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Affaire Garcia : ce que les clowns en pensent

Propos recueillis par Alexandre Aflalo et Théo Denmat
Affaire Garcia : ce que les clowns en pensent

Mercredi, quelques heures avant que son équipe n'écrabouille la Juventus 1 à 0, l'Olympique lyonnais a officiellement déclaré ouverte la chasse à ses vilains supporters sur les réseaux sociaux. Leur crime ? Partager massivement, depuis quelques jours, des photos de Rudi Garcia et Jean-Michel Aulas grimés en clowns. Mais est-ce que « clown » est vraiment une insulte ? La parole est à la profession.

Casting :

JyJou, clown à Paris. Alain Blatter, clown à Lyon n’ayant, a priori, aucun lien avec Sepp.Christian Pélissier, professeur de clown au Bouffon Théâtre, doubleur historique du Capitaine Haddock, Mojo Jojo et autres.


Qu’est-ce que cela vous fait de voir que qualifier quelqu’un de « clown » est considéré comme une insulte ?JyJou : Clown, bouffon, ce n’est pas la pire insulte, ça ne me choque pas plus que ça. L’insulte est entrée dans le langage populaire, mais c’était à l’époque du clown de cirque, très caricatural. Aujourd’hui il y a des clowns modernes, fins, légers, très futés. Notre métier premier, c’est de donner le sourire, c’est ça qui me motive. Quand j’interviens auprès d’enfants malades, d’handicapés, d’autistes, dans les hôpitaux, ou dans les maisons de retraite… Il faut y aller, quand même. Les gens qui utilisent « clown » comme insulte, qu’ils viennent voir ce qu’on fait vraiment dans des lieux où la société ne va plus beaucoup. Si on ne le fait pas, qui y va ?

Alain Blatter : Traiter quelqu’un de clown, c’est un argument enfantin voire infantile, un manque d’imagination, une faillite du langage. C’est lui adresser une critique au fond assez facile à contrer car pas très rationnelle… Moi, je ne veux surtout pas me sentir humilié ou visé, ce n’est pas bien grave à la limite. Un peu de ridicule ne tue pas. Un clown fait le guignol,

Je pense surtout que les clowns n’en ont rien à cirer de cette histoire-là. Je vous le dis, je serais ravi qu’on me traite de clown !

il a décidé de le faire. Un clown est aussi fait pour recevoir toutes ces choses. Moi, ça ne me dérange pas du tout.

Christian Pélissier : Je pense surtout que les clowns n’en ont rien à cirer de cette histoire-là. Je vous le dis, je serais ravi qu’on me traite de clown ! Je peux être très très con, vous savez. Je l’ai été dans ma vie, et quelques fois j’ai demandé qu’on m’en excuse, quelques fois pas. Mais si un club a envie de dépenser son pognon dans un procès envers plus con que lui…(Il souffle.) Mais qu’il dépense des milliards ! Je trouve ça complètement dérisoire. Moi, quand je trouve que quelqu’un est plus con que moi, je ferme ma gueule.

Quelles sont, pour vous, les principales différences ou points communs entre un clown et un entraîneur de foot ?JJ : Les qualités du clown, c’est de savoir improviser, arriver avec une énergie, de tout réinventer, de donner, sortir de soi, aller vers les autres. Être clown, ce n’est pas non plus se prendre trop la tête ! C’est s’amuser, car on fait les meilleures choses en s’amusant. Et je crois que les bons entraîneurs de football, finalement, ils s’amusent. Mais c’est un travail exigeant ! Le gros de mon travail, on ne le voit pas, comme un entraîneur. J’essaye toujours de trouver des nouvelles choses.

AB : Il n’y a pas grand-chose à voir entre les deux métiers, a priori. Un clown, c’est quelqu’un dont le métier est de faire rire. Il filtre le regard ridicule qu’on jette sur lui et essaye d’en faire quelque chose pour le projeter sur les autres en positif. Il a tendance à centraliser les critiques et à prendre sur lui, il est la tête de Turc.

