais craint, l’équipe de France s’avance ce lundi soir à Philadelphie forte des promesses de sa seconde période contre le Sénégal, doublées – déjà – d’ajustements attendus dans sa composition.
Le monde tourne à une vitesse : il est si facile d’oublier que la dernière compétition internationale de l’équipe de France fut d’une pauvreté navrante. C’était il y a deux ans, hier seulement, un monde où les Bleus avaient traversé l’Euro 2024 sans une once d’idée offensive, inscrivant un seul but dans le jeu, en demi-finales contre l’Espagne (Randal Kolo Muani, une fois que Marcus Thuram avait montré ses limites), avançant de CSC en CSC et de penaltys en tirs au but. Deux ans plus tard, dans les sous-sols du stade de Philadelphie où Kylian Mbappé et Didier Deschamps étaient venus dimanche s’abriter de la toute relative torpeur philadelphienne, c’est à croire que la planète avait pivoté sur son axe. Dans une conférence de presse qui aurait dû parler de l’Irak, de l’Irak il fut finalement peu question, sinon pour dire que l’affiche allait être le théâtre de la centième cape internationale du capitaine des Bleus, comme si tout le monde avait bien conscience que l’obstacle devrait être franchi sans encombre.
On est des outsiders, comme Rocky.
Il sera aussi sûrement l’occasion de tester l’huilage de la ligne Dembélé – Mbappé – Olise – Barcola (qui devrait remplacer Doué), de même que la cuisse droite de Manu Koné, informé voilà quelques jours de sa titularisation à venir, alors qu’Aurélien Tchouaméni fut le seul à rester faire du vélo en intérieur lors de l’entraînement d’avant-match à l’université de Pennsylvanie. À bien y regarder, cette rencontre-ci ressemble à s’y méprendre à celle contre la Hongrie, en deuxième match de l’Euro 2020, déjà coincée entre deux grands fauves, l’Allemagne et le Portugal, match où Deschamps ne fît pas tourner et seul que les Bleus ne gagnèrent pas en poules (1-1). Preuve, sans doute, que les hommes ne comptent pas tant que les mots qu’on emploie pour leur parler.
« L’Irak, ça vous dit quelque chose ? »
En l’espèce : « L’Irak, ça vous dit quelque chose ? » La question, posée par Deschamps samedi matin à ses joueurs avant leur entraînement, avait vocation à leur rappeler quelques essentiels, que voici. Non, l’Irak n’est pas « au-delà de la centième place au classement FIFA », il est 57e, et certains de ses résultats récents, parmi lesquels une victoire contre la Bolivie à Monterrey en mars et un nul face à l’Espagne (A’) tout début juin, sont de nature à le prouver. Deschamps s’est en réalité efforcé ces derniers jours de poursuivre un discours qui est le sien depuis la préparation du match contre le Sénégal, à savoir qu’il ne laisserait pas ses ouailles connaître un centigramme de relâchement à l’approche d’un adversaire que les plus ignorants pourraient même croire incapable de gagner le toss.

Dans l’ère Deschamps, il faut dire que l’équipe de France loupe rarement ses deuxièmes : quatre victoires (Suisse 2014, Albanie 2016, Pérou 2018, Danemark 2022) pour deux nuls (Hongrie 2020 et Pays-Bas 2024), avec des équipes rarement bouleversées, le sélectionneur préférant envoyer valser les quilles une fois la qualification acquise. Celui-ci devrait permettre de lancer la dynamique avant un troisième match « quasi sûr d’être décisif », comme le décrivit Deschamps, salué toute la semaine par ses joueurs, de conférence en conférence. De ce que l’on en voit : un sélectionneur au fait de ses méthodes, capables de donner du mou à la nouvelle génération, ayant connu avec Guy Stéphan tous les scénarios ou presque, et sous la main un groupe mûr de plusieurs capitaines d’équipe, les autres en ayant le profil – William Saliba a encore affiché devant les médias cette semaine la maturité d’un quadragénaire, quand il ne compte que 25 ans.
Hussein volts
Voilà pour l’optimisme modeste qui suit les Bleus depuis l’Amérique, devant lequel s’est aussi présenté hier Graham Arnold, le sélectionneur irakien, d’humeur badine – « j’ai demandé à la FIFA si on pouvait jouer avec trois gardiens pour contrer Mbappé, mais ils ont refusé » – et Aymen Hussein, l’attaquant des Lions de Mésopotamie. Père : officier de l’armée tué par Al-Qaïda en 2008. Frère : enlevé par l’État islamique en 2014, pas retrouvé à ce jour. L’homme a parlé de « mourir sur le terrain » s’il le fallait, « au nom du peuple irakien », et d’un coup, nos petites histoires de cuisine interne sont apparues pâlottes. En ville, plus tard dans la même journée – en pleine nuit, pour le lecteur – en haut des 72 marches menant à la statue de Rocky, les supporters irakiens s’étaient réunis au départ d’une déambulation en plein Philadelphie. Les camions de glace déroulaient des cônes à l’italienne et des femmes d’âge mûr tapaient dans leurs tambours. Plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont ainsi défilé en ville en chantant, devisant avec des Français, filmés par des policiers américains hilares, et il y avait dans cette séquence quelque chose de bien plus important que le positionnement d’Ousmane Dembélé. Aux baskets de Rocky, Ibraheem, la trentaine joyeuse, dit : « On est des outsiders, comme Rocky : mais attention, si vous nous sous-estimez, vous allez finir KO ! » Même Adrian Rabiot ?
Iqbal, un Zidane contre la FrancePar Théo Denmat, à Philadelphie














































