• 3 octobre 1950 – Le jour où – Anniversaire Szarmach

Bon anniversaire vieux gaulois polonais !

Par Régis Delanoë

Andrzej Szarmach fête ce samedi ses 65 ans. Hommage à la moustache la plus gauloise de l'histoire du ballon rond, avec son style rustique, ses innombrables buts du pointu, ses exploits avec la sélection polonaise, son départ rocambolesque et tardif du pays, ainsi que sa contribution essentielle à faire de l'AJ Auxerre un incontournable du football français.

Il est Robert Lewandowski 1.0. Une version beta de l’attaquant moderne de la Pologne qui flambe ces jours derniers avec le Bayern Munich. Un homme qui, du temps de sa splendeur, ressemblait à un chef de tribu prêt à porter le glaive pour défendre les siens des invasions barbares. Dans les livres d’histoire de collège, au chapitre consacré à la période gallo-romaine, sa trogne n’aurait pas dépareillé à côté de celle de Vercingétorix. La bonne grosse moustache finit le bonhomme, en plus de la tignasse coupée au bol de ses dernières saisons crampons au pied. À ses débuts, la pilosité était moins impressionnante. En 1974, le monde du football découvre ce Szarmach à l’occasion du Mondial allemand. Les supporters polonais aussi apprennent à bien le connaître à ce moment, lui qui n’était pas censé être un titulaire de la sélection nationale. Deux ans avant, les « Polaks » conquièrent l’or olympique, à l’époque une compétition prise très au sérieux par les nations de l’Est. Le buteur de cette équipe médaillée se nomme Wlodzimierz Lubanski, star du Gornik Zabrze depuis la fin des années 60. Mais à l’occasion d’un match éliminatoire à la Coupe du monde face à l’Angleterre, Lubanski se blesse gravement au genou et ne retrouvera d’ailleurs jamais plus ensuite son niveau d’avant. C’est là qu’arrive Szarmach pour le suppléer avec le jersey rouge et blanc. La Pologne commence d’abord par se venger en éliminant les Anglais à Wembley, avant de réaliser un magnifique Mondial terminé à la troisième place avec une attaque de feu constituée de Robert Gadocha sur l’aile gauche, de Grzegorz Lato à droite, de Kazimierz Deyna en attaquant reculé et d’Andrzej Szarmach à la pointe, auteur de 5 buts.

Bière et Chablis pour le faire signer à Auxerre

La Pologne est alors une des nations majeures en football. Un statut confirmé deux ans plus tard avec l’argent récolté aux Jeux de Montréal. Szarmach est le MVP d’un tournoi remporté par la RDA, avec l’URSS pour compléter le podium ! Autre époque… Les recruteurs des grands clubs de l’Occident aimeraient s’arracher les meilleurs talents locaux, sauf que le règlement en Pologne est formel : interdiction de quitter le territoire avant d’avoir 30 ans. Gadocha doit attendre 1975 pour rejoindre Nantes, Deyna 1977 pour partir à Manchester City et Lato et Szarmach 1980 pour rejoindre respectivement Lokeren et Auxerre. Et encore, il a fallu toute la malice de Guy Roux et de l’AJA pour réussir à accueillir un Szarmach que le gouvernement polonais rechignait à « libérer » . Les conditions de la venue du moustachu en Bourgogne sont entrées dans la légende. C’est d’abord Guy Roux qui, le premier, avait pris contact avec le joueur en réussissant à l’approcher lors de la Coupe du monde 1978, se faisant passer pour un livreur de bières de passage dans le camp de base de la sélection polonaise. Puis c’est le maire d’Auxerre, Jean-Pierre Soisson, alors ministre des Sports, qui avait usé de son pouvoir pour convaincre les autorités locales de faire partir le joyau à moustache chevron. Une négociation conclue avec quelques caisses de chablis en guise de monnaie d’échange… Szarmach fête ses 30 ans le 3 octobre 1980. C’est un peu plus d’un mois plus tard qu’il débarque chez le promu AJA, pour lequel il marque dès son premier match face à Lyon.

Des bords de la Baltique à la Bourgogne

Au total, et malgré son âge avancé, ce cher Andrzej va inscrire 94 buts en 148 matchs de D1 avec Auxerre, de 1980 à 1985 : 16 buts la première saison, puis 24 et encore 24, 20 la quatrième et enfin 10 la dernière, avant de partir pour Guingamp en D2 et finalement Clermont en D3, où il termine entraîneur-joueur. Des patelins qui collent bien à l’image de ce bon gars qui ne s’embarrassait pas trop de l’élégance, lui préférant l’efficacité en usant et abusant des gros pointards, des coups de crâne et des buts de raccroc. Il ne courait plus trop, s’embêtait un minimum avec le repli défensif, mais quand il s’agissait de pousser dans les filets le moindre ballon débarqué dans la surface adverse, c’est moustache qui s’y collait. L’AJA sans Szarmach, ce n’est probablement pas l’AJA des années 90, le titre, les coupes et les aventures européennes. L’homme de Gdansk, le grand port de la Baltique, qui aurait certainement fait carrière sur les chantiers navals sans le football, s’est donc retrouvé à devenir la première grande star de cet Auxerre des terres. Drôle de destin… Et tant pis si la reconversion fut moins glorieuse, avec une courte et discrète carrière d’entraîneur, Andrzej reste l’incarnation vignette Panini du football à papa de la Guerre froide et de l’avant-Bosman. Bon anniversaire, vieux !

Par Régis Delanoë

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