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Grégory Poirier : « Adrien Rabiot est fondamental dans la maîtrise »

Ancien coach du Red Star, qu’il a mené en barrages cette saison, Grégory Poirier apporte son éclairage tactique après les matchs de l’équipe de France dans cette Coupe du monde. Après la démonstration contre la Suède, il évoque les dégâts provoqués par les Bleus dans la défense à trois suédoise, l'importance de Rabiot et la magie d'Olise.
Avons-nous assisté contre la Suède à l’une des prestations collectives des Bleus les plus abouties ces dernières années et globalement sous Didier Deschamps ?
J’ai pensé à ça pendant le match. C’est comme si pour la dernière compète de Deschamps, c’était une équipe à maturité. Au-delà de la performance, c’est le plaisir qu’elle a à évoluer ensemble, on voit des émotions, des attitudes, qui sont incroyables. Ce but avant la pause, il est libérateur. Si t’es à 0-0 après avoir autant dominé, tu peux perdre en confiance et l’adversaire en prendre. Je me suis aussi demandé si on pouvait être plus fort qu’on ne l’est en ce moment. Après, il faut aussi prendre en compte qu’il y aura de meilleures équipes tôt ou tard.
Quels problèmes ont rencontré les Bleus, notamment en début de match, et comment ont-ils réussi à les surmonter ?
Ce qui change beaucoup avec cette équipe, c’est qu’on avait l’habitude de s’appuyer sur deux forces offensives, là on en a trois ou quatre en plus des entrants, même si j’attends plus de Cherki. Aujourd’hui, c’est franchement difficile de voir des défauts (Il souffle.) Maignan est bien, la défense est concentrée, Rabiot amène beaucoup de calme, de gestion. Ce n’est pas palpable tout ça, mais c’est fondamental dans l’équilibre, la maîtrise des moments clés, des temps forts et des temps faibles, la capacité à accélérer ou calmer le jeu. Face à une équipe qui jouait à trois défenseurs, ça nous a permis de ne pas se frustrer et puis sur les transitions… Son positionnement fait que tu peux anticiper les pertes quand tu attaques et ça libère aussi son compère du milieu pour se concentrer sur l’aspect contre-effort à la perte. Il a aussi un supplément d’âme par rapport au fait qu’il n’a pas eu des réussites à la hauteur de son talent en club. Deschamps s’est aussi servi des matchs précédents, on a été très costaud défensivement, Upamecano n’est pas loin d’être dans les meilleurs au monde quand il a ce niveau de confiance. Puis, on a vu une équipe clinique, chirurgicale, avec un Mbappé incroyable dans sa vitesse gestuelle et Olise qui est le meilleur joueur du monde dans la passe. C’est tout à l’honneur de Deschamps de se dire qu’il pouvait faire mal dans l’axe après avoir été très bon à droite au Bayern.
La force d’Olise, c’est d’associer sa vision de jeu à sa vitesse gestuelle et sa prise d’informations dans un temps et un espace réduits. Quand tu as un 10 comme lui, dès que Mbappé a un temps d’avance, c’est fini.
C’était la première fois du tournoi que la France jouait contre une défense à trois justement, qu’est-ce que ça a changé ?
Quand vous jouez une défense à trois, ça veut dire qu’à la perte du ballon de l’équipe en face, vous êtes vite sur du un pour un. On a pu surtout voir notre force dans les transitions, on leur a fait mal dans cette verticalité à la récupération, surtout avec notre qualité individuelle. Ça a permis de nous ouvrir des espaces différents et le fait de ne pas avoir de supériorité de plus un dans leur façon de défendre, ils ont été en difficulté. Sur les ressorties à trois, la Suède a essayé d’avoir un peu de maîtrise, mais dans le système défensif de Deschamps, on défend beaucoup plus sur des zones que sur des hommes. Et dans ce 4-4-2 ou 4-2-3-1, c’est super bien quadrillé, équilibré. On a aussi Koundé qui est en capacité de rentrer à l’intérieur pour libérer vite les excentrés. Dans une défense à quatre dans le foot d’aujourd’hui, il y a souvent un latéral qui reste à l’intérieur pour avoir cette capacité à trouver des obliques et toucher les joueurs placés plus haut plus facilement.
