Ils auraient pu en passer huit, mais trois suffisent : en démonstration à New York, l’équipe de France n’a laissé aucune chance à la Suède (3-0), victime de la magie de Michael Olise et d’un nouveau doublé de Kylian Mbappé. Le Paraguay attend désormais les Bleus en huitièmes.
France 3-0 Suède
Buts : Mbappé (45e, 74e) et Barcola (52e) pour les Bleus
Il y a des matchs qui sacrent des équipes, et tout cela n’a rien à voir avec le décorum, la compétition, le temps qu’il fait ou l’adversaire sur la pelouse : certains soirs, allez savoir pourquoi, des collectifs émergent. Le France-Suède de ce mardi 30 juin (3-0) est de ceux-là, et sans doute marquera-t-il quelque chose dans le parcours des Bleus si, d’aventure, ces hommes-là allaient au bout de leur rêve, chaque jour plus plausible. Car qui, de ce onze, retirer ? Tout ceci avait beau être un seizième de finale, si loin d’un éventuel retour ici le 19 juillet pour la finale de la Coupe du monde, ce fut un monument de maîtrise, une démonstration de talent et un enthousiasmant spectacle pour quiconque avait décidé d’allumer sa TV quelque part dans le monde. On ne voudrait pas non plus s’avancer, mais il semble qu’une hiérarchie s’en est aussi dégagée, et qu’avec un Michael Olise dans un tel état de grâce, les Bleus semblent capables de molester la Norvège, la Suède, l’Argentine ou la planète Mars s’ils le souhaitaient. De bon augure pour ce qu’on appelle une Coupe du monde et une suite de compétition face au Paraguay dans quatre jours, à Philadelphie. Bon sang, quel pied !
Un onze trouvé ?
Avant ça, il faut dire : il y a le quart d’heure warholien et, encore un peu, on évoquera la demi-heure française, manière de parler de ce grand moment de chauffe récurrent où chacun peut vaquer à ses occupations, le temps que l’équipe de France soigne ses circuits de passe et que Michael Olise s’étire tranquillement les ischios. Ça deviendrait presque une habitude : à force de parler de leurs déséquilibres, les Bleus sont rentrés dans ce seizième avec la volonté de ne surtout pas en créer, ni chez l’un ni chez l’autre. Avec une composition classique de chez classique – comme si vous preniez un Big Mac chez McDo ou un Giant chez Quick, Lucas Digne en supplément pickle –, on les a vus multiplier les frappes de loin face à une défense serrée comme un jeu de mölkky (Digne, 15e ; Mbappé, 17e), pendant que Suède allongeait sur Viktor Gyökeres en espérant faire plier le dos de William Saliba. Un temps, on a revu la première période sénégalaise, déjà ici, à New York, avec ses timidités et ses rebonds aléatoires.
Et puis, Bradley Barcola a envoyé une première banderille au-dessus des cages de Widell Zetterstrom, et ça a été le début de la charge de cavalerie. Un but (justement) refusé pour Kylian Mbappé et deux poteaux touchés en treize minutes (Mbappé, 32e ; Olise, 36e), dans une séquence de réveil collectif qui nous a rappelé pourquoi cette équipe-là fait lever les gens de leur siège : à trois jours du début du Tour de France, la bicyclette d’Olise aurait eu sa place sur les pavés de la rue Lepic, alors que l’attaque d’Ousmane Dembélé au kilomètre finit dans les barricades. Ce fut une première période finalement magnifique à voir, pleine de l’allant qui convainc les gamins de devenir attaquants : Olise volait, il pilotait le Concorde et on aurait payé le billet pour le voir marquer de l’extérieur de la surface (42e, 44e). Évidemment, Mbappé a profité des hauteurs atteintes pour inscrire son cinquième but en Amérique sur un service de Dembélé, et tout le monde s’est jeté dans les bras de Deschamps, capitaine de flotte heureux (1-0, 45e).
Il y eut un moment, un peu avant l’heure de jeu, où le Metlife Stadium fut parcouru d’un frisson et, pardon de la pauvreté de la référence, mais on a eu l’impression d’assister à la scène finale de Whiplash, quand le père du héros principal – un batteur – se rend compte du talent de son fils dans une séance de concert enfiévrée. La balle venait de sortir des pieds d’Olise à l’issue d’une séquence anodine, des passes en angle fermé avec Digne, mais il s’est dégagé de cet être une aisance à la limite de l’effrayant, alors que Bergvall et Stroud ne savaient plus quoi faire pour empêcher le monstre de gonfler (ils ont fini par sortir, d’ailleurs). Il en a résulté une passe décisive pour Barcola, 18 de finition sur Football Manager(2-0, 53e), une autre pour Mbappé de la même manière (3-0, 74e) et trois frappes sur lesquelles le portier suédois s’est allongé de tout son long (61e, 65e, 71e). La Suède, dont le sélectionneur français avait loué ces derniers jours le potentiel offensif, se révéla finalement incapable de mettre la défense française en danger, à l’exception de quelques maigres tentatives d’Isak, de débordements d’Elanga ou de cette frappe de Gyökeres alors que tout le monde avait déjà remballé, bien boxée par Maignan (89e). Bonne nouvelle : au coup de sifflet final, on ne vit personne lever les bras. Les Bleus sont en mission.