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« Onana a voulu faire un morceau pour fédérer le vestiaire de la Belgique »

Figure phare du rap belge des années 2010, Krisy a enregistré - en dehors de sa carrière solo - toute la génération dorée de Bruxelles ces dernières années (Damso, Hamza, Shay). Aujourd’hui, c’est un autre artiste un peu à part qu’il accompagne : Amadou Onana, milieu de terrain d’Aston Villa et des Diables rouges. Une collaboration tellement fructueuse qu’elle a donné naissance à "We Are Belgium", un morceau en passe de devenir l’hymne officieux de la sélection belge. Il raconte.
Tu affiches depuis un petit moment ton soutien à Amadou Onana sur tes réseaux sociaux. Vous vous connaissez depuis longtemps ?
Pas tant que ça en vérité, je dirais deux ans. Sa sœur est aussi son agent, et à l’époque où j’enregistrais des rappeurs dans ma petite chambre à Bruxelles au début des années 2010, elle était manageuse d’artistes. Elle avait enregistré un ou deux de ses artistes chez moi à l’époque, et quand elle s’est reconvertie en tant qu’agent de foot, elle m’a recontacté. Son frère chantait un peu tout le temps, et il lui disait qu’il aimerait vraiment bien s’essayer à la musique, donc elle a fini par lui dire que ça pourrait être sympa d’essayer d’aller en studio pour voir ce que ça donne. Je n’ai pas accepté directement parce que quand j’entends parler d’un joueur de foot qui veut faire du son, je suis un peu méfiant. La musique c’est quelque chose de sérieux pour moi et je n’ai pas envie de perdre mon temps juste pour gagner de l’argent. Donc on s’est rencontrés une première fois, et j’ai senti qu’il était sincère dans sa démarche. Quand il fait de la musique, il ne se dit pas qu’il veut être une star du rap ou de la musique. C’est plus une manière d’extérioriser et de s’amuser. Donc à partir de là, on s’est vus à Bruxelles puis je suis allé le voir plusieurs fois en Angleterre.
Je lui ai dit que je ne voulais pas que la musique commence à prendre trop de place dans son quotidien. Ça doit rester purement une passion.
Donc tu as accompagné Amadou Onana sur tous les morceaux qu’il a sortis sous le nom de 24AM depuis deux ans ?
C’est ça, mais attention, il est impliqué. Il va chercher des prods sur BeatStar, il les achète parfois lui-même. C’est même lui-même qui envoie ses morceaux sur les plateformes. Et il a toujours baigné entre le chant et le rap. Tu lui parles du chanteur Giveon, il est à fond. Il aime aussi beaucoup Hamza, des rappeurs anglais… Moi, je suis là pour structurer le tout. On a énormément de morceaux, je dirais une dizaine facilement.
Tu sens que c’est quelqu’un qui comprend la musique ?
Il comprend peut-être mieux la musique que certains artistes en place. Pour moi, il est vraiment fort. Si un jour on se pose pendant les grandes vacances après la Coupe du monde et qu’il décide de terminer les morceaux, je pense qu’on peut sortir un EP très solide. Et je vais faire des morceaux en feat avec lui, c’est sûr et certain.
Comment est-ce que vous vous organisez pour enregistrer d’ailleurs ?
Je me calque sur son agenda, même si le mien est parfois aussi compliqué. Mais je suis allé le voir chez lui en Angleterre et je m’adapte à son programme d’entraînement. En général, on fait ça une fois que la journée est terminée, pendant 2-3 heures, puis il va dormir. Il reste vraiment concentré sur le foot et c’est quelque chose qui a été très clair dès le début. Je lui ai dit que je ne voulais pas que ça commence à prendre trop de place dans son quotidien. Ça doit rester purement une passion. Donc si on n’a qu’une heure, on ne va faire qu’une heure. On ne va pas commencer à empiéter sur le football.

Tu as travaillé par le passé avec Damso, Hamza, Shay… C’est différent pour toi d’enregistrer avec un sportif plutôt qu’un rappeur ?
Oui totalement. Comme on t’apprend dans le sport de haut niveau qu’il faut arriver en étant préparé, ça joue aussi quand il vient faire de la musique. Donc il arrive à chaque fois au studio avec son texte déjà prêt et il ne cherche pas à faire de « tube ». Il n’a pas pour objectif de percer, et c’est la vraie différence avec un artiste, qui va avoir beaucoup plus d’enjeux par rapport à la réception de sa musique. Je me reconnais un peu là-dedans, parce que c’est comme ça que je vois aussi la musique.
Je trouve ça sain comme démarche, parce qu’en faisant l’effort de faire quelque chose pour créer une bonne entente, ça se répercute sur le terrain.
Vous avez donc décidé de faire un hymne pour les joueurs de l’équipe de la Belgique à la Coupe du monde. Comment est-ce que ce morceau est né ?
Amadou a eu l’idée de son côté et il a commencé le morceau. Il m’a alors écrit en me disant qu’il avait fait écouter ce qu’il avait fait à 2-3 coéquipiers en sélection, et ils avaient bien réagi. Il a alors eu envie de créer un son pour fédérer le vestiaire, créer une bonne ambiance. C’est pour ça qu’il cite les noms de tous les joueurs dans les couplets.
Donc à la base, c’est plus un morceau pensé pour ses coéquipiers que pour le public ?
