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Top 50 : l'Algérie 1982, une génération pour les guider toutes
Elle se classe deuxième parmi les plus grandes sélections africaines de l’histoire : l’Algérie 1982 n’est pas sortie de poules à la Coupe du monde, mais elle a laissé une empreinte immense. Victimes du match de la honte, les Fennecs menés par Ali Fargani et consorts ont cassé des barrières, posé un héritage et ont imposé leur génération comme un modèle.
Avant d’enquiquiner l’Allemagne de Rummenigge, l’Algérie, ou encore Numidie à cette époque, avait déjà une spécialité : faire tourner les empires en bourrique. Les Romains appelaient ça « Jugurtha ». Un roi berbère qui refusait l’affrontement frontal, préférant l’usure, l’évitement, l’intelligence tactique à la domination brute de Rome. Deux mille ans plus tard, sur une pelouse espagnole, la recette n’a pas tant changé. Elle s’appelle Lakhdar Belloumi, Rabah Madjer, Ali Fergani. Même combat, autre terrain.
En 1982, l’Algérie ne débarque pas à la Coupe du monde comme une curiosité exotique. Elle arrive avec un passé lourd, une indépendance encore fragile, vingt ans à peine, et une génération de joueurs née sous la colonisation française. Certains ont grandi au pays, d’autres en France, dans les cités et les bassins miniers, là où l’identité se construit souvent à coups de silences et de doubles appartenances. Tous jouent pour un État jeune, mais porteur d’une histoire ancienne, parfois douloureuse, toujours traversée par la question de l’unité.
Le Raï, le jeu et la culture algérienne
Cette équipe-là ne se pense pourtant pas comme une future référence. Elle avance sans se regarder jouer. Nordine Korichi, défenseur central titulaire au Mondial espagnol et ancien pilier des Girondins, le répète encore aujourd’hui avec une forme de lucidité : « On ne se rendait pas compte de ce qu’on valait à l’échelle mondiale. On n’avait jamais joué une Coupe du monde. On voulait juste être dignes. » Pourtant, les signaux étaient là. Avant même l’Espagne, l’Algérie se présente avec un socle solide. Au printemps 1982, les Verts enchaînent les matchs de préparation sans défaite : un nul face au Pérou à Alger (1-1, but de Madjer), une victoire contre l’Irlande (2-1), puis surtout un succès de prestige contre le Real Madrid (2-1), le 1er mai, dans un stade du 5 Juillet embrasé. Korichi s’en souvient très bien : « On s’est pointés à la Coupe du monde invaincus. Ça compte. Ça te donne l’envie de faire quelque chose de bien. » Cette confiance reste diffuse. L’Algérie ne parle pas de “génération”, encore moins de “destin”. Elle parle de jeu. De ballon. De ce qu’elle sait faire.« Le football algérien, c’est génétique, explique Korichi. Le football de la rue. Être à l’aise avec le ballon, savoir quoi en faire. »
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Cette « génétique » n’a rien de mystique. Elle raconte une adaptation. Comme les Brésiliens noirs ont dû inventer la ginga, mélange de capoeira et de danse, pour éviter des coups rarement sifflés, les footballeurs algériens ont développé leur propre réponse : « Une technique de survie, fondée sur l’évitement, la feinte, la vitesse gestuelle. » Garder le ballon, c’est éviter le duel. Jouer vite, c’est refuser la domination physique. Une culture forgée sur des terrains poussiéreux, bien avant d’être théorisée sur un tableau noir. Cette génération 82 est le produit d’un temps long. Contrairement à ce que l’on a parfois raconté, elle n’est pas née d’un miracle. Le championnat algérien des années 1970 est dense, compétitif, structuré autour de clubs formateurs puissants : le NA Hussein Dey, la JS Kabylie, le Mouloudia, ou encore le MCO. Le sport scolaire existe encore. Le service militaire, vécu collectivement, crée des automatismes autant physiques que mentaux. Les joueurs passent leur vie ensemble.
Face à une équipe aussi puissante, il fallait pratiquer un jeu d’évitement. Le ballon devait courir, pas nous.
