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On est allé au ciné avec Frédéric Thiriez

Ce vendredi au festival du film d'aventure de Dijon a eu lieu l'avant-première de Par-delà les hauteurs, documentaire retraçant l'ascension des 5 600 mètres du Kala Pattar népalais par onze jeunes franciliens en échec social et professionnel. À l'initiative du projet, la moustache la plus célèbre du foot français s'est déplacée pour l'occasion. On s'est assis à côté d'elle.

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Il sort du train avec sa clope au bec, pas volontaire et démarche chaloupée. L'homme est mal rasé, sa moustache se fond dans sa barbe de trois jours, mais les mots sont tranchants, précis. Derrière les lunettes rondes se devine une caboche en ébullition permanente. Il en faut, pour être à la fois patron du foot français et avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Pour monter dans des avions (3e régiment de parachutistes), sur les planches du Trianon (Lorenzaccio d'Alfred de Musset) ou au sommet des montagnes. Aujourd'hui à Dijon, avec le film Par-delà les hauteurs, le VRP du foot pro dégaine la carte de l'alpinisme. Et il a un jeu fourni : en 1984, il était de l'expédition menée par Pierre Mazeaud – autre grand juriste et premier Français à atteindre le sommet de l'Everest en 1978 – pour tenter l'ascension du Hidden Peak, 8 096 mètres. Si l'expédition ne fut pas couronnée de succès, elle ancre l'attrait que la montagne exerce sur Monsieur Fred et Maître Thiriez.

Moustache et le sprinter de l'Everest


« Je suis obsédé par la mauvaise image du foot » plaide-t-il d'entrée, « il y a quatre ans, j'ai voulu lancer un premier projet, l'ascension du Mera Peak (6 476 mètres, ndlr) avec des associations portant les valeurs du sport, pour planter le drapeau de la fraternité au sommet. Ça n'a pas pu se faire, car j'étais complètement pris par l'appel d'offres sur les droits TV, mais c'est parti de là. » Et d'une rencontre, comme souvent dans le cas de projets sortant des sentiers battus. Ici, elle prend le nom de Marc Batard, aka « le sprinter de l'Everest » . Marc Batard détient depuis 1988 le record du monde d'ascension de l'Everest sans oxygène, devenant par la même occasion le premier homme à atteindre le sommet en moins de 24 heures. Rangé des sommets, il a fondé l'association En passant par la montagne. C'est lui qui propose à Frédéric Thiriez de relancer l'idée, en remplaçant les représentants d'associations par une sélection de jeunes en problématique d'insertion sociale ou professionnelle. « Marc me dit : le message est bon, mais il ne faut pas que ce ne soit que symbolique, il faut une véritable dimension éducative. On part avec des jeunes. J'ai dit OK. »

Pour partir au Népal à l'assaut des 5 600 mètres du Kala Pattar, il faut s'assurer que les candidats en aient les capacités physiques : « Tous les jeunes ont dû passer le test à l'hypoxie (inadéquation entre besoins et apports en oxygène, ndlr). À part ça, j'ai exigé quatre critères : la mixité hommes-femmes, la diversité, la problématique d'insertion, et l'amour du foot. » Et les associations de se mettre au travail. L'APART à Tremblay et Sauvegarde 95 dans le Val-d'Oise se chargent de l'identification et de la sélection des jeunes, au Nord et au Sud de Paris. Dans le même temps, il faut rassembler les fonds qui permettront de prévoir des entraînements et d'emmener le groupe, jeunes et éducateurs, à Katmandou puis au Kala Pattar : « Une expédition comme ça se chiffre à 90 000 euros. La LFP n'est pas partenaire, je ne voulais pas mélanger les casquettes. Mais la FIFA, l'UEFA, la Fondaction du Football ou Danone ont participé financièrement. » Puis il faut faire un film : « Le film est indépendant du projet, mais indispensable si l'on veut transmettre le message. Jean-Pierre Bailly, de MC4, s'est engagé à nos côtés pour produire le film qu'on va voir ce soir, en avant-première. »

