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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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Le nouveau visage de Malherbe

Le nouveau visage de Malherbe
04/10/2019

Match box #10 : Caen - Châteauroux

Score : 1-1
Buts : P. Oniangué (1er de la saison) pour Caen et R. Grange (1er) pour la Berri
Possession : 61 / 39

Malherbe a joué au football.

Bon. Bah c'était mieux. Indéniablement, il a suffi de quelques minutes seulement pour constater que cette équipe caennaise n'avait plus grand-chose à voir avec celle qui s'est inclinée la semaine dernière sur la pelouse de Grenoble. Pressing sur le porteur de balle, quatre ou cinq mecs qui convergent vers la surface adverse lors de chaque remontée de balle, et surtout, du mouvement, putain, enfin, du mouvement, des mecs qui courent, des mecs qui proposent des solutions, des mecs qui prennent l'espace, raaaah, du mouvement, bordel de fiente, ça fait du bien ! Bon alors c'était pas la panacée non plus, hein : techniquement, on a vu du déchet, des gros paquets de déchet, même, et beaucoup de choix assez discutables dans la moitié de terrain adverse pour se frayer un chemin jusqu'à la surface castelroussine. C'était pas fameux, mais on a vu du foot. Et ça peut paraître tout con, mais ça fait du bien. Un bien fou. Parce que ça faisait une éternité...

Oui, on en est là : on a apprécié un match nul contre le 18e de Ligue 2. On a apprécié un match nul contre une formation dont le cadre dans l'entrejeu se nomme Alex Raineau. Putain, ça fout un coup, quand on y réfléchit. Mais c'est pas le pire : à la mi-temps, il n'y aurait rien eu à redire si la Berrichonne avait mené au score, tant les hommes de Nicolas Usaï ont joué habilement en transition, obtenu des fautes dans des zones dangereuses et trouvé des espaces sur les ailes pour porter le danger devant les buts caennais. Alors que le SMC, à la pause... bah il avait pas vraiment mis le feu sur les cages de Pillot. Et puis Châteauroux a un peu levé le pied physiquement après la pause, et Malherbe a eu le bon goût de scorer sur sa première véritable occase, un coup de casque du mec qu'on a cherché à vendre jusqu'à la dernière seconde du mercato. Manque de pot, c'est quand la Berrichonne semblait être perdue qu'elle est parvenue à revenir au score, sur une merveille de petit mouvement conclu par Romain Grange. Caen a bien tenté d'enflammer la fin de match, mais tout cela manquait très clairement d'imagination, de justesse technique et d'un second souffle. 1-1, donc, et c'est finalement assez logique. (J'ai pas les xG du match, mais on est à 17 tirs contre 13, et 5 cadrés de chaque côté.)

Stade Malherbe Dupraz.

Bref, Pascal Dupraz a pris la place de Rui Almeida sur le banc, et ça s'est vu. Difficile de dire s'il est le grand artisan de cette énergie retrouvée, ou si les mecs ont juste mis les bouchées doubles pour gagner leur place dans le onze comme c'est souvent le cas quand un nouveau coach débarque en cours de saison, ou s'il s'agit simplement du fameux "électrochoc" dont on nous rabâche les oreilles chaque fois qu'un coach se fait gicler quelque part, mais indéniablement, on a vu des mecs qui courent. On a vu une équipe qui avait du cœur. Le cœur, au foot, c'est vachement moins utile que les pieds, mais ça vaut toujours mieux que le "rien" qu'on contemplait depuis des semaines. Rui Almeida avait à moitié pété les plombs et s'entêtait avec une animation incompréhensible et incohérente au possible, et sans doute suffisait-il de remettre les mecs à peu près à leur poste et de leur demander de courir un minimum pour faire mieux... Mais la tentation est grande, pourtant, de voir en ce Stade Malherbe qui s'est époumoné, qui a mis de l'engagement, qui s'est bagarré, même (avec une demi-douzaine de tacles un peu limites à la clé), le visage de son nouvel entraîneur.

Parce qu'il va falloir s'y faire : maintenant, le nouveau visage du Stade Malherbe, c'est Pascal Dupraz. Chaque fois que les caméras se tourneront vers Malherbe cette saison, c'est Pascal Dupraz qu'elles placeront au centre de l'objectif. Chaque fois que les micros se tendront vers Malherbe cette saison, c'est bien Pascal Dupraz qu'ils guetteront, avec l'espoir de le voir sortir une de ces saillies qui font le bonheur des mêmes qui trouvaient Rolland Courbis maître dans l'exercice de la conférence de presse. Le Stade Malherbe, c'est Pascal Dupraz.

Pascal Brutal.

