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Espagne : le calma avant la tempête

Par Théo Juvenet
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Espagne : le calma avant la tempête

Désigné comme gagnant le plus probable du prochain Mondial, l’Espagne a tous les arguments pour se broder une deuxième étoile cet été. Mais plusieurs éléments montrent que la Roja n’est pas aussi favorite que les superordinateurs ne le prédisent : des retours de dernière minute, des cadres fatigués... et une communication un peu trop confiante.

Plus d’une chance sur deux d’arriver en quarts, une sur trois d’atteindre les demies, une sur quatre d’aller jusqu’en finale… et très exactement 16,1% de chances de soulever la Coupe du monde. Pour Opta, cela ne fait aucun doute : l’Espagne est le favori incontestable au sacre mondial. Dans cet autre tournoi qu’est celui des prédictions, les champions d’Europe trônent largement devant d’autres favoris comme l’équipe de France (13%), l’Angleterre (11,2%) et l’Argentine (10,4%), tenante du titre.

Cette dernière année, le terrain était lui aussi unanime. Lors des derniers rassemblements, l’Espagne a tour à tour étrillé ses adversaires, distribuant des scores de tennis dans son groupe qualificatif pour le Mondial (cinq victoires sur six, 21 buts marqués pour seulement deux encaissés), et n’a pour rappel, plus perdu un match (hors T.A.B) depuis plus de deux ans (un amical perdu contre la Colombie en mars 2024). Sur le papier, ça en jette. Mais le superordinateur du statisticien a sûrement oublié de prendre en compte quelques éléments, qui auraient sans doute remis l’Espagne au niveau des autres prétendants, et non comme ultra-favori. À savoir des stars tout juste de retour, des joueurs clés en manque de rythme ou encore des choix de liste étonnants. Un calma s’impose donc.

Une flopée de cadres pas au top niveau ?

En effet, si ce n’est pour Fabián Ruiz, vainqueur de la Ligue des champions avec le PSG, ou David Raya, finaliste avec Arsenal et vainqueur de la Premier League, la fin de saison a été compliquée sur le plan individuel pour bon nombre des joueurs de la Roja. À commencer par la superstar Lamine Yamal, dont la créativité cet été s’avère indispensable. L’ailier du FC Barcelone n’a plus joué depuis un bon mois et demi, et c’est peu dire que près de 50 millions d’Espagnols ont retenu leur souffle quand il est sorti touché au biceps fémoral gauche le 22 avril dernier contre le Celta de Vigo.

Lui aussi, d’ailleurs : « Je priais intérieurement. Pour que ce ne soit qu’une simple élongation, quelque chose comme ça, parce que je voyais la Coupe du monde arriver très vite et je savais qu’une blessure aux ischio-jambiers, même si je n’en avais jamais eu auparavant, ne guérirait pas en un clin d’œil. J’avais peur que ce soit grave ou que je rechute et que je rate la Coupe du monde », déclarait-il à son arrivée en sélection. Yamal sera bien là pour l’entrée en lice de l’Espagne face au Cap-Vert, le 15 juin prochain, mais avec un évident manque de rythme, à l’instar de Nico Williams qui a lui aussi manqué la fin de saison et revient tout juste d’un coup au tendon. Ces deux-mêmes joueurs, qui avaient dynamité les ailes ibériques lors du dernier Euro…

Un sacré caillou dans la chaussure espagnole, parmi d’autres, et pas des moindres. En club, la doublette Mikel Merino-Martín Zubimendi a eu beaucoup moins d’impact sur la fin de saison d’Arsenal (le premier ayant presque raté toute la seconde partie de saison, le second n’ayant même pas débuté la finale de C1). Pareil pour Rodri, encore gêné physiquement en fin de saison avec Manchester City. Un entrejeu avec bien moins de certitudes, qui s’accompagne des choix de liste surprenants, comme celui de sélectionner le Barcelonais Gavi, dont les dix petits matchs en fin de saison ont suffi à convaincre Luis de la Fuente : « Ce que j’ai vu jour après jour ne laisse aucun doute non plus », a déclaré le sélectionneur espagnol à Mundo Deportivo. Celui qui explique avoir choisi « une liste très réfléchie, très soigneusement étudiée et très analysée », a également fait des choix forts en défense, en renonçant à Dean Huijsen ou, plus étonnant encore, à Robin Le Normand, qui formait la charnière franco-espagnole victorieuse à l’Euro. Dans un secteur de jeu où les automatismes sont primordiaux en vue d’une grande et longue compétition, cela a de quoi interroger.

Une drôle de communication

Tout comme le discours adopté par l’entraîneur, et plus largement la fédération espagnole. Celui-ci se rapproche davantage d’un champion du monde en titre qu’une nation concentrée à 100% sur le football. En conférence de presse, les quelques doutes quant à l’état physique de nombreux joueurs qui constituent le squelette de la Roja sont vite balayés par de la Fuente lui-même, « Ils seront tous prêts pour le début de la Coupe du monde », au profit d’un langage ultra-corporate et (un peu trop) confiant. « À mon avis, nous avons les meilleurs joueurs du monde. » Pas étonnant, finalement, de la part de ce carriériste de la sélection espagnole, qui dirige ses équipes depuis plus de dix ans.

Mais à l’orée d’une Coupe du monde importantissime pour le foot espagnol (dont les clubs n’ont plus rapporté une seule Coupe d’Europe depuis deux saisons, une anomalie), où les sélections française, anglaise, argentine et brésilienne vont elles aussi jouer les premiers rôles, la strat’ de com’ a de quoi interroger. Tout comme ces conférences de presse organisées davantage pour faire plaisir aux sponsors que pour causer foot, où Unai Simón, Marc Cucurella – et des patrons d’entreprises sponsor de la fédé – se regardent le nombril entre un bidon de lessive et deux pots de mayonnaise en répondant à des questions (pas vraiment) foot en rapport avec les produits exhibés (oui, oui). Le type de com’ qui fonctionne rarement en vue d’aller chercher une seconde étoile (l’équipe de France en 2002 s’en souvient par cœur). Alors attention à l’excès de confiance.

Le but d’Eder en finale de l’Euro 2016 finalement non valable ?

Par Théo Juvenet

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