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L’ascension de Roland

Le football est un sport qui peut se regarder avec les oreilles, Roland Spöttling en est la preuve. Aveugle depuis ses quatre ans, ce Salzbourgeois de naissance est le speaker du Wiener Sport-Club, écurie historique de la capitale autrichienne qui végète aujourd’hui en D3. Loin de se considérer comme un symbole, Roland se contente de kiffer une vie qu’il passe dans le noir en la remplissant de couleurs, à travers le stade et la musique, son autre amour. Et ça fait près d’un demi-siècle que ça dure.

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« Rendez-vous à la sortie de la station Rochusgasse, je te verrai quand tu seras sur la place. » Oui, enfin, façon de parler. Notre interlocuteur du jour n'en voit pas la lumière. Et pour cause, Roland Spöttling est aveugle depuis ses quatre ans. Mais avant que ses mirettes ne s’éteignent totalement, le Bursche (gamin) a eu le temps d’emmagasiner quelques souvenirs. À commencer par la couleur verte, celle qui, à la fonte des neiges, domine les alpages des environs de son Salzbourg natal. « Le vert, c’est aussi la couleur du Rapid, c’est pour ça que c’est mon club préféré. Dans les années 1990, je les suivais partout en Europe. Et pour la finale de C2 à Bruxelles contre le PSG, la direction m’a carrément invité à faire le déplacement avec les joueurs » , sourit Roland, perché sur le tabouret de l’Imbiss où il a donné rendez-vous. Sa cannette de « Frühstücksbier » (littéralement une bière de petit-déj en VF) est verte elle aussi, « mais c’est un pur hasard, je prends ce que je le patron me sert » . Le soleil chauffe sur le Rochusmarkt, c’est jour de marché. La veille du rencard, la France et l’Autriche s’affrontaient au Ernst-Happel-Stadion. Dans son message vocal, Roland annonçait ceci : « Si la France gagne, tu feras la fête, si l’Autriche gagne, je ferai la fête, si c’est match nul, on fera tous les deux la fête. » Bilan : 1-1, un sacré camouflet pour les Bleus de Didier Deschamps, mais une formidable opportunité de s’ouvrir une grosse canette de Gösser à onze heures du matin. Prost !



Au milieu des échoppes de la place, impossible de le manquer. Et pas seulement parce qu’il dépasse fièrement le quintal sur la balance. Ici, « Roly » est une petite célébrité. On s’arrête, on le salue, on lui demande de ses nouvelles... Il faut dire que l’homme compte parmi les curiosités viennoises, et pas seulement depuis qu’un programme télé l’a classé parmi « les 10 000 Autrichiens les plus importants » . Ni depuis que la compagnie nationale des chemins de fer a consacré un petit reportage à sa passion de la photo de trains. D’ailleurs, comment prend-on des photos quand on est aveugle ? « C’est simple, tu shootes et tu croises les doigts pour que ça donne quelque chose ! »



Non, si Roland est connu comme le loup blanc dans le landerneau viennois, c’est parce qu’il officie depuis un quart de siècle en tant que speaker du Wiener Sport-Club, un club omnisport situé dans l’arrondissement de Hernals, à l’Ouest de la capitale, et qui compte parmi les plus anciennes associations sportives d’Autriche. « Il a été fondé en 1883, et son stade, le Wiener Sport-Club Platz, a été construit en 1904. De tous les stades d’Europe centrale, c’est celui dans lequel on joue au foot depuis le plus longtemps sans interruption, entame l’ambassadeur. Pour l’instant, il est encore en travaux. Bon, quand il sera terminé, l’équipe aura les mains libres pour rejouer la montée en D2, même si on n’en est pas passé loin cette saison. » S’il végète aujourd’hui en D3, le WSC compte tout de même parmi les clubs historiques d’Autriche. En témoignent ses trois titres de champion, tous gagnés avant les années 1960, ses deux quarts de finale de C1 (le dernier en 1960 également) ou encore sa victoire en Intertoto en 1981, cinq ans après la naissance de Roland. Qui était donc déjà à la fois aveugle et fan du Rapid, l’un des rivaux du WSC, avec l'Austria.

