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Lettre ouverte à Jean-Michel Aulas

Poète et ténor français né à Lyon, amoureux de la langue française, Ismaël Billy a eu envie d'écrire une lettre à Jean-Michel Aulas. Nous la publions ici.

« Cher Jean-Michel Aulas,

Cela fait 20 ans maintenant que j'observe chaque jour vos multiples combats, votre opiniâtreté sisyphéenne, vos incandescences ardentes...

Ces dernières semaines, vous avez ferraillé, encaissé les coups, démontré la persévérance d'un moine-soldat dans la bataille ; et pourtant, de ce tableau grec homérique, de cette geste épique qui devrait être portée, soutenue, reconnue par vos collègues présidents de clubs comme le serait le bras tendu du sauveteur qui vient tirer de la mer le promeneur égaré dans la tempête, et bien vous n'avez reçu que le souffle amer, l'insulte et la pâle suspicion...

Il y a là pourtant de quoi être surpris pour l'écrivain que je suis, prompt à reconnaître celui qui, porté au cœur du feu, tient à se battre jusqu'à maintenir de ses bras fatigués les murs chancelants de la maison commune...

Pourquoi diable vous cracher au visage et crier au loup ? Pourquoi ne pas reconnaître la décence de votre combat actuel, à savoir la préservation indispensable de l'équité sportive et le pouvoir irréfragable à chacun de pouvoir prétendre à rester maître de ses droits, de son droit dernier à l'auto-détermination, puisque nous en sommes là, à devoir convoquer des concepts puissants, dès lors que manifestement, et dans l'ombre, certains tentent par manœuvres occultes, par fraude, de servir leurs intérêts personnels, cela au détriment évident de l'intérêt commun.

Et pourtant, et pourtant il y a bien des choses à dire en votre défense... Votre force de travail reconnue, que ce soit au service de l'Olympique lyonnais ou de la Ligue de football professionnel pendant bien des années, et plus récemment au sein de la FFF. Votre maîtrise des dossiers, votre connaissance organique des équilibres humains et votre volonté minérale de toujours porter le monde sur vos épaules, pour soulager vos joueurs, vos collaborateurs, d'un enjeu qui peut parfois atrophier le désir...

Alors il m'est venu une image... Celle des 100 jours. De l'île d'Elbe et de Golfe-Juan. De cet homme qui, envoyé aux geôles par une troupe de soldats, en ressort libéré par ces mêmes hommes convaincus par une flamme dont l'éclat est inextinguible. Il y a une dimension napoléonienne dans cette fronde, dans cette coalition d'intérêts parfois contradictoires, mais tous unis dans cette volonté de vous mettre à terre, médias, collègues présidents de clubs professionnels, dirigeants de la Ligue... Il y a l'aigreur puissante de ces gens qui ne se savent pas à la hauteur. Il y a dans l’œil ébloui de douleur des parvenus et des rois sans royaumes, des imposteurs magnifiques et des escrocs hâbleurs quelque chose qui ne sait vous regarder sans souffrir votre réussite.

Il y a un jour où ça n'est pas l'usure du pouvoir qui vous jette à terre, mais le souffle court des chiens qui aboient dans la nuit, des torches enflammées et des imprécations à couper des têtes... Napoléon a quitté l'île d'Elbe et, alors qu'il rencontrait une troupe de soldats venus l'arrêter, leur a tenu un discours qui les fit se retirer de la route et se placer derrière lui.


Parfois, il est un homme qui porte trop vivement la flamme d'un changement, d'une vision, et cet homme qui devrait être encensé comme devraient l'être tous les bâtisseurs, cet homme réduit la vision des autres à tout ce qu'ils ont échoué, tout ce qu'ils ne sont pas parvenus à construire, à tout ce qu'ils ne sont pas.

Et dans ce jour livide, vous pouvez tempêter et tenir haut la torche, il y aura toute la somme imbécile de ces demi-bêtes folles d'une rage carminée pour vous la reprendre et la jeter à terre. Parce que l'éclat de la flamme prométhéenne met à découvert les ombres dans les recoins...

Pour mettre Napoléon dans le silence et l'obscurité, il fallut à la coalition dirigée contre lui l'envoyer à plus de 7 000 km de Paris, à Sainte-Hélène.

Parfois, il est une voix que les masses noires tentent d'éteindre à tout prix. Et lorsque c'est ainsi, il faut rejeter la nuit et lever plus haut encore la torche ardente pour démontrer les ombres... Ces ombres qui toujours disparaissent lorsque la lumière se fait trop vive. »

Par Ismaël Billy
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