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Le football russe proche d’un retour sur la scène internationale ?

Par Théo Juvenet
4 minutes

Déclaré ouvert à la discussion afin de réintégrer les sélections russes, le président de la FIFA Gianni Infantino a mis en lumière le lent retour de la Russie dans le paysage sportif mondial. En dépit de la guerre en Ukraine qui continue d’ôter des vies, les différentes instances du sport tombent peu à peu dans la résignation. À mille lieues des grands discours de février 2022.

Le football russe proche d’un retour sur la scène internationale ?

Il y a quelques jours, le think tank américain CSIS estimait les pertes de la guerre en Ukraine. Depuis 2022, entre 415 000 et 465 000 personnes ont perdu la vie, dont une majorité de Russes (à mettre en rapport avec le déséquilibre démographique entre les deux pays). Dans le contexte d’une guerre qui s’éternise, et alors que Kiev, Moscou et Washington vont se rasseoir à la table des négociations ce mercredi à Abou Dabi, Gianni Infantino a décidé que c’était le bon timing pour juger contre-productive l’exclusion de la sélection et des clubs russes des compétitions en vigueur depuis le début de l’invasion. « Cette interdiction n’a rien accompli, elle n’a fait qu’engendrer davantage de frustration et de haine », a jugé le président de la FIFA, plaidant pour une modification des statuts de l’instance mondiale du football, afin de dissocier les décisions sportives des actes de dirigeants politiques.

Le CIO comme moyen de légitimation

Une sortie vivement critiquée par le ministre ukrainien des Affaires étrangères, qualifiant Infantino de « dégénéré moral » en même temps que le Kremlin saluait ces déclarations. Tout en sachant que l’Ukraine est encore en course pour participer au Mondial américain, opposée à la Suède en barrage. Dissocier foot et politique pour paradoxalement assumer un rapprochement avec la Russie, dans la lignée de ce que fait son gardien de la paix avec Vladimir Poutine ? La question de cette levée de sanctions s’accorde surtout avec les décisions du CIO. De tradition, la FIFA a pour habitude de se plier aux décisions de la plus haute instance du sport mondial, qui jouait la carte de l’apaisement dès 2023 : « Aucun athlète ne devrait être interdit de compétition sur la seule base de son passeport », tranchait le comité en amont des JO de Paris. En décembre dernier, l’instance recommandait publiquement le retour des athlètes russes dans les compétitions juniors, avec hymne et drapeau. Décision encore plus drastique le mois d’avant de la part de la fédération internationale de judo, sport si cher à Poutine, qui décidait de réintégrer les judokas russes sous leur nationalité (bannière et hymne compris).

Progressivement, plusieurs athlètes russes ont fait leur retour dans les compétitions, sous bannière neutre, à la stricte condition qu’ils n’aient pas manifesté leur soutien à l’offensive russe. Pour les JO de Milan-Cortina, 13 athlètes russes ont été autorisés à participer dans 7 disciplines différentes (patinage, luge et différentes catégories de ski). Cette décision donne littéralement le go à Infantino pour calquer ce modèle de communication sur le football. D’autant qu’un retour de la Russie dans le football international et européen est un enjeu en matière de sponsoring. Dans ce scénario, la FIFA aurait tout le luxe de se tourner à nouveau vers le leader du gaz russe Gazprom, l’un de ses principaux partenaires commerciaux (très actif pendant l’organisation de la Coupe du monde 2018) contraint d’être lâché sous la pression internationale lors de l’invasion en 2022, qui donnait jusqu’à 40 millions d’euros par an à la confédération européenne (UEFA).

L’assainissement du foot russe en ligne de mire ?

En résumé, un retour de la Russie dans le giron de la FIFA et de l’UEFA ne peut être que bénéfique pour le business, alors que les discours de février 2022 étaient sans équivoque sur ce sujet. Dans ce lent processus, l’état du football russe devrait de plus en plus inciter à la levée des sanctions, en dépit de la guerre en Ukraine qui se poursuit. Renfermés sur eux-mêmes et privé du vivier de joueurs européens, les clubs se sont davantage tournés vers les pays émergents pour faire leur mercato, en recrutant des joueurs venant d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud. Les affaires pas très nettes du championnat russe, financé depuis cette année par la plateforme de paris en ligne Winline à hauteur de 110 millions d’euros par an, pourraient également convaincre Infantino d’entreprendre une possible régulation via la FIFA, ce qui ferait donc office de rapprochement.

Dans cette perspective, les contraintes imposées aux quelques joueurs d’origine européenne restés en Russie ont de quoi interroger. En décembre dernier, le Franco-Tunisien de l’Akhmat Grozny Nader Ghandri confiait devoir convertir son argent russe en cryptomonnaie pour pouvoir l’utiliser, les transactions bancaires Russie-Europe demandant trop de contraintes. Ce qui pose en outre la question de la condition de ces footballeurs pros qui s’exposent à des manœuvres financières louches, bien qu’ils aient la possibilité de rompre unilatéralement leur contrat. Dans tout ce bazar, la logique (et celle de son président) pousse la FIFA à tendre la main à la Russie, à moins qu’une flopée d’États (et notamment en Europe, via l’Union européenne) ne fasse pression commune pour faire barrage. En ce sens, la volonté d’Infantino de dissocier foot et politique n’a jamais semblé aussi stratégique.

Par Théo Juvenet

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