« On était tout le temps en stage, raconte Korichi. Entre les clubs et la sélection, on ne se quittait jamais. » Sur le plan tactique, l’Algérie 82 n’est pas une improvisation. Le projet est clair. Un 4-3-3 offensif, ambitieux, parfois jugé suicidaire sur le papier. Pas de bloc bas, pas de calcul. L’idée est limpide : éviter les duels, faire courir le ballon, jouer en une touche. « Face à une équipe aussi puissante, il fallait pratiquer un jeu d’évitement. Le ballon devait courir, pas nous. » Dans ce brouhaha de talent et de vista, la fédé algérienne décide de virer le Yougoslave Zdravko Rajkov, qui avait imposé une rigueur que les jeunes Fennecs n’avaient pas encore développé ; ils mettront sur le banc Mahieddine Khalef, pour avoir une DA complètement DZ et mettre en avant une culture toute “jdid” (neuve).
En parlant de culture, les années 1980 sont l’âge d’or du Raï, non pas le brésilien du Parc mais bien le style musical fils du diwan (chant traditionnel algérien) et du rock. La même année que l’épopée espagnole le groupe Raina Raï sort un des tubes qui fera partie à jamais du folklore algérien, Ya zina diri latay, et ajoutera sa pierre à l’édifice culturel algérien, dont l’année 82 sera plus que charnière. Mais c’est une autre chanson qui va faire naître la longue histoire d’amour entre le peuple et l’équipe nationale : Mabrouk Aalina. L’œuvre de Rabah Driassa était devenue l’hymne de l’indépendance algérienne, avant de devenir le chant classique des supporters. Plus de 40 années plus tard, les paroles de Driassa sont passées de Gijón au Maracaña en passant par le Stade Mustapha Tchaker. La culture pop algérienne et son football naissent alors en tant que jumeaux, symbole d’un effectif en forme de zellige (mosaïque traditionnelle algérienne), mais qui forme un collectif uni à l’image des différentes wilayas aux cultures uniques.
Au cœur de ce collectif, un homme joue un rôle central, souvent sous-estimé : Ali Fergani. Capitaine naturel, calme, respecté. À une époque où les joueurs formés en Algérie et ceux venus de France ne vivent pas la sélection de la même manière, où les clivages existent, Fergani fait le lien. Korichi est clair : « Au-delà des Madjer, Belloumi, Dahleb et autres, c’est Ali Fergani qui a fait de nous une équipe. » Cette fonction dépasse le football. Elle rappelle une autre histoire algérienne, celle d’un pays qui a toujours dû apprendre à se parler pour survivre. Pendant la guerre de libération, le colonel Amirouche demandait aux combattants kabyles de s’adapter linguistiquement à leurs compatriotes arabophones pour préserver l’unité. Fergani, lui, applique cette logique au vestiaire d’El Khadra. À la veille du match contre la RFA, l’Algérie ne se pense pas encore comme un symbole. Elle ne se voit pas en train d’écrire l’histoire. « On ne s’est jamais dit qu’on allait battre l’Allemagne, résume l’ancien pote de Tigana. On s’est dit qu’on n’allait pas être ridicules. » C’est précisément cette innocence-là qui va devenir une arme.
Une bombe à Gijón
Le 16 juin 1982, à Gijón, l’Algérie entre sur la pelouse comme on entre dans une soirée d’anniversaire où l’on ne connaît même pas le principal concerné, inconnue de tous, gênée par les gosses populaires. La Verte n’est pas écrasée par le décor, mais consciente qu’elle n’en maîtrise pas encore tous les codes. En face, l’Allemagne de l’Ouest arrive sûre d’elle, championne d’Europe en titre, vice-championne du monde, machine réglée pour aller loin, bronzée avant l’heure et déjà projetée vers la suite. Les jours précédents, les Allemands ont plus parlé que travaillé. Plage, détente, déclarations condescendantes. Paul Breitner lâche cette phrase qui traversera le temps : « Nous dédierons notre septième but à nos femmes et le huitième à nos chiens. » Tout est dit. Pour eux, ce match n’est qu’une formalité, une entrée en matière à négocier sans transpirer.
Nous dédierons notre septième but à nos femmes et le huitième à nos chiens.
Dans le vestiaire algérien, l’ambiance est tout autre. Pas de grandes tirades, pas de promesses démesurées. Juste une ligne directrice, répétée jusqu’à devenir presque banale : jouer. Jouer vite. Jouer ensemble. Et surtout, ne pas se renier. Nordine Korichi s’en souvient très bien : « J’avais dit à Mahieddine qu’il fallait jouer à une touche, éviter les duels. L’Allemagne, c’était un bulldozer. Si on gardait trop le ballon, on se faisait manger. » L’idée n’est pas de défier la puissance allemande sur son terrain, mais de l’obliger à sortir du sien.