Samuel Ipoua sur le Kala Pattar


Avant le film, le resto. Thiriez se déclare « heureux et honoré » d'être accueilli par La Guilde, structure organisatrice du festival, puis lance un sonore « Salut, camarade ! » en voyant Jean-Pierre et son pull vert approcher. Demande : « Et il est où Bruno ? Aaaah ! » Bruno Peyronnet, « réalpiniste » , est parti caméra en main suivre la troupe sur le Kala Pattar. Avec quelques longueurs de retard sur ses protagonistes du film : « J'arrive, les mecs parlent de Messi, Messi... Je savais même pas qui était Messi ! Je suis passé pour un con ! Maintenant c'est bon, je suis incollable sur le foot. Enfin, incollable... » Le trentenaire, réalisateur et aventurier, et son aîné chantre du foot pro semblent réellement heureux de se revoir, comme deux vieux potes. C'est qu'une ascension de près de 6 000 mètres, ça soude son monde. Quelques verres de vin plus tard, Frédéric a remplacé la malbac' par l'électronique et peut s'en aller s'asseoir devant le film de Bruno, Par-delà les hauteurs. À ses côtés, Éric Brossier, capitaine dont le Vagabond hiverne depuis plusieurs années du côté du Groenland ou du Nunavut. Deux mondes.

Le projecteur lancé, on commence par apprendre qu'Emmanuel Petit est parrain de l'opération. Puis on fait connaissance avec Salim, Aboubakar, Loïc ou Namnata et ses deux coéquipières de Tremblay, en D2 féminine. Dès les premiers entraînements en montagne, les réparties font marrer la salle. Pendant qu'Abou, raquettes aux pieds, promet une session zouk, Sophiane découvre les conditions locales : « Wallah c'est fatiguant, y a de la neige partout, il caille, mais il fait chaud ! » Salim, lui, philosophe : « En marchant, on réfléchit beaucoup. Peut-être qu'en altitude, j'aurai plus d'idées ? » Plus tard, on retrouve Thiriez à Lukkla, rasé de près pour les deux semaines d'ascension jusqu'au sommet du Kala Pattar. Il est accompagné de Samuel Ipoua, présenté comme étant passé par « de nombreuses équipes européennes prestigieuses » (Torino, Rapid Vienne, Toulouse ou Mayence, ndlr), grand frère du groupe et enclin au vertige au-dessus des précipices himalayens : « Il est pas serein le pont, c'est un pont fait à la main ça ! »

« Wallah les gens qui regardent, venez ici crari ! »


L'ascension se poursuit, marquée par quelques défections, mais aussi par la volonté de gosses qui connaissent surtout les frontières de la banlieue. À 4 000 mètres, Fred checke Abou et lui donne une leçon de géographie alpine au pied de l'Everest. De son côté, Salim invite les spectateurs à participer, à sa manière : « Wallah les gens qui regardent, venez ici crari, vous allez découvrir des choses, la vérité ! » Au sommet, à 5 643 mètres, les gaziers sont épuisés et fiers. Ils ont le mal des montagnes, aussi. Namnata : « J'ai mal à la tête, on dirait y a des cornes de yak qui vont sortir ! » Ou quand le parler de banlieue se teinte de culture sherpa.

Le film se termine par un match contre les espoirs népalais à Katmandou, les lumières se rallument et Thiriez confie sa fierté : « Huit sur onze sont arrivés au sommet, dont les trois filles ! » Il enchaîne plus sérieusement sur le suivi individuel des jeunes pendant un an et sur leur implication suite au séisme qui a frappé la région quelques jours après leur départ. À la question sur ses projets foot, il rétorque qu' « il y a de quoi faire en ce moment, vous avez remarqué ! » Se rassoit, un instant, devant le film suivant, Semeuses de joie, avant de s'éclipser discrètement. Il ratera l'histoire de nonnes du Zanskar parties à la découverte de leur pays, l'Inde. Une autre histoire de découvertes et d'humour. Mais, pour M. Thiriez, les histoires comme les affaires n'ont pas le temps de traîner.



Par Eric Carpentier, à Dijon PS : Par-delà les hauteurs a été récompensé par le Grand Prix de la Toison d'or et par le Prix des jeunes de la ville de Dijon. Il sera diffusé le 9 novembre sur L'Équipe 21. Une occasion immanquable d'admirer Fred Thiriez en bonnet népalais.
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Dans cet article

Alors SF on tente de redorer le blason de ce gros enculé de thiriez?
Blatter m'a tuer Niveau : Ligue 2
« J'arrive, les mecs parlent de Messi, Messi... Je savais même pas qui était Messi ! Je suis passé pour un con ! Maintenant c'est bon, je suis incollable sur le foot. Enfin, incollable... »

J'ai lu l'article en diagonal, du coup je croyais que c'etait une declaration de moustache.
et aucuns fans de foot qui a profité de l'obscurité pour lui en coller une ?
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