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Mathieu Duhamel : « Ma femme a attendu 14 ans pour avoir la bague au doigt »

À 36 balais, Mathieu Duhamel, ancien chouchou du public caennais, continue de planter des buts, à Beauvais (N2). Après avoir inscrit un triplé la semaine passée en Coupe de France et avant de potentiellement décrocher ce vendredi soir contre Boulogne-sur-Mer un ticket pour les 8es de finale, le Normand aux 152 buts en pro se raconte aussi côté mariage. Parce que finalement, que ce soit sur le terrain ou dans la vie privée, aller au bout des choses a toujours été l’unique objectif.

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À 36 ans, tu viens de claquer ton premier triplé en compétition, il y a une semaine en Coupe de France à Aire-sur-la-Lys (1-4). C'est pas trop tôt...
Ça fait chier. (Rires.) En réalité, ça me fait plaisir, j’avais déjà mis un triplé face à Lens lorsque j’étais à Caen, sur un tournoi d’avant-saison. Mais là, après plusieurs semaines sans match et sans entraînement, j’avoue que ça a encore plus de saveur. En plus, ça a permis à l’équipe de passer un tour de coupe supplémentaire.

Raconte-nous un peu ces trois buts...
Le premier, c’est un but un peu à la Inzaghi, en mode renard des surfaces. Le deuxième, je suis au milieu de terrain, je fais une remise à l’un de mes collègues qui me la remet ensuite en profondeur. Je prends le défenseur central de vitesse et ensuite ça va dans le petit filet d’un extérieur du pied gauche. Pour le dernier, je suis à l’affût sur une frappe repoussée. J’ai forcément gardé le ballon, il est chez moi, au chaud, pas très loin de mon trophée de meilleur joueur de Ligue 2. C’est un vrai souvenir.


Alaeddine Yahia disait de toi que tu n’étais pas un attaquant, mais un buteur. Où est la nuance ?
Maintenant, c’est un peu moins le cas parce que le collectif prime plus à Beauvais. Quand j’étais pro, je ne voulais que marquer des buts, peu importe la manière, je ne vivais que pour ça. Si on gagnait 4-0 et que je n’avais pas marqué, au fond de moi j’étais triste, même si j’avais fait un bon match. C’était une obsession.

« Quand j’étais pro, si on gagnait 4-0 et que je n’avais pas marqué, au fond de moi j’étais triste, même si j’avais fait un bon match. C’était une obsession. »

Pour rembobiner un peu le fil de ces derniers mois, comment tu te retrouves à Beauvais ?
Ça fait deux ans et demi désormais que j’ai arrêté ma carrière pro. La saison dernière, j’étais à Grand-Quevilly en N3 et j’entraînais l’équipe première de Barentin (en D1 de district Seine-Maritime). L’un de mes collègues qui évoluait à Rouen m’a demandé de lui trouver un club. J’ai appelé l’entraîneur de Beauvais, mais il n’était pas plus intéressé que ça. Peu après, en vue de la saison suivante, un agent a contacté Beauvais pour savoir quels profils le club recherchait et il leur a soufflé mon nom en disant que j’avais toujours la pêche. Cet agent m’a appelé en me proposant Beauvais. Honnêtement je ne savais pas trop, surtout qu’il y a 1h45 de route depuis chez moi. J’ai finalement accepté de rencontrer le président qui a une entreprise à Rouen. Le feeling est passé tout de suite. J’ai ensuite discuté avec l’entraîneur et l’aventure était lancée. Je suis venu à Beauvais pour vivre une belle aventure humaine et sportive, et ces moments en Coupe, ça fait partie de ce que je voulais. Je continue de prendre du plaisir. Aucun regret vraiment. Si je fais 1h45 de route pour aller m’entraîner, c’est que j’aime bien là où je suis.

Ce n’est pas tout le monde qui accepterait de se farcir ça pour jouer en N2...
Surtout vu mon âge et la carrière que j’ai eue. J’ai d’ailleurs d’anciens collègues qui m’ont dit qu’ils ne le feraient pas. Mais j’aime le foot, je n’en ai rien à faire de ça et je continue à empiler de beaux souvenirs sur un terrain. Je ne sais pas combien de temps je continuerai encore, ça se fera saison après saison.

C'était l'Évian-Thonon-Gaillard...


Es-tu bien content d’avoir quitté le monde pro ?
Franchement, ça a été très compliqué. Déjà, ça ne s’est pas fait parce que je n’étais plus bon ou que je n’avais plus de club, mais pour des raisons familiales. Pendant environ un an et demi, ça a été dur au quotidien, que ce soit physiquement ou mentalement. J’avais encore des propositions de club (notamment Ajaccio et Amiens, NDLR), mais je ne pouvais pas. Le football me manquait. Aujourd’hui, heureusement je le vis mieux. Et Beauvais m’a permis aussi de continuer à avancer avec un club bien géré et structuré qui, je l’espère, retrouvera le monde pro un jour.

