Danton Eeprom : « J'ai eu la coupe de Chris Waddle »

Exilé depuis plusieurs années en Angleterre, Danton Eeprom n'a pour autant pas cédé aux sirènes de la Premier League, ne jurant que par l'Olympique de Marseille. C'est qu'on a affaire là à un Marseillais pure souche. D'où une certaine fascination pour Bernard Tapie et Éric Di Meco.

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Il paraît que t'es fan de Marseille ?
Oui, depuis que je suis tout petit. Parce que j'ai grandi à Marseille. J'y ai même joué au foot, au Burel FC. Comme tous les enfants du coin, tu me diras. Et puis bon, l'OM était un club très connu à l'époque. Parfois, les joueurs de l'OM venaient nous signer des posters, des photos à la fin des entraînements. Je me rappelle de Domergue, Éric Di Meco, Karl-Heinz Förster. Même Alain Giresse était venu. On les a tous vus. D'ailleurs, j'avais retapissé tous les murs de ma chambre avec les posters de l'OM. L'enfance classique d'un gamin à Marseille, quoi.

On est plus sur de l'OM fin des années 80. La grosse période Tapie, t'as suivi aussi ?
Ah bah oui, complètement. Je me rappelle des deux finales de Coupe d'Europe : celle de 93, forcément, et celle de 91 à Bari. Le « traumatisme de Bari » ! Bizarrement, je me rappelle plus de la finale de 93. Comme quoi, la mémoire sélective... Tous mes mauvais souvenirs ont été effacés par la belle victoire contre le Milan AC. J'étais avec des amis devant un écran géant pour voir le match. L'ambiance était électrique. Beaucoup d'amis avaient fait le serment de se jeter dans le Vieux-Port si l'OM gagnait. Et ils l'ont fait. C'était vraiment bon enfant. Contrairement à certains qui ne savent pas se tenir quand il gagne le championnat, hein, le PSG ! (rires) La seule chose qui a morflé à l'époque, c'est la Méditerranée.

Ton joueur préféré de l'époque, c'était qui ?
Chris Waddle. Parce qu'il ne jouait pas comme tout le monde. Il était différent, il avait un dribble assez incroyable. Parfois, il s'emmêlait même les pinceaux. Il était maladroit et en même temps gracieux, c'était assez drôle. Il avait ce côté artiste du football : il tentait les choses, il essayait. En plus, c'est vraiment l'antithèse du mec d'ici : un Anglais au pays des Méridionaux. Et puis cette coupe, quoi... Une coupe de rock star ! Je peux te dire qu'on était six ou sept à l'avoir dans l'équipe à l'époque. Malheureusement, même moi je l'ai eue. Mais ma mère avait mis son veto : on avait fait une version un peu plus soft, un peu plus courte. Qui plus est, j'avais un peu le même physique que lui, grand et dégingandé, donc je me sentais proche de lui. J'avais le maillot floqué du 11, le logo Panasonic, la coupe et j'avais l'impression que ça me rendait meilleur. C'est comme les deux bandes sur ta voiture : ça te fait pas aller plus vite, mais toi, t'as l'impression que tu vas plus vite. (rires)

T'aimais beaucoup Di Meco, aussi, paraît-il ?
Oui, parce que c'était un pur produit de Marseille. C'était le gars du coin qui avait grandi dans l'équipe. On savait que c'était pas un immense joueur, mais il était très fidèle et très engagé. Un peu trop parfois, d'ailleurs. Quand il a arrêté sa carrière à Marseille, il est rentré à la mairie au service de la Jeunesse et des Sports et je l'ai rencontré, alors que j'avais un groupe de rock, Dust Art. Il nous a filé une subvention pour qu'on puisse avoir du matériel et qu'on puisse tourner. Lui jouait aussi de la musique dans un groupe de reprises, juste pour le plaisir. Donc en contrepartie, il nous a demandé de faire des répétitions avec lui certains après-midi dans son local. T'imagines bien comme j'étais heureux. La boucle était bouclée : je jouais avec l'un de mes joueurs de foot préférés. Mais tu sais, il faut comprendre que Marseille, c'est une vraie ville de foot. Ça influe sur la vie des gens, c'est incroyable. Même nous, en tant que DJ, si on fait une soirée un soir de match et que l'OM a perdu, ça nous pourrit la soirée. Il faut que l'OM gagne, ça conditionne beaucoup de choses ! (rires)