CP : Un peu comme certains entraîneurs, finalement ! Mais l’entraîneur a l’obligation de résultat alors que le clown se contente de la récompense d’un rire. Je trouve que l’on perd un peu l’essence enfantine du foot des années 1980 comme de celle des grands clowns d’antan, comme Grock (Charles Adrien Wettach, considéré par ses pairs comme le plus grand clown musical du XXe siècle, N.D.L.R.) ou Chocolat. J’entends de plus en plus d’apprentis-clowns psychologiser leur travail… Eh bien je ne suis pas des leurs ! Moi, ce n’est que de l’émotion, de la jubilation interne d’être ça. Si vous voulez, je n’ai pas choisi d’être clown ! Je suis un cureton, dans le fond. C’est le Dieu clown qui m’a filé à l’intérieur de moi l’état de clown. D’un côté, on dit aussi qu’être entraîneur de football est une vocation, alors…

Une photo en particulier de Rudi Garcia est partagée massivement. Est-ce que vous pouvez nous analyser le maquillage qui lui est fait sur ce montage ?JJ : Avec ses sourcils bleus, ce que ça m’inspire, c’est qu’il a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ! C’est ce qu’il faut, non ? Le visage tout blanc, moi je ne connais aucun clown qui fait ça, c’est de la caricature. Ça fait un peu peur aussi. Je ne le fais que quand je suis en mime. En clown, j’utilise un peu de violet, pour la spiritualité. Mon nez est violet scintillant, pas rouge. Mais le nez rouge, c’est mignon. On dit que c’est le plus petit masque du monde. Je crois que chacun a son clown. Il suffit de le trouver.

AB :

Ce maquillage renvoie à un code clownesque complètement dépassé, c’est grossier. Les gens qui font ça n’y connaissent rien.

Ce maquillage renvoie à un code clownesque complètement dépassé, c’est grossier. Les gens qui font ça ne connaissent rien aux codes du clown. Le clown va vers la légèreté. Ces attaques sont schématiques, c’est un clown tel qu’il n’existe plus. Le seul signe distinctif commun reste le nez rouge, parce que c’est la couleur du sang, de la colère et de l’excès, de la tristesse, des paroxysmes. Et encore, il a tendance à disparaître.

CP : Je remarque qu’il est dessiné. Or, ma madeleine de Proust à moi, c’est l’odeur du bouchon de cire que l’on met sur le nez. Vers 7-8 ans, je me le faisais moi-même cramer à la bougie, et je me faisais les sourcils un peu plus longs avec les restes. Puis je prenais le maquillage de mes frangines. On ne met pas son nez : on rentre DANS le nez. Et à partir du moment où tout le corps, partant des pieds et jusqu’aux cheveux, rentre dans ce nez, on est le clown. Achille Zavatta avait un bout de gomme rouge qu’il pétrissait chaque soir pour se faire un nouveau nez.

Est-ce que Rudi Garcia ferait un bon clown ?

L’image que j’ai de Rudi Garcia, c’est le clown triste. On ne peut pas arriver comme ça en prestation, à part si on vient en binôme.

JJ : Non, il a l’air fermé. L’image que j’ai de lui, c’est le clown triste. On ne peut pas arriver comme ça en prestation, à part si on vient en binôme. Le clown, c’est à lui de donner son énergie, sa bonne humeur. Il faut mettre les soucis au placard.

CP : Il ferait un bon clown blanc, comme l’était le Français Pierre Étaix. En plus vu les résultats du club (l’entretien a été réalisé avant Lyon-Juve, N.D.L.R.), il a de quoi tirer la gueule.

Quelle serait votre réaction si on vous traitait de Rudi Garcia ?Christian Pélissier : Je m’en foutrais complètement. Il gagne trop de pognon par rapport à ce que je gagne, alors que j’ai probablement autant de talent que lui, mais dans un autre registre.

Est-ce que l’affaire Rudi Garcia fait du mal à l’image de la profession comme peuvent le faire le Joker ou Ça ? JJ : Non, je ne pense pas. Les clowns tueurs, c’est vraiment ce qui nous a fait le plus de mal.

Les clowns tueurs, c’est vraiment ce qui nous a fait le plus de mal.

Cette histoire, évidemment, en y donnant de l’importance, ça peut faire mal. Mais il faut laisser pisser. Je ne pense pas qu’il faille y donner beaucoup d’importance. Les politiciens, on les traite souvent de clowns aussi, ça je l’entends souvent, ça me gonfle un peu. Pour les politiciens, surtout. Rudi Garcia, lui, il va s’en remettre.

AB : Aujourd’hui, tout le monde est offusqué, touché, se sent atteint dans son honneur. Mais merde, le clown est fait pour ça ! Si le clown se met à avoir des états d’âme, à se sentir atteint et offusqué… Non, ce n’est pas possible ! Le but, c’est qu’il le retourne, qu’il en fasse quelque chose. Il doit réutiliser tout ça et en faire du positif. L’attitude du clown face à ça, ça doit être de dire : « C’est celui qui dit qui est. »

Propos recueillis par Alexandre Aflalo et Théo Denmat

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