On en parle après chaque match, mais ce replacement de Michael Olise dans l’axe contre le Sénégal ressemble à un tournant pour cette équipe. Qu’est-ce que ce joueur t’inspire ?
Le joueur qui m’a généré le plus d’émotions, c’était Zidane. Dans le foot actuel, on voit beaucoup de systèmes de jeu, que ce soit en 3-5-2 ou en 4-3-3, avec un numéro 6 et deux numéros 8, en gros des 10 inversés. Avec Olise, ça permet de revenir un peu à mon enfance, avec un vrai numéro 10, certes capable de décrocher un peu plus bas pour amener des supériorités, mais surtout de déséquilibrer l’adversaire par la passe en très peu de temps. Sa force, c’est d’associer sa vision de jeu à sa vitesse gestuelle et sa prise d’informations dans un temps et un espace réduits. Quand tu as un 10 comme lui, dès que Mbappé a un temps d’avance, c’est fini. Je suis un adepte du système à trois dans certaines configurations, mais si tu n’es pas performant dans le marquage préventif et la transition offensive/défensive, tu te fais tuer. Olise c’est du plaisir à voir, en plus le gaucher a toujours une gestuelle très élégante.

Dans cette ligne d’attaque, on peut aussi parler de Bradley Barcola. Pourquoi Deschamps l’a choisi lui plutôt que Désiré Doué pour ce match ? Une question de profondeur ?
Doué a de l’avance dans son statut au PSG, mais ils sont beaucoup plus sur un bloc haut avec un pressing tout terrain et beaucoup de un pour un quand avec Deschamps, c’est plutôt un bloc médian. C’est là que Barcola offre cette recherche de profondeur. C’est quelque chose pour laquelle Deschamps est sensible. Doué est très fort dans l’élimination, mais sur le long de ligne, Barcola apporte encore plus.
Deschamps fait un contrepied à tout le monde en étant très offensif.
Après le match contre le Sénégal, tu nous disais que Deschamps devait faire du Deschamps. Es-tu surpris du côté spectaculaire de son équipe de France sur cette Coupe du monde ?
C’est vrai et c’est ça qui est beau, le foot évolue. Il a été beaucoup critiqué sur l’aspect offensif, mais dans son management, il a su se remettre en question. Pour sa dernière, c’est incroyable parce que l’équipe marque minimum trois buts par match. La phase de poules a permis de mettre en confiance les offensifs. De toute façon, j’ai toujours eu beaucoup de respect pour Deschamps dans sa culture de la gagne. Il a toujours construit des effectifs pour gagner, réussir et avoir une bonne image, car il a redoré le blason de cette équipe de France. Et là, en plus, il fait un contrepied à tout le monde en étant très offensif. On peut toujours dire que c’est facile avec ces joueurs, mais on aurait pu croire qu’il gagne des matchs un peu plus dans la difficulté, alors que les scores sont énormes.
Qu’est-ce que le Paraguay et les possibles futurs adversaires des Bleus si l’aventure continue vont tenter de mettre en place pour contrarier cette équipe de France ?
Chaque équipe veut jouer sur sa force. Si on avait joué contre l’Allemagne ou plus tard les Pays-Bas, elles auraient voulu assumer un peu plus de maîtrise technique et ça aurait pu nous poser des problèmes, même s’il ne faut pas oublier que Deschamps est en capacité d’être performant dans son bloc équipe. Le Paraguay n’aura pas beaucoup de maîtrise, ils vont jouer à l’énergie. Si on marque rapidement, ça va ouvrir des espaces. La première demi-heure sera importante, il faudra créer du danger et essayer d’être efficace. Pour moi, ils ont joué contre l’Allemagne comme une finale, donc ça peut être très dur pour eux. Plus tard dans la compétition si on avance, on va avoir d’autres configurations, d’autres problématiques contre des équipes plus techniques. Dans le passé, on pouvait avoir du mal contre les blocs bas avec Deschamps, aujourd’hui il prouve à tout le monde qu’on marque beaucoup de buts contre les équipes plus faibles.
Happy DD to you
Propos recueillis par Clément Gavard











