Amadou a évidemment pensé au public, mais il l’a d’abord pensé pour ses coéquipiers. Je trouve ça sain comme démarche, parce qu’en faisant l’effort de faire quelque chose pour créer une bonne entente, ça se répercute sur le terrain. On l’a vu récemment contre la Croatie ou la Tunisie. J’espère que ça continuera comme ça face à l’Égypte.
Sur tes réseaux sociaux, tu as blagué en disant qu’il fallait obligatoirement mettre un cut (passage où la musique est coupée pour laisser uniquement la voix, NDLR) au moment où Onana prononce le nom de Kevin De Bruyne. Pourquoi ?
(Sourire.) Je suis content d’avoir mis ce cut, parce que je le vois avec mes proches : quand on arrive à cette partie, tout le monde chante son nom. Le silence derrière laisse de l’espace pour que tout le monde puisse chanter. Franchement, pour tout ce qu’il a fait dans le trio avec Hazard et Lukaku, je me suis dit que j’étais obligé de le mettre en avant musicalement. C’est tellement un joueur important pour notre pays et pour le foot. Il est incroyable.
Tu as aussi posté sur tes réseaux sociaux une vidéo de l’enregistrement du morceau. On sent que vous vous entendez vraiment bien.
Jusqu’à récemment je n’osais pas filmer nos sessions studios. Il est partout dans les médias, il y a toujours des caméras, je ne voulais pas en rajouter. Et pour la session de ce morceau, sa sœur et lui m’ont dit : « Mais il faut qu’on filme un peu ! » C’était important pour moi de montrer ce côté d’Amadou que les gens ne connaissent pas. Ça permettait de casser l’image des joueurs de foot trop sérieux, qui restent dans un perso tout le temps. En regardant, la vidéo on sent que c’est l’enfant intérieur qui ressort un peu. Il s’amuse, il rigole.
Depuis que le morceau a été dévoilé, il y a eu un vrai engouement en Belgique, le morceau a été joué au stade, la presse belge a demandé à Onana en après-match quand est-ce qu’il allait sortir le morceau. Tu t’y attendais ?
Non pas comme ça. Amadou m’avait dit que la Fédération voulait jouer le son au stade, et j’étais chez moi à regarder le match de préparation contre la Tunisie. Et là j’entends les commentateurs parler du morceau en disant que le titre officieux est en train de devenir officiel. Je vois des stories, des gens qui me mentionnent, ça va même jusqu’à un partage d’El Chiringuito en Espagne, avec sa vidéo avec Diego Moreira et Alexis Saelemaekers. Là je me dis : « Mais putain qu’est-ce qu’il se passe ? » Je suis vraiment content, les gens ont compris la volonté d’Amadou qui était d’unir en tout cas. Surtout, je crois que c’est la première fois qu’un joueur d’une sélection nationale fait un morceau pour son équipe. C’est aussi ce défi que j’ai kiffé. On pouvait être les premiers à faire quelque chose d’inédit. Et je suis heureux de voir que toute la Belgique est contente.
Tu penses que les tensions ces dernières années dans le vestiaire de la Belgique ont joué dans son envie de faire ce morceau ?
Peut-être. Je crois aussi que la bonne ambiance qu’il voit à Aston Villa a joué. Tu peux le voir sur ses réseaux sociaux, ses coéquipiers de là-bas sont souvent en commentaires de ses posts. Il a eu envie de ramener un peu ça dans le vestiaire de la Belgique.
J’ai l’impression que pour 2026, les Belges ont surtout envie qu’on les fasse un peu rêver et qu’on aille le plus loin possible.
Finalement, qu’est-ce qui fait un bon hymne pour une équipe de foot selon toi ?
J’ai découvert en faisant ce son que si dans un vestiaire, sur 20 joueurs, 18 sont dedans, tu as réussi. En dehors de ça, c’est mieux si le morceau n’est pas trop codé dans un genre précis musicalement. Ça peut parler à des publics différents. Il faut faire du Stromae en fait. (Sourire.) Et si tu cites les joueurs, n’oublie personne. Enfin, il faut un refrain bien fédérateur, pour que tout le monde puisse le chanter.
Tu as peut-être signé l’hymne de la Belgique à la Coupe du monde 2026. Comment est-ce que tu sens l’équipe dans la compétition ?
J’aime bien leur côté underdogs cette année. On ne parle pas trop d’eux, alors qu’en 2018 par exemple, il y avait une grosse pression. L’équipe était grandiose, mais il y avait ce truc de « vous devez gagner ». J’ai l’impression que pour 2026, les Belges ont surtout envie qu’on les fasse un peu rêver et qu’on aille le plus loin possible. J’ai confiance, et encore plus pour les années à venir : les U17 viennent d’aller en finale de l’Euro contre l’Italie. Le temps qu’ils grandissent, certains vont monter en équipe première d’ici quatre ans. Donc globalement, ça ne sert à rien de mettre la pression à cette équipe parce qu’elle est en construction. Mais je sens qu’ils vont faire une très belle Coupe du monde.
Thibaut Courtois en a ras le bol du football internationalPropos recueillis par Brice Bossavie
Krisy sortira son deuxième album "Edward Risky" le 3 juillet 2026.



















































