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Happy DD to you

Par Théo Denmat, au Metflife Stadium de East Rutherford
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Relâché et porté par quelque chose de plus grand que lui, le sélectionneur français fédère, aujourd'hui plus que jamais, un collectif français porté par sa stature, symbolisé par la séquence sur l'ouverture du score de Kylian Mbappé.

Kylian Mbappé sortit et Didier Deschamps s’inclina, ce qui ne ressemblait ni à Kylian Mbappé, ni à Didier Deschamps. New-Jersey, quelque part dans la pampa de l’Ouest américain, au milieu d’un stade érigé entre les bras d’autoroute, à la 84e minute d’un seizième de finale de Coupe du monde, déjà un événement en soi. Ce France-Suède était fini, sans doute depuis que Michael Olise avait décidé de jouer le match de sa vie, et le sélectionneur français offrit donc au meilleur buteur de l’histoire de son pays l’ovation qu’il méritait, le repos dont il aura besoin et la marque de reconnaissance qu’il n’attendait pas. Les deux bras en avant, la banane aux lèvres, si rare, chez lui.

Dans la grande tempérance qui caractérise le sélectionneur des Bleus depuis le jour de sa naissance, c’est une séquence étonnante, lui qui avait passé la semaine à répéter que l’équipe de France devrait rester concentrée face à une adversité pourtant toute relative, mettant l’accent sur des dangers qui n’existèrent finalement pas, ou si peu. Deschamps, quoi. Et puis, à la fin, cette révérence, pas grand-chose, mais un geste de match amical ou de jubilé, pas de Coupe du monde, pas de Didier Deschamps. On ne peut s’empêcher de penser que cette séquence n’aurait pas pu exister dans un autre monde que celui dans lequel on vit, pour sa dernière compétition, dans le moment de sa vie personnelle que tout le monde connaît désormais. Au coup de sifflet final, Graham Potter prit le Basque dans ses bras et lui présenta ses condoléances, ce que tout le monde fera désormais, c’est une certitude.

« Le football, ça n’est pas très compliqué… »

Quelques minutes plus tard, dans un préfabriqué impersonnel posé à l’extérieur du stade, on vit deviser l’entraîneur anglais dans une drôle de bonne humeur, pas soulagé, mais lucide, parfaitement au fait de la vitesse et du poids du train qui venait de lui passer dessus. Il fut question d’Olise, bien sûr, qu’il avait croisé aux prémices de sa carrière à Crystal Palace, mais aussi, plus globalement, de la maîtrise des Bleus sur la largeur du terrain, et puis dans le contrôle du rond central, et puis dans leur gestion des duels dans la surface, et puis dans tout le reste. Prose qui se finit par cette drôle de phrase à la Cruyff, entre naïveté et intelligence de la formule : « Vous savez, le football, ça n’est pas très compliqué : si vous êtes fort devant, au milieu et derrière, vous avez de bonnes chances de gagner. »

On est tous derrière le coach, peu importe ce qui se passe, peu importe ce qui se passera, et on voulait lui faire ressentir qu’il n’était pas tout seul.

Kylian Mbappé

Voilà pour le sportif, le moment de dire que cette animation tourbillonnante, qui semble perdre coachs adverses après coachs adverses – puisqu’ils y reviennent à chaque conférence de presse d’après-match – est au crédit de Didier Deschamps, à qui l’on reprocha suffisamment de jouer petit pour ne pas souligner quand il décida d’aligner une équipe offensive. Lui qui s’est toujours dit créditaire des hommes dont il avait à sa disposition, sans doute plus au fait de la réalité des complémentarités que nous – parlons, par exemple, du mirage de l’attaque Mbappé-Dembélé-Martial – a donc lâché la bride pour sa dernière danse, et sans doute n’y a-t-il pas de hasard dans cette concomitance des choses.

Je mets les bras devant, je mets les bras derrière. 
Je mets les bras devant, je mets les bras derrière. 

Son changement d’humeur et de ton était déjà perceptible avant la perte dont il souffra et souffre encore, comme s’il était arrivé dans l’Est américain avec ses valises, mais plus léger. Et depuis, les joueurs autour de lui ont développé un discours trop souvent répété pour ne pas être entendu, sur l’idée qu’il y a « des choses plus importantes qu’une Coupe du monde », ce qui est vrai. Mbappé encore, en après-match : « C’est l’ADN de ce groupe, d’être tous ensemble, vraiment soudés. On est tous derrière le coach, peu importe ce qui se passe, peu importe ce qui se passera, et on voulait lui faire ressentir qu’il n’était pas tout seul. »

L’attaquant expliquait alors sa course après l’ouverture du score où toute l’équipe suivit, un geste au souvenir duquel Deschamps sourit devant la presse, presque deux heures plus tard : « À titre personnel, le geste de Kylian me touche beaucoup, et j’en dis pas du bien pour en dire du bien, il est exemplaire depuis le premier jour. Le groupe est uni (…) L’état d’esprit d’un groupe ça fait pas gagner les matchs, mais je sais trop bien que ça peut les faire perdre. » Il fît aussi une boutade, une blague de rien du tout quand on le lança sur la notion de plaisir que dégageait cette équipe, expliquant qu’il n’avait « coaché que des équipes qui ont donné et pris du plaisir. D’autant plus que j’ai beaucoup gagné… non je rigole (Sourire) ». Bref, Deschamps s’amuse, ses joueurs aussi et nous par la même. Après son héritage sportif, le voilà en train de soigner malgré lui son héritage « émotionnel », le souvenir que l’on aura de lui et des sentiments procurés par son équipe de France. En temps voulu, ça vaudra bien une révérence.

Grégory Poirier : «  Adrien Rabiot est fondamental dans la maîtrise »

Par Théo Denmat, au Metflife Stadium de East Rutherford

Tous propos recueillis par JB et TD

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