« J’ai parlé avec d’anciens pros plus vieux que moi. Dès que leur carrière s'arrête, beaucoup partent en dépression, d’autres se séparent de leur femme, c’est une période très particulière... »

Tu as eu l’impression que tout s’arrêtait du jour au lendemain...
J’en ai parlé avec d’anciens pros plus vieux que moi. Dès que leur carrière s'arrête, beaucoup partent en dépression, d’autres se séparent de leur femme, c’est une période très particulière. J’appréhendais quand je jouais encore, mais c’était plus compliqué que ce que je pensais.

Et tu as d’une certaine manière retrouvé goût à la vie dans un projet de wedding planner chez toi, en Normandie...
C’est ma femme qui est wedding planner. Nous avons un domaine de réception à côté de Rouen pour faire notamment des mariages. On organise des événements clés en main. Moi, je m’occupe plus de la partie entretien, mais aussi des rendez-vous clients que l’on mène avec ma femme. Après, je vais l’aider pour la déco, l’administratif, je suis un peu son bras droit.

Le jour où il a fait la connaissance de Papy Djilobodji.


C’est un domaine que tu connaissais ou pas plus que ça ?
Pas du tout. Pendant ma carrière, je me suis renseigné un peu sur ce que je pouvais faire après. Il y avait quelques projets, quelques pistes, mais ça n’a pas abouti pour diverses raisons. Je pensais notamment à une franchise de restaurant, ce qu’on voit souvent avec des anciens joueurs. Mais il faut une très bonne équipe pour se lancer dans ça et être dispo 365 jours par an. Au bout d’un moment, j’ai lâché. J’ai aussi pensé à des stations de lavage automobile. Nous avons cherché un emplacement durant pas mal de temps, mais ce n’était pas facile non plus. Et un jour, j’ai rencontré quelqu’un qui gérait un gîte et organisait des réceptions. J’ai trouvé ça plutôt pas mal et je me suis dit que ça pouvait correspondre à ma famille et moi, pour que ce soit un projet ensemble. Pendant que je jouais encore, je regardais les annonces de lieux de réception, mais c’était galère de trouver un domaine.

« Ce qui est magnifique dans le métier de wedding planner, c’est de voir le bonheur de gens. C’est communicatif. Je me dis toujours que le positif attire le positif. Lorsque l’on côtoie des gens heureux, ça ne peut que bien aller. »

Pourtant, tu as fini par en dégoter un.
C’est vraiment le hasard. Ma sœur se mariait dans le domaine en question que j’ai fini par acheter. Le propriétaire, qui avait 70 ans, expliquait qu’il ne prenait plus de réservations car il vendait. Un an plus tard, on avait acheté et puis on a fait pas mal de travaux et de communication pour se faire connaître. Malheureusement, avec la Covid-19, ce n’est pas simple, mais on continue d’entretenir les lieux, c’est quand même sur 7000m2. Avec le temps, j’arrive à m’adapter, je suis assez débrouillard et j’ai développé mon côté bricoleur. (Rires.)

Le mariage reste une valeur importante pour toi ?
Ce qui est magnifique dans ce métier, c’est de voir le bonheur de gens. C’est communicatif. Je me dis toujours que le positif attire le positif. Lorsque l’on côtoie des gens heureux, ça ne peut que bien aller. Chaque client est important pour nous. On développe toujours une relation particulière jusqu’au jour de leur mariage. T’imagines, on les accompagne tout au long de la préparation, pendant une voire deux années. Le projet est développé avec eux. On leur propose ce qui leur ressemble le plus, mais ce sont eux les derniers décideurs. Ça reste leur mariage.

Et niveau stress les jours de réception, ça se passe comment ?
Ça fait partie du travail. On essaye de gérer au mieux et dans 95% des cas, ça se passe très bien. Et puis j’ai du caractère, j’arrive à gérer les 5% restants. (Rires.) Les gens sont plutôt respectueux, même s’il y a de la casse. Ça fait partie du jeu, des accidents peuvent arriver dans un mariage. Enfin, pour l’instant, je n’ai pas eu de gros pépin.

Le monde du mariage, quand on est footballeur, ce n’est pas vraiment une priorité...
Pas du tout, c’est sûr. Pour moi, ça ne l’était pas non plus. Je suis marié depuis trois ans et demi seulement. C’est bien pour ma famille que nous ayons tous le même nom désormais, mais à l'origine, je n’y pensais pas vraiment. Je peux te dire que je l’ai fait patienter, ma femme ! Elle a attendu 14 ans pour avoir la bague au doigt. Il fallait qu’elle me montre ses qualités sur le terrain avant de l’épouser. (Rires.) Pour ce qui est de mon propre mariage, c’était une superbe journée. Avec la naissance de mes deux enfants, ça a été le plus beau jour de ma vie. C’était au-delà de nos espérances. J’ai bien pu profiter de la journée. Souvent, les gens sont tellement stressés qu’ils n’arrivent pas à profiter. J’ai eu de la chance, ma femme avait tout préparé pendant un an. Du coup, c’était plus tranquille le jour J.

