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Le jour où Ayyoub Bouaddi a joué contre le Maroc

Par Thomas Morlec
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Le jour où Ayyoub Bouaddi a joué contre le Maroc

Il y a un peu moins de deux ans, Ayyoub Bouaddi battait le Maroc avec l’équipe de France U20 en match amical. Le temps a fait son œuvre et c’est désormais un quart de finale de Coupe du monde (senior) qui attend le milieu lillois de 18 ans : avec le maillot rouge des Lions de l’Atlas sur le dos, et face à l’équipe de France.

Un soir d’octobre 2024, le rendez-vous est donné à 18 heures au centre technique national Fernand-Sastre. L’équipe de France U20 croise le fer avec le Maroc en match amical pour préparer la Coupe du monde des moins de 20 ans. Dans le onze de Bernard Diomède, un milieu aux boucles soyeuses de 17 ans impressionne : Ayyoub Bouaddi. Même si elle compte pour du beurre, cette rencontre est forcément particulière pour le jeune Franco-Marocain, qui a déjà porté à deux reprises le brassard de capitaine sous la tunique tricolore en équipes de jeunes. Et elle était tout sauf simple.

C’était son premier match avec nous, il a su s’adapter très vite, et c’est une qualité qu’il a gardée.

Steve Ngoura

« On perdait 3-1 à la 58e minute ! En face, il y avait une belle équipe du Maroc, relate Steve Ngoura, alors placé sur le front de l’attaque tricolore. Mais avec notre génération des mecs nés en 2005, 2006, 2007 (Alexis Mirbach, Christian Mawissa, Saël Kumbedi, Dehmaine Tabibou, Senny Mayulu, NDLR), on a cette confiance qui fait que l’on sait que l’on va revenir quoi qu’il arrive. On était meilleurs qu’eux. » S’il peut l’affirmer avec cette force, c’est qu’il sait qu’ensuite son triplé a grandement pesé dans la remontada : victoire 4-3 des Bleuets.

Scénario fou et calme olympien

Dans ce premier et seul match avec les U20, Bouaddi, qui a joué l’intégralité de la rencontre, n’a laissé personne indifférent. Et surtout pas Steve Ngoura « Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est son calme balle au pied et le fait qu’il soit si propre techniquement. Ce jour-là, même si c’était son premier match avec nous, il a su s’adapter très vite, et c’est une qualité qu’il a gardée, comme vous pouvez le voir à la Coupe du monde, analyse l’attaquant formé au Havre. Sa grande force ? Ses capacités physiques, que ce soit en projection, dans l’impact qu’il met dans les duels ou encore à la récupération. Mais ce n’est pas tout : mis à part ce gros volume de jeu, il a aussi une excellente qualité de passe et il joue toujours simple. J’ai tout de suite compris qu’il voulait s’imposer au milieu de terrain, qu’importe son âge. »

Au-delà du scénario, la victoire a dû avoir un goût particulier pour la pépite lilloise, puisqu’il s’agit encore aujourd’hui de la seule fois où il a participé à un match entre ses deux pays d’origine. « Je me souviens m’être dit que ça devait être un match spécial pour lui, même si je ne sais pas si les discussions avaient déjà commencé avec le Maroc, raconte le buteur du Cercle Bruges. Après, Ayyoub n’en parlait pas. Il n’était pas timide, mais assez réservé, dans son coin. Juste, il jouait. » Après trois premières saisons plus que convaincantes en professionnel avec Lille et des performances de haut rang, comme en Ligue des champions face au Real Madrid, le milieu relayeur croyait dur comme fer qu’il allait passer un cap en étant sélectionné avec les A, surtout après dix matchs convaincants avec les Espoirs. Mais il ne sera jamais préconvoqué avec les Bleus. La route est barrée, et pour ce type de joueurs précoces qui crèvent l’écran, il n’y a pas de temps à perdre.

« Une perte importante »

Après trois visites de Walid Regragui, ex-sélectionneur marocain, à Lille entre juillet et décembre 2025, Mohamed Ouahbi, l’actuel sélectionneur, et le président de la Fédération, Fouzi Lekjaa, ont également pris rendez-vous au printemps dernier avec le joueur pour tenter de faire pencher la balance. Un pressing haut qui a fini par être payant. Le 15 mai, Bouaddi décide de porter le maillot des Lions de l’Atlas. « Le coach (Ouahbi) et le président (Fouzi Lekjaa) m’ont tout de suite dit d’opter pour le Maroc parce que c’était le bon choix. L’accueil est incroyable, tout est parfait, a déclaré le milieu des Dogues. J’ai fait mon choix et j’en suis très fier. C’est un soulagement de l’avoir fait. Je suis fier de représenter mon pays, le Maroc. Un grand merci au peuple marocain et j’espère qu’on fera de belles choses ensemble. »

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On ne peut que prendre exemple sur un joueur comme cela.

Steve Ngoura, admiratif. 

Considéré comme « une perte importante » par Hubert Fournier, directeur technique national de la FFF, le natif de Senlis (Oise) est un surdoué, et le voir porter le maillot d’une autre sélection dans une Coupe du monde est un crève-cœur pour la FFF. Steve Ngoura, lui, juge son ascension fulgurante logique. « Je ne suis pas du tout surpris, pose celui qui a aussi été son coéquipier en Espoirs. Ayyoub a énormément de qualités et il a su encore les développer. Il arrive à performer au très haut niveau, pour moi, rien ne peut l’empêcher de terminer dans un très grand club. On ne peut que prendre exemple sur un joueur comme cela. »

En conférence de presse lundi avant le quart de finale de la Coupe du monde entre la France et le Maroc, Guy Stéphan n’a pas échappé à une question sur le prodige aux bouclettes. « Il a fait un choix, on le respecte. Je me répète, mais c’est un bon joueur, un très bon joueur. Et comme beaucoup d’autres, il a choisi une autre nationalité sportive. Ce n’est pas la première fois et ça ne sera pas la dernière fois, a déclaré l’adjoint de Didier Deschamps. Il se trouve qu’on est assez fournis dans ce secteur de jeu. Quand vous avez Tchouaméni, Rabiot, Koné, Kanté et Zaïre-Emery, si je demande qui enlever, on n’aurait pas la même réponse dans la salle. C’est un problème de qualité et de quantité. » Presque deux ans après cette rencontre dans l’anonymat de Clairefontaine, Bouaddi et Gessime Yassine sont les deux seuls joueurs présents sur la feuille de match de l’époque à disputer le Mondial, et dès jeudi un quart de finale de la Coupe du monde. Enfin trois : sur le banc marocain officiait un certain Mohamed Ouahbi. Autant dire que l’actuel sélectionneur des Lions n’avait pas tout perdu dans cette soirée.

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Par Thomas Morlec

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