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Prendre les choses comme elles Vienne

La question tombe donc fatalement : comment un homme qui affirme que son club préféré joue en vert et blanc peut-il être au service d’une équipe rivale depuis 25 ans ? « Pour être exact, j'ai également été speaker du Rapid, mais de leur équipe B. En parallèle, j'étais au micro dans d'autres clubs amateurs viennois, entre autres celui de Helfort, et en 1998, à la trêve, le directeur sportif est parti au WSC. Et je ne sais pas pourquoi, mais il m'a dit : "Roly, tu viens avec moi !" Alors je l'ai suivi. » Mais au départ, le public noir et blanc, réputé pour son côté alternatif, ne voyait pas d'un très bon œil cet homme qui supporte l'arrogant Rekordmeister. « Mais progressivement, ils ont fini par m’accepter. Ils ont vu que je n'étais pas là pour faire le show, ça n'a d'ailleurs jamais été mon intention » , avoue humblement Roland, qui ne cesse de louer les valeurs portées par les fans de ce club qu'il considère comme sa « deuxième maison » : « On a un public extrêmement classe, les insultes chez nous, ça n’existe pas. En dehors des jours de match, les fans sont très engagés. Ils s’investissent dans des œuvres de charité par exemple, ou pour l’intégration des personnes en difficulté, que ce soit les réfugiés, les SDF ou encore les handicapés. J’en suis la preuve. Si ce n’était pas le cas, je n’aurais eu aucune chance de travailler ici en étant aveugle. »

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De fait, à Hernals, Roland est chez lui et il fait partie des meubles, au même titre que les trousseaux de clés qui sont agités lors des corners par le public de la Friedhofstribüne, le kop local. En un quart de siècle, il a même vu passer quelques adversaires prestigieux à l'occasion d'un amical estival organisé par son deuxième club de cœur. À son tableau de chasse, on retrouve notamment le Borussia Mönchengladbach, la Roma, Valence, le PSG ou encore le Celtic. Autant de parenthèses de gala avant de retrouver les habituels FC Mauerwerk, ASV Draßburg, ou encore USV Scheiblingkirchen-Warth. Sans oublier les copains du First Vienna, pour disputer l'autre derby de Vienne, le Dörby of Love.



Les jours de match, Roland a ses habitudes. D'abord, grasse mat'. Puis, une fois trois-quatre Frühstücksbiere avalées, son amie Christl, une chauffeuse de taxi qui travaille de nuit, vient le chercher sur le Rochusmarkt et l'emmène gratuitement jusqu'au stade où il arrive une à deux heures avant la rencontre. Dans la cabine qui servait jadis aux commentateurs de la télé, vestige des années dorées du Wiener SC, Roly retrouve son pote Gerd qui lui dicte les compositions d'équipes, que le speaker retranscrit en direct sur une vieille machine à écrire en braille avec le plus grand soin, afin d’annoncer le nom des 22 acteurs du jour avec précision, par respect pour eux. Puis, pendant la rencontre, Gerd devient les yeux de Roly. Lui s’occupe « de faire les blagues » . « Je ne me trompe jamais sur la minute à annoncer, c'est facile, j'ai une montre parlante ! Après, parfois, il est possible que je confonde le nom du buteur avec un autre, mais ça, ça arrive même aux speakers voyants ! » , sourit-il. Ces couacs éventuels sont vite masqués par ses vibrants « Tooooooooooooor ! » , inspirés des commentateurs sud-américains et qui peuvent durer jusqu'à une vingtaine de secondes. Bref, un vrai morceau de folklore viennois - accent à couper au couteau inclus -, même si l'intéressé se défend d'être « une mascotte » : « Je n'ai jamais cherché à l'être, je me contente de remplir ma mission. Chacun a son rôle à jouer ici, et je ne m'immisce pas dans les affaires du club, c'est très bien comme ça. »

Stevie, tu peux

Il n'empêche, Roly s'est construit une petite réputation qui ne date pas d'hier. Son handicap y est-il pour quelque chose ? Peut-être. En tout cas, il lui a permis de vivre des moments privilégiés qui rendent la vie un peu plus douce, surtout quand on est officiellement sans emploi et que l'on vit des aides de l'État, agrémentées des petits émoluments versés par le club. Ainsi, en 1998, il apparaît à l'écran dans le documentaire Frankreich, wir kommen, réalisé par Michael Glawogger et qui suit des supporters de l'équipe nationale autrichienne sur la route du Mondial 1998. « C’est comme ça que j'ai assisté au match Autriche-Italie au Stade de France qui était plein à craquer, cela reste un souvenir extraordinaire. » Car même sans voir le jeu, et avant même l'invention des commentaires audio réalisés en direct pour les supporters malvoyants, Roland vit la rencontre. Différemment, mais il la vit, grâce à ses autres sens qui compensent son absence de vision. « Je voyage beaucoup, que ce soit pour le plaisir ou pour le travail. Avec mon copain Wolfgang, j’ai visité toute l’Europe. Une autre fois, grâce à un investisseur du WSC, j’ai même été à Pékin ! Et en 1994, j’ai joué du piano au Kennedy Center de Washington après avoir été honoré d’un prix de l’association culturelle Very Special Arts. »