Ce soir-là, l’Algérie ne pose pas de bus. Elle pose un piège culturel. Un football d’évitement, de vitesse gestuelle, de circulation rapide, presque insolent face à une équipe construite sur l’impact, la répétition et le rapport de force. À la surprise générale, les Verts ne reculent pas. Ils tiennent le ballon quand il le faut, ressortent proprement, osent jouer court là où beaucoup auraient dégagé loin. Le 4-3-3 est assumé, avec cinq joueurs à vocation offensive, et même un latéral droit, Merzekane, qui se projette comme un ailier. « On a battu l’Allemagne à trois défenseurs », sourit encore Korichi aujourd’hui, comme si cette phrase résumait à elle seule l’audace de cette équipe.

La première période est étrange, presque déroutante. L’Allemagne pousse, mais ne comprend pas. Elle cherche le duel, l’impact, les centres appuyés. L’Algérie absorbe, temporise, ressort. Elle ne domine pas, mais elle ne subit pas non plus. Et surtout, elle n’a pas peur. « On était habitués à jouer de grandes équipes, avec Bordeaux j’avais connu l’Europe donc ils ne nous faisaient pas peur, rappelle Korichi. En clubs comme en sélection. Le respect, oui. La peur, non. » À la pause, le score est vierge, et déjà, quelque chose cloche pour les Allemands. Ce match n’est pas celui qu’ils avaient imaginé.
Puis vient la 54e minute. Récupération basse, transition immédiate. Djamel Zidane touche le ballon, Belloumi l’oriente, Madjer surgit. En quelques secondes, le jeu traverse le terrain. Madjer conclut face à Schumacher. 1-0. À ce moment précis, l’Algérie ne fait pas encore basculer l’histoire, mais elle la fait vaciller. L’Allemagne, piquée dans son orgueil, réagit vite. À la 67e minute, Rummenigge égalise en force. Le scénario classique semble reprendre ses droits. « À 1-1, on s’est dit que la machine allemande pouvait se mettre en route », reconnaîtra plus tard Madjer.
Ce jour-là, on a compris qu’on pouvait rivaliser avec n’importe qui.
C’est pourtant à cet instant que naît véritablement le style algérien aux yeux du monde. Pas dans le premier but, mais dans ce qui suit. Ali Fergani ramasse le ballon au centre du terrain, sans précipitation. Pas de panique. Pas de recul. « Il ne fallait surtout pas subir, explique Korichi. Reculer, ça aurait été la vraie erreur. » Ce qui se passe ensuite tient du manifeste. Une séquence collective, neuf passes à une ou deux touches, sans que l’Allemagne ne touche le ballon. Dahleb fixe, attire, temporise. Assad déborde, centre tendu. Belloumi surgit et marque. 2-1. Le commentateur algérien de l’époque, Mohamed Salah (décidément), entre en pleine extase sur le but du génie oranais, sûrement sans savoir qu’il faisait partie intégrante de cette (re)naissance algérienne, lui qui avait intégré les rangs de la RTA (radio et télévision algérienne) un an après la libération de 62, vestige des derniers matos laissés par le régime français.
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Ce but n’est pas seulement décisif. Il est pédagogique. Il dit tout de cette équipe. Elle ne gagne pas par hasard, ni par miracle. Elle gagne par identité. Dans le camp allemand, c’est l’incompréhension. Dans le camp algérien, pas d’euphorie déplacée. Il reste du temps. Il faut tenir. Derrière, Korichi, Guendouz et Mansouri s’arrachent. Cerbah multiplie les arrêts. Dahleb, attaquant de formation, tacle, couvre, souffre. « Il a fait des efforts surhumains », dira Fergani. L’Algérie plie, mais ne rompt pas.