Mais alors c'est qui, Pascal Dupraz ? Un type qui se défend, le jour de sa première conférence de presse, d'être seulement considéré comme un braillard ou "the specialist des causes perdues", qui évoque explicitement l'objectif de la montée, qui déplore "qu'on masque [ses] qualités d'entraîneur", qu'on oublie qu'il est avant tout "un très bon technicien"... et qui, le même jour, beugle des "Si tu marques je me sègue" à l'entraînement, et au cours de la même conférence de presse, préfère ne pas parler une seule seconde de ballon, de son projet de jeu, et se laisse aller à des saillies telles que :

"Pour moi, le verre à moitié rempli, il est pas à moitié vide. Puisqu'il est à moitié plein, il me permet de me désaltérer. L'objectif c'est de me désaltérer... Donc je vais me désaltérer, y compris avec un verre qui est à moitié plein. Et dès qu'il est vidé, je le remplis à nouveau. On va mettre de l'eau, là." (Victor Hugo en PLS devant une telle analogie.) "On va mettre de l'eau, et de l'amour. Voilà. De l'amour... De l'affection... De l'intérêt... De la patience... Du travail, bien sûr. Aller à des choses simples. Parce que, parmi les missions qui sont les nôtres, on en oublie une, c'est donner de la joie. De la joie aux supporters. L'objectif c'est que les supporters aient passé un bon moment. Voilà. Je suis pas un adepte de la possession basse, à 80 mètres du but adverse. C'est pas trop ma manière de faire."

Pascal Dupraz est un paradoxe. Un type capable de dire tout et son contraire avec la même gouaille. Un fervent catholique qui parle d'amour tout le temps, et qui mitraille à la douzaine ses anciens collaborateurs à Toulouse ou à Évian (notamment son ancien président Patrick Trotignon qu'il a qualifié de "mécréant"). Extraits choisis :

"Casoni, c'est un très bon entraîneur. Mais pour moi être entraîneur de foot c'est un sacerdoce, tu mets ta vie de famille entre parenthèses. Lui il rentrait pour aller la voir. Attends! Au bout d'un moment je pouvais pas toujours le couvrir." (SO FOOT, n°115, avril 2014)

À propos de Dominique Arribagé : "C’est la seule personne au club qui ne m’a pas dit au revoir, ni même passé un coup de fil. Dans ma vie, il y a trois choses que je n’ai jamais vues : Dieu, le diable et le portefeuille de Dominique Arribagé. Il aurait pu m’inviter à déjeuner, après tout j’étais le coach et lui directeur sportif : ça n’est jamais arrivé. Depuis que je suis parti du TFC, j’ai été opéré deux fois. Tout le monde le sait sauf lui…" (La Dépêche du Midi, mai 2018)

"Imbula, il fallait le voir à l'entraînement. On disposait deux plots distants de dix mètres, il en faisait cinq en courant. [...] Entre les problèmes de ponctualité et d'irrespect, cette année, je n'ai presque jamais fait mon métier d'entraîneur." (La Dépêche du Midi, mai 2018)

Oui, parce que, quand il échoue, c'est jamais sa faute. Si nombre d'observateurs du foot retiennent de son passage à Toulouse son opération commando jusqu'à un maintien inespéré grâce à la "patte gauche de Bodiger", on oublie volontiers qu'il a été viré huit mois plus tard, alors que le TFC est 19e de Ligue 1, avec 5 victoires en 22 matchs. La faute de certains membres de son effectif, apparemment... De la même façon, si beaucoup d'observateurs se souviennent qu'il a accompagné Évian jusqu'en Ligue 1, on oublie plus volontiers qu'il n'était pas entraîneur lorsque le club a terminé champion de National puis de Ligue 2, mais directeur sportif, et qu'il a repris le poste lorsque Pablo Correa a sauté (un poste qu'il avait déjà occupé avec un certain succès par le passé, en CFA et CFA 2). En première division, il est resté deux ans et demi à la tête des joueurs déguisés en bouteilles de flotte, jusqu'à ce que l'ETG soit relégué en 2015, provoquant ainsi son licenciement.

Si le nom de Pascal Dupraz restera indubitablement lié à la période de succès de feu l'Évian Thonon-Gaillard, et c'est sans doute en partie tout à fait mérité, inutile de préciser que le Philippe Etchebest du foot ne s'est pas fait que des amis au fil des années. À l'image d'Hervé Bugnet, qui dévoile une autre facette du personnage - la sulfateuse, attention tous à couvert :

