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Brésil – Norvège : 28 ans plus tard

Par Arthur Jeanne
6' 6 minutes
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Brésil – Norvège : 28 ans plus tard

Devinette ? Quelle est la seule sélection nationale à n’avoir jamais perdu contre le Brésil ? Réponse étonnante : la Norvège. En 4 confrontations, le bilan est de deux victoires pour les Vikings et deux matchs nuls. Il y a 28 ans, au Vélodrome, le pays nordique signait même sa plus belle victoire en Coupe du monde en battant la Canarinha (2-1). Récit d’une soirée inscrite dans la mémoire collective scandinave.

Que faisiez-vous la nuit du 23 juin 1998 ? Cette question peut sembler absurde et aucun Français n’est probablement en mesure d’y répondre. Mais en traçant une ligne de 1 343 kilomètres en direction du nord-est depuis Paris et en posant la même question à Oslo, les interrogés seront sans doute plus bavards. La preuve avec Geir Jordet, professeur à l’École norvégienne des sciences du sport et psychologue : « J’étais dans le centre-ville. C’était complètement fou. Les rues étaient blindées de monde. Les gens chantaient, dansaient, personne ne voulait rentrer chez soi. C’était un moment, vraiment pas du tout norvégien ».

La raison de cette hystérie collective en contradiction avec la pondération proverbiale des Scandinaves ? La victoire des Røde, Hvite, Blå contre le Brésil à Marseille. Ce soir-là, la Norvège de Drillo Olsen faisait tomber la bande de Ronaldo et se qualifiait ainsi pour les huitièmes du Mondial de Footix. Et le pays s’embrasait pour une victoire considérée comme le moment le plus iconique de l’histoire du sport norvégien. Devant les victoires à répétition de Johannes Bø ? Absolument. 

Les plans du Drillo

L’histoire de cet exploit débute en réalité un an plus tôt, le 30 mai 1997 à l’Ullevaal Stadion, une forteresse alors imprenable. En match amical, la Norvège tord les champions du monde en titre 4-2 grâce notamment à un doublé de Töre André Flo. À l’heure de les retrouver à l’été 1998, la Norvège, qui a besoin d’une victoire pour se qualifier, s’avance avec quelques certitudes. Notamment celle énoncée par Drillo Olsen dans nos colonnes en 2016 : « Nous savions que nous pouvions les battre, mais qu’il était impossible de le faire en jouant à leur propre jeu. Individuellement, mes onze joueurs étaient inférieurs à leur vis-à-vis, moins doués, moins techniques. Si on jouait comme eux, le match était perdu d’avance ».

J’avais aussi dit quand nous avions battu les Brésiliens que leur milieu était aussi organisé qu’une décharge.

Drillo Olsen

Le maître prépare donc la confrontation comme une partie d’échecs, il met en place une organisation ultra-rigoureuse en jouant bas et en réduisant au maximum les espaces pour brider la créativité sud-américaine et jouer les contres. Son plan se heurte à l’ouverture du score de Bebeto à la 78e minute. « Quand il a marqué, Dunga a couru vers moi et m’a fait signe de me taire, balance le stratège. Il était mécontent car j’avais dit les jours précédant le match que le Brésil obtiendrait de meilleurs résultats si j’étais sur leur banc. J’avais critiqué le fait qu’ils aient trop la possession du ballon et que c’était une possession stérile. J’avais aussi dit quand nous les avions battus à l’Ullevaal que leur milieu était aussi organisé qu’une décharge. Je ne l’avais pas dit pour faire de la provocation mais parce que je le pensais. »

Egil « Drillo » Olsen
Egil « Drillo » Olsen

Éliminée à 10 minutes du coup de sifflet final, la Norvège doit réagir. À l’époque, l’arme fatale ne s’appelle pas encore Haaland, mais le Flo Pass, une action sortie de l’esprit malade de Drillo. Le principe est simple, l’arrière gauche Bjornebye doit envoyer une immense transversale sur l’ailier droit Jostein Flo. Celui-ci n’est ni technique, ni virevoltant mais il mesure 1,93m, son rôle consiste uniquement à mettre des grands coups de tête en direction de la surface de réparation : « Jostein n’était pas un bon joueur de football, mais c’est le meilleur joueur de tête que j’ai eu l’occasion de voir. Je l’ai fait rentrer, on l’a visé systématiquement. Il était face à Roberto Carlos qui fait 1,70m, il a tout pris dans le jeu aérien, a gagné tous ses duels, son entrée a changé le match. »

Une libération

Trois minutes après l’entrée du géant, c’est son frère cadet Töre André qui remet la Norvège dans le match. Lancé dans la profondeur, il prend Junior Baiano de vitesse, le crochète et marque. Et puis 5 minutes plus tard, alors que la Norvège pousse, « Flonaldo » est à nouveau décisif. Sur un centre, il est déséquilibré dans la surface. L’arbitre siffle un penalty un brin sévère même si la faute est réelle. L’ex-Rennais Kjetil Rekdal transforme. La victoire norvégienne, tout au bout de la soirée marseillaise, élimine les pauvres Marocains et agace le Brésil : Lors du contrôle antidopage d’après-match, Roberto Carlos est venu voir Jostein, et lui a dit : “Tu devrais jouer au basket, je ne comprends pas qu’un joueur aussi limité techniquement puisse être ailier” », s’amusait Drillo Olsen. Mais malgré les critiques des haters sud-américains, le tacticien estime le succès des siens amplement mérité : « On a gagné 6-4 en goal chances. Le football le plus efficace se joue avec environ 70% de passes vers l’avant. Nous étions à 65%, et eux à 35%. C’est une différence dramatique. Si le Brésil avait joué 65% de ses ballons vers l’avant, ils nous auraient battus largement », narguait Olsen dans nos colonnes.

Le moment qui a été élu comme le plus iconique de l’histoire sportive du pays, c’est une victoire en phase de poules de Coupe du monde.

Erik Thorstvedt

Après la victoire, le pays s’embrase donc dans des proportions inédites. « Je pense qu’il n’y a eu qu’un moment comparable en matière d’euphorie collective : la libération en 1945 », croit savoir Geir Jordet. Cette liesse fait un peu tiquer Erik Thorstvedt, ancien gardien de but de la sélection et père de Kristian, milieu de terrain qui s’apprête à affronter le Brésil : « On est une fière nation de sport et nous avons vécu des victoires incroyables notamment en sport d’hiver, mais le moment qui a été élu comme le plus iconique de l’histoire sportive du pays, c’est une victoire en phase de poules de Coupe du monde. »

Pourquoi alors une telle place au panthéon des exploits nationaux ? Peut-être parce que cette victoire a dépassé le cadre purement sportif pour devenir un moment iconique de la pop culture norvégienne. Comme le montre l’excellent documentaire Alt For Norge, le coach Drillo Olsen, personnage aussi déroutant que charismatique, est alors un phénomène de société. Ce match constitue le point d’orgue de l’aventure de sa bande. Les années 1990 coïncident par ailleurs avec un boom économique spectaculaire et sont considérées comme une époque bénie. Quoi qu’il en soit, même s’il ne s’agissait que d’un match de poules, ce Norvège-Brésil au stade Vélodrome reste un instant chéri par tout un pays qui n’a pas eu l’occasion de vibrer aussi fort depuis. Jusqu’à ce dimanche ?

En direct : Brésil - Norvège (0-0)

Par Arthur Jeanne

Tous propos recueillis par AJ.

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