Donc t'as pas dû avoir de supers soirées pendant un petit bout de temps !
Oh, c'est pas très sympa ce que tu dis là ! Mais tu sais, les supporters marseillais ont la mémoire courte, donc si tu leur donnes une petite victoire par-ci par-là, ils sont contents. Ils sont très intenses, mais jamais rancuniers avec l'OM. C'est comme l'ère Tapie : malgré l'affaire OM-VA, tout le monde en garde un bon souvenir. C'est un gars qui a fait rêver à l'échelle de la ville. Si Bernard Tapie se présentait comme maire, même si tout le monde sait que c'est un filou et qu'il a fait des trucs pas très catholiques, il gagnerait haut la main quand même. C'est un tribun. T'imagines que c'est lui qui a eu l'idée de mettre la musique de Van Halen au Vélodrome ? (il se met à fredonner la chanson) Et à la fin du match, t'avais un feu d'artifice ! C'était la folie. Le business du football en était encore à son état embryonnaire qu'il en avait déjà la vision.

« C'est comme l'ère Tapie : malgré l'affaire OM-VA, tout le monde en garde un bon souvenir.  »
En parlant de spectacle, il y a des fans de foot dans le milieu de la musique techno ?
Dans ce milieu, aimer le foot, c'est comme aimer les bagnoles. C'est un passe-temps pas assez bien pour les autres, qui souffre d'un déficit d'image. J'ai un pote DJ, Rob Alves, qui est ultra-fan de foot, et ensemble, on se cache pour parler de foot ou même faire une partie de PES ou de FIFA. C'est un truc d'initiés, on se fait des private jokes, des références incompréhensibles des autres, des clins d'œil. Alors qu'en Allemagne, les DJ se cachent pas d'être fans de foot. Ce serait pas mal si les DJ et producteurs affichaient un peu plus leurs convictions footballisitiques. Ça redonnerait un peu plus de noblesse au fait d'aller aux matchs.

Bon sinon, qu'est-ce qui se passe à Marseille en ce moment ?
Attends, hier, j'ai fait un concert à Marseille dans un concept-store et en marchant dans la rue, j'ai vu une affiche « Pape Diouf se présente à la mairie » . Ah bon ? Apparemment, Ginola se présente aussi dans le coin. Il semblerait qu'on ait bientôt une équipe de foot en guise d'élus dans la région. Mais bon, ça ne m'étonne pas plus que ça : ça fait partie du folklore. Pape Diouf, je le trouvais bien sympathique, quand même. Très calme, très rationnel. Et ses résultats ont été plutôt bons. Ceci dit, je regrette un peu l'époque Tapie. Le club manque d'un leader charismatique. Pour faire de belles choses, il faut qu'elle soient inspirées par de grands leaders. Ces derniers temps, je trouve qu'on a tendance à vendre nos bons joueurs trop vite. Heureusement, on a toujours Valbuena. Il a ce côté petit milieu de terrain qui va ambiancer, il a la hargne. C'est un enfer pour l'équipe adverse. Ça me rappelle Ribéry quand il est passé à l'OM. Tu vois, Ribéry, ou même Drogba, ils ont été vendus trop vite.

À part Valbuena, à l'OM, c'est pas la fête, quand même...
Sportivement, je pense que la fragilité psychologique de l'équipe l'empêche d'avoir des résultats constants. Il y a aussi une grosse pression de la part des supporters quant aux résultats du club et puis, il y a beaucoup de tractations en coulisses, une administration dans l'ombre qui tirent les ficelles. Un peu à l'ancienne, quoi. Il y a des vieux sages qui règnent de main de maître sur l'OM depuis des années. Mais je veux pas trop rentrer dans cette discussion parce que je crains pour ma vie ! (rires)

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L'album If Looks Could Kill de Danton Eeprom est sorti chez InFiné le 3 février dernier

La page Facebook de Danton Eeprom


Propos recueillis par Matthieu Rostac
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je me revois encore lui filer un ecsta au Rex, il devait en avoir bien besoin pour oublier son quotidien footballistique s'il est supporter de marseille
Danton Eeprom, là je dis oui
PattyHalume Niveau : Loisir
Le titre de l'article me fait penser à une chanson de Disiz sur le U can't touch this de MC Hammer. Voilà, c'est tout.
2yemklubapanam Niveau : Ballon d'or
bon maintenant il a la coupe de cyril linette, à voir ce qui est mieux...
Émile Zoula Niveau : District
"La coupe de Chris Waddle en 92, jean Diesel, tee shirt, une petite bagouze"
Émile Zoula Niveau : District
"La coupe de Chris Waddle en 92, jean Diesel, tee shirt, une petite bagouze"
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