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Nous y voilà. Après la voix d’or, les doigts de fée. À côté du foot, la musique est l’autre grand amour de Roland. « Tout a commencé quand j’étais au jardin d’enfant. Une éducatrice disait que j’avais une très bonne oreille, et mes grands-parents ont dit que je pourrais apprendre la flûte à bec. Ensuite, je me suis mis au piano, puis à l’orgue, puis à l’accordéon. Quand j’étais au lycée, j’avais pris l’option musique, et pour l’épreuve du bac, j’ai interprété l’"Adagio en si mineur KV 540", de Mozart, qui est mon compositeur préféré. Comme lui, je suis parti de Salzbourg pour faire carrière à Vienne ! » , se marre l’artiste qui a finalement étudié la théologie à l’université, mais compte comme plus grand fait de gloire un duo avec un autre dieu, de la chanson cette fois-ci : Stevie Wonder, rien que ça.

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« J’avais seize ans et l’institut pour aveugles avait organisé un concert à la Wiener Stadthalle. Quelqu’un a demandé si on connaissait des chansons de Stevie Wonder et j’ai répondu que je maîtrisais "I Just Called to Say I Love You." » Roland n’est pas au bout de ses surprises. Pendant que le maestro joue sa partition, un membre du staff l’enjoint à monter sur scène d’un imposant « Come on boy! » Et voici comment l’ado s’est retrouvé à chanter en duo avec Stevie tout en se payant le luxe de pianoter sur son clavier. « Il a tellement chauffé le public que celui-ci a hurlé "Roland, Roland !" pendant trois minutes avant que je ne puisse descendre de scène ! »



Avant de se quitter, Roly tend son dernier opus, une compilation auto-éditée de reprises qui vont de Herbert Grönemeyer à Frank Sinatra, en passant par les classiques viennois. Pour se le procurer, il faut venir directement le voir. En attendant, on peut l’écouter au Wiener Sport-Club Platz, où son hymne « Sportclub, a Team mit Tradition » est joué avant chaque match. Ou bien retrouver le disque Unser Leb'n Is' Rapid, édité par le club en 1996, sur lequel il interprète le vibrant morceau « Jetzt Geht's Los » (aucun lien avec celui du Racing de Strasbourg). « Je me rappellerai toujours le 1er juin 1996, quand je l’ai chanté avant la dernière journée de championnat. Le Rapid devait gagner pour être champion, et ils ont finalement battu le Sturm Graz 2-0 » , rejoue, ému, celui qui fêtera ses 50 ans le jour de Noël.



L’heure d’un premier bilan ? « J’ai vraiment réfléchi à écrire un bouquin sur tout ce qu’il m’est arrivé. J’ai vraiment eu la chance de vivre énormément de choses grâce aux gens qui m’ont entouré et je leur en suis profondément reconnaissant. Je vis de petits succès qui me donnent du courage et de la joie pour continuer d’aller de l’avant, même si ma vie n’est pas plus simple ou plus compliquée que celle d’un autre. On a tous des chagrins d’amour, on perd tous des proches, on tombe tous malade... Moi, j’ai souffert d’une insuffisance rénale l’année dernière. Je devais en avoir pour quinze jours de traitement, je suis sorti au bout de six. Le médecin m’a dit que j’étais un monstre de motivation. » Parmi ses futurs projets, Roland, qui a gardé de son éducation grand-maternelle une certaine foi en Dieu, aimerait retourner en France pour visiter Lourdes où, dit-on, la Vierge est capable de réaliser pas mal de miracles. Si celui de revoir un jour le Wiener Sport-Club en Europe se réalise, Roland aura peut-être suivi les traces de son idole Andy Marek, resté pendant 27 ans au micro du Rapid. Une chose est sûre : au moment d'annoncer la composition des équipes, le public n'aura d'yeux que pour lui.

Par Julien Duez, à Vienne Photos : JD et archives personnelles de Roland Spöttling.
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