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Bastia, pourquoi cette mode ?

Par Mathieu Faure
Bastia, pourquoi cette mode ?

De retour en Ligue 1 sept ans après sa descente à l'étage inférieur, le SC Bastia, pourtant souvent pointé du doigt par la presse et la bien-pensance, est aujourd'hui au cœur d'un phénomène nouveau : la hype. Pourquoi ?

Le dernier souvenir qu’on gardait de Bastia en L1 date de 2005, d’une défaite à Strasbourg 3-2 et d’une descente dans la foulée. Pendant un septennat, le SC Bastia oscille entre le National et la Ligue 2 (en 2010, le club est rétrogradé en CFA par la DNCG. Suite à l’appel, le Sporting pourra repartir en National). De retour dans l’élite, les ouailles de Frédéric Hantz viennent de faire un sans-faute : deux matches, deux victoires. Aujourd’hui, la presse ne parle que d’eux. Et en bien. Tout le monde s’approprie le SCB. Un club pourtant unanimement condamné pendant tant d’années. « Voyous, arbitrage maison, comportement viril, coups de pression, les lois françaises ne s’appliquent pas là-bas, c’est du folklore. » Bref, on a tout entendu et tout lu sur un match en Corse, et surtout à Furiani.

Bizarrement, en 2012, tout le monde loue l’état d’esprit qui émane du onze bastiais et des travées de Furiani. Les Français, et les amateurs de football en règle générale, ne sont pas les derniers à pisser dans le sens du vent. Pourtant, certaines raisons permettent de comprendre cette soudaine popularité. Ce sentiment porte un visage. Celui de Frédéric Hantz. Joueur honnête, le coach l’est encore plus. Bonne gueule, sympa, franc et volontaire. Sous son aile, le SCB tente – autant que faire se peut – de produire du jeu. Ou comment l’intention prime sur le résultat. Dans son sillage, Bastia rallonge la durée de vie d’anciens grognards. Des gueules. Des revanchards. Des miraculés. Les Maoulida, Rothen, Ilan ou encore Marchal. Des mecs qu’on prend plaisir à (re)voir dans ce contexte. À une époque où chaque canard ou journal télévisé martèle son quotidien avec la crise, certains romantiques ont envie de se raccrocher aux souvenirs.

Le peuple et le ballon

Et Bastia représente cette vision du football à l’ancienne. Un sport populaire au sens noble du terme. Parce que Bastia c’est surtout l’épopée de 1978. Les lions de Furiani. Les Larios, Papi, De Zerbi, Felix, Rep ou le mythique entraîneur Pierre Cahuzac (son petit-fils, Yannick, est actuellement le capitaine du SCB, tiens, tiens). Cette bande s’était payé un trip jusqu’en finale de la défunte Coupe de l’UEFA (défaite contre le PSV Eindhoven). Un événement qui, même plus de 30 piges plus tard, reste gravé dans les mémoires collectives. À l’époque, L’Équipe s’était même fendu d’une Une in lingua materna soulignant à quel point cette épopée avait œuvré pour la renommée de la Corse – « De l’Est à l’Ouest, l’Europe étonnée a découvert une équipe, une île, un peuple, et les journaux de tous les pays savent désormais où se trouve la Corse… » Les Lions de 1978 ont ensuite passé le flambeau à d’autres prédateurs : les Rool, Jurietti ou Mendy. C’était le temps des hommes. Ceux qui forgent les légendes.

Malheureusement, pour toute légende, il faut un drame. À Bastia, il n’est pas difficile à trouver : Furiani. Une plaie ouverte et ses 18 morts du 5 mai 1992. Il y aussi le décès de Claude Papi, le symbole du club, l’âme des Lions, qui a passé l’arme à gauche en 1983. À 34 piges. Bastia, c’est surtout cette idée de club appartenant à son peuple. Des fans qui attendent les joueurs à 3h du mat’ à l’aéroport, des dirigeants qui se peignent une moustache bleue pour se moquer de Frédéric Thiriez, un club qui compte 9000 abonnés dans un stade d’à peine 17 000 places. Oui, il se passe quelque chose autour du club. Pourtant, ce quelque chose, tout le monde veut se l’approprier. Histoire de détourner le regard du PSG, histoire de parler d’autre chose que de Zlatan, Leonardo et Thiago Silva.

Un amour fugace

Bastia incarne le football d’hommes. Le football d’antan. Sans argent. Sans strass. Sans paillette. Juste avec de la sueur, du sang, de l’envie et de la ferveur. Depuis quelques semaines, la presse ne voit plus Furiani en noir. On est revenu aux fondamentaux : un sport joué par des mecs simples en communion avec un peuple. Une certaine idée du football. Presque poussiéreuse. Pourtant, pas certain que les Corses aiment se sentir à ce point aimés. Bastia, c’est quand même l’idée d’opposition, de paranoïa et d’insularité. Le club est ainsi. C’est son âme. Le Sporting se nourrit de cette haine anti-corse, des clichés et des préjugés. Dans le Nord de l’île, le football est avant tout une guerre. Le stade, un exécutoire idéal pour se défouler, crier sa haine et se lacher.

Le football est avant tout une souffrance. Un sentiment inexpliqué. Et dans cette partouze à sentiments, nul doute que l’unanimité n’est pas la bienvenue. Dans les travées de Furiani on se doute qu’au premier pet de travers, à la première bombe agricole trop bruyante ou aux premiers fumigènes lancés sur la pelouse, le doré s’écaillera et la presse se déchaînera. Bastia redeviendra alors Bastia. Ce club supporté par des voyous où il est impossible de jouer normalement… Finalement, le SCB n’est pas le genre de fille à vouloir plaire à tout le monde. Il veut plaire aux siens et non aux opportunistes. Et c’est bien là l’essentiel.

Par Mathieu Faure

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