"J’ai encore du mal à prononcer son nom, parce que j’ai la haine. [...] Au début, tout s’est plutôt bien passé. Fin août 2008, après un match amical que je dispute avec l’UNFP, c’est Pascal Dupraz qui m’appelle et me dit qu’il cherche un ancien avec de la bouteille qui veut se relancer. [...] Lorsque Bernard Casoni et Pablo Correa étaient en poste et [que Dupraz] était directeur sportif, il me disait sans cesse : « Tu ne crois pas qu’il pourrait te prendre au moins dans le groupe et te donner dix minutes ou un quart d’heure de temps en temps pour récompenser les efforts ? » Voilà le discours qu’il me tenait. Et quand il remplace Pablo Correa au poste d’entraîneur, je peux vous dire que j’ai la banane. Et en fait, dès qu’il a repris les rênes en Ligue 1, je ne reconnaissais plus ce monsieur. Un tout autre visage, surtout avec moi. Et il ne m’a jamais pris dans le groupe, sans aucune raison. Si encore j’avais baisé sa femme, j’aurais compris. J’aurais dû le faire, au moins il aurait eu une bonne excuse. Surtout qu’avec la réserve, je sortais des grosses prestations. [...]

En janvier 2013, on recevait Brest. Saber Khalifa et Yannick Sagbo étaient à la CAN, Kévin Bérigaud était blessé. J’étais le seul attaquant disponible. [...] On est 21, sous la neige, et à la fin de l’entraînement, il dit que l'entraîneur-adjoint, Stéphane Bernard, va nous donner les quatre noms qui ne sont pas sur la liste pour le match. Quatre noms ? C’est bizarre puisqu'on est 18 dans un groupe. Et 21-4, ça fait pas 18. Évidemment, le quatrième nom qui est cité, c’est le mien. Là, le ciel m’est tombé sur la tête. Quand tout le monde part, il me dit : « Hervé, viens me voir ! Ce n’est pas normal que je ne te prenne pas dans le groupe. Je ne te prends pas parce que tu as trop de joie de vivre. » Ça veut dire quoi ? C’est interdit de rigoler à l’entraînement ? C’est un sport, c’est du football, on n'est pas traders. Tu crois que Zidane, il n'a jamais rigolé dans un groupe ? « Si t’es pas content, va te plaindre à la presse » , qu’il me dit. À plus de 31 ans, je suis rentré chez moi et je me suis mis à pleurer comme un enfant de deux ans et demi. C’était le point de non-retour. Une semaine après, je me pète de nouveau les croisés sur un duel avec Adrien Thomasson. C’est forcément lié.
" (SOFOOT.com, décembre 2018)

(Au passage, espérons que Jessy Pi, que Pascal Dupraz avait poussé au départ de Toulouse parce qu'il ne comptait pas sur lui, soit moins rancunier...)

Qu'on s'entende bien : rien n'interdit d'y croire. Et tout laisse même à penser que, compte tenu de la valeur intrinsèque de l'effectif malherbiste, et de la vigueur que Dupraz ne manquera pas de lui insuffler, les résultats seront forcément plus positifs que ceux des dix premières journées. Comme me l'a justement signifié un supporter récemment sur Twitter, il n'y a pas besoin d'être Guardiola pour mener le Stade Malherbe Caen jusque dans le premier quart du championnat de Ligue 2. Pascal Dupraz n'a d'ailleurs pas un style de jeu parfaitement reconnaissable. Il n'est pas particulièrement adepte d'un schéma en particulier (rien qu'à Toulouse, il a pratiqué le 4-2-3-1, le 4-3-3, le 4-1-4-1 ou le 4-4-2), ni d'un style de passes spécifique. Ses équipes, pourtant, sont à son image, et ont au moins le mérite de généralement briller dans l'engagement et les duels. Il est comme ça, Pascal : il fonctionne par antagonismes. Il a besoin d'ennemis. Il a besoin de gens qui ne croyaient pas en lui ou en son équipe, comme il le répétait très régulièrement à Toulouse à propos de son maintien inespéré. Il a "besoin de cibles" comme le disait l'un de ses anciens collaborateurs à SO FOOT en 2014.



Une fois qu'on a dit tout ça, qu'est-ce qu'on a dit de Pascal Dupraz ? Sûrement pas grand-chose, en fin de compte. Le personnage est insaisissable, et ne laisse personne indifférent. Et ça tombe bien, parce que c'est exactement ce qu'il veut : qu'on le regarde, qu'on l'aime ou qu'on le déteste. Tout le monde semble au moins s'accorder sur un point : sur le court terme, ça fera forcément du bien, mais à long terme, la gérance Pascal Dupraz demeure un gigantesque point d'interrogation. Au-delà de son échec lors de sa deuxième saison toulousaine, lorsqu'il a fallu reconstruire plutôt que de rafistoler, il y a ces discours abscons, ces contre-feux incessants, et cette façon de vouloir distribuer constamment de l'amour à ses joueurs. Difficile de croire qu'il suffira de tourner à l'affectif pour redresser la barre du SMC : Pascal Dupraz devra prouver qu'il est bien l'excellent tacticien qu'il dit être.

Sauf qu'il dit beaucoup de choses, Pascal Dupraz...


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