Tu évoquais ton caractère justement, particulièrement trempé. Il t’aide dans ta seconde vie ?
J’ai beaucoup changé, je suis bien plus tranquille, moins impulsif qu’à l’époque où j’étais joueur. J’arrive à prendre plus de recul et je me suis adouci avec le temps. C’est sûrement le temps qui a fait son œuvre et l’éloignement du monde pro où on a une pression constante. La pandémie y a aussi contribué, je pense. On était tous à l’arrêt. En tant qu’attaquant, je me mettais la pression de marquer à chaque match. J’étais toujours à 200% et forcément quand on a du caractère, on ne réagit pas toujours de la bonne manière.

« Il y a des personnes qui me revoient maintenant, elles me disent : "Ah tu es sympa en fait, parce que sur le terrain..." Bah oui mec, mais sur le terrain, j’étais quelqu’un d’autre : un gladiateur dans une arène. »

Tu regrettes certaines choses ?
Franchement non, rien du tout. Aujourd’hui, de là où j’ai commencé, je peux être fier de mon parcours. Ça n’a jamais été simple, personne ne m’a aidé non plus, je me suis fait un peu seul. On peut toujours avoir plus ou faire mieux, mais j’aime ce que j’ai accompli.

Qu’est-ce que les gens retiendront de Mathieu Duhamel ? Tu as quand même pas mal bougé durant ta carrière...
J’étais un joueur qui ne lâchait rien sur le terrain. Il y a toujours des gens qui diront que j’avais mauvais caractère, que ça m’a sûrement joué des tours et que ça a conduit à mes nombreux changements de club, mais c’est rigolo parce que lorsque ces mêmes personnes me revoient maintenant, elles me disent : « Ah tu es sympa en fait, parce que sur le terrain... » Bah oui mec, mais sur le terrain, j’étais quelqu’un d’autre : un gladiateur dans une arène. Quand tu es compétiteur, le terrain c’est le terrain, je voulais gagner.

Et à Beauvais, tu es toujours ce gladiateur ?
Je me donne toujours à 2000%, dans les duels j’ai toujours envie de rentrer dans l’adversaire, de lui faire mal. Mais il y a une chose qui a changé. Quand j’ai signé à Beauvais, j’avais toujours ma mentalité de professionnel. On m’a rapidement dit que je devais me mettre dans une mentalité un peu plus d’amateur, que je devais moins être fixé sur le but. Ce n’est pas mon choix, mais je m’y suis fait. Je donne tout ce que je peux sur le terrain, et s’il y a un penalty, ça ne me pose pas de problème de ne pas le tirer. Il y 10 ans, c’était impossible que je dise ça. Les joueurs de mon équipe savaient très bien qu’il fallait me filer le ballon. Maintenant, c’est un Mathieu Duhamel qui prend plus de recul et est plus apaisé. Je profite, ce sont les dernières années, aujourd’hui je n’ai plus rien à prouver, ma carrière est derrière moi.

On a peu de nouvelles du Lavallois Aaron Appindangoye depuis qu'il a croisé la route du Havrais Mathieu Duhamel.


Ce côté casse-couilles que l’on te prêtait, c’est donc une étiquette ?
Quand tu as une étiquette, ce n’est pas simple de l’enlever. Mais je n’en veux à personne, maintenant je suis tranquille dans ma tête. Le plus important, c’est que je sois avec ma femme et mes enfants et que nous soyons heureux.

« Ce n’est pas que j’ai négligé ma famille, mais quand tu es pro, tu pars tout le temps et tu vois peu tes proches. Là, je suis heureux de partager de vrais moments avec eux. »

C’est devenu la priorité absolue ?
Ce n’est pas que j’ai négligé ma famille, mais quand tu es pro, tu pars tout le temps et tu vois peu tes proches. J’étais content de le faire, mais maintenant je dois passer du temps avec eux. Là, je suis heureux de partager de vrais moments avec eux.

Mis à part ça, tu as un 16e de finale de Coupe de France ce vendredi face à Boulogne...
Sachant que les championnats amateurs ne devraient pas reprendre, forcément, la Coupe, ça ne peut être que notre seul objectif, et j’adorerais retrouver une Ligue 1.

En mars 2012, les Messins de Duhamel (dans les bras de Bijotat) battaient... Boulogne 1 à 0, but d'Andy Delort. Sur la photo se trouvent, entre autres, Kalidou Koulibaly (dans les bras de M'Fa), Pierre Bouby (à droite) et Sadio Mané (bras en l'air).
Propos recueillis par Florent Caffery