Au coup de sifflet final, l’Allemagne est KO. Pas humiliée, mais battue dans ce qu’elle croyait être son domaine réservé. Le lendemain, la presse espagnole titre : « Une bombe a explosé à Gijón. » Pour la première fois en Coupe du monde, une sélection africaine bat une équipe européenne. Mais surtout, elle le fait sans renoncer à son jeu. Sans bétonner. Sans tricher. « Ce jour-là, on a compris qu’on pouvait rivaliser avec n’importe qui […] Même si, sur le moment, on ne mesurait pas encore ce que ça représentait. »
Cette victoire ne fabrique pas seulement un exploit. Elle crée des figures. Belloumi devient un symbole. Madjer un nom qui circule enfin hors d’Algérie. Fergani un capitaine respecté bien au-delà du vestiaire. Surtout, elle grave une idée dans le marbre : l’Algérie peut imposer son football. Elle n’a pas besoin de copier, ni de s’adapter à la peur de l’autre. Elle peut forcer l’adversaire à s’adapter à elle. Rien n’est encore gagné. L’innocence est toujours là. Elle coûtera cher contre l’Autriche. Mais à Gijón, ce soir de juin 1982, l’Algérie cesse d’être une inconnue. Elle devient une référence en construction. Une équipe que l’on respecte. Une équipe que l’on étudie. Une équipe qui vient, sans le savoir encore, de changer son statut. L’Algérie ne le sait pas encore, mais elle vient de franchir un seuil. Celui qui sépare les équipes qui participent de celles qui marquent. Désormais, le monde du football ne pourra plus faire semblant de ne pas l’avoir vue.
La victoire morale et le mode d’emploi
Le problème avec les générations fondatrices, c’est qu’elles comprennent toujours trop tard ce qu’elles viennent de créer. Après l’Allemagne, l’Algérie croit avoir appris. En réalité, elle vient seulement d’ouvrir la porte. Comme souvent, ce sont les murs d’après qui font le plus mal. Contre l’Autriche, quelques jours plus tard, l’Algérie tombe dans un piège bien moins spectaculaire que celui de Gijón, mais beaucoup plus sournois. Même onze, même foi dans le jeu, même certitude qu’il suffit d’être soi-même. En face, les Autrichiens ont fait leurs devoirs. Ils ont regardé la CAN, disséqué le match contre la RFA, compris que cette Algérie-là n’est pas une anomalie folklorique, mais une équipe bien structurée, dangereuse, capable d’imposer son tempo. Alors ils attendent. Ils ferment. Ils contrent. L’Algérie domine, mais ne tue pas. Elle perd 2-0.
« Ils nous attendaient et ils ont lâché des contres », regrette encore Korichi, des années plus tard. Pas par arrogance, mais par incompréhension. Cette équipe-là n’a pas encore intégré une donnée essentielle du très haut niveau : on ne va pas loin dans une Coupe du monde uniquement avec des principes. Il faut aussi savoir gérer, adapter, parfois déroger. « On ne change pas une équipe qui gagne », répète le staff. Logique simple. Logique de débutants. L’innocence commence à coûter cher.

Il reste pourtant une chance. Le Chili. Dernier match. Dernier calcul. L’Algérie attaque, attaque encore. À la mi-temps, il y a 3-0. Tout semble enfin s’aligner. Et pourtant, personne ne parle vraiment de scénarios, de différence de buts, de classement. « À la pause, on ne nous a rien dit du goal-average, raconte Korichi. On ne parlait pas de gestion. On voulait marquer encore. » Le Chili revient. 3-2. Victoire, mais fragile. Suffisante sur le terrain. Insuffisante dans les coulisses. Le lendemain, l’Allemagne et l’Autriche entrent sur la pelouse en sachant exactement ce qu’elles doivent faire. Un but rapide, puis plus rien. Passes en retrait, rythme cassé, non-match assumé. Le football devient soudain un jeu administratif. Dans les tribunes, les sifflets pleuvent, les mouchoirs blancs s’agitent. Les supporters algériens brûlent des billets. Le fameux « match de la honte » vient d’entrer dans l’histoire.
S’ils avaient joué en même temps que nous, à 3-0 pour l’Algérie, les Allemands auraient paniqué.
« S’ils avaient joué en même temps que nous, à 3-0 pour l’Algérie, les Allemands auraient paniqué », dira Ali Fergani. Peut-être. Mais l’histoire ne se rejoue pas, elle laisse des cicatrices. Pour la première fois, la FIFA modifie son règlement : désormais, les derniers matchs de poule se joueront à la même heure. Une décision administrative, presque invisible pour le grand public, mais fondamentale. « C’est une victoire symbolique, mais réelle », insiste Fergani. L’Algérie n’a pas seulement subi une injustice. Elle a forcé le système à se corriger.
Surtout, Algérie 82 accouche d’une lignée. Belloumi devient un repère, un génie longtemps retenu au pays. Madjer partira, plus tard, inscrire son nom dans l’histoire européenne avec Porto, jusqu’à faire entrer une talonnade en finale de Coupe d’Europe dans le dictionnaire du football. Assad, Fergani, Korichi resteront comme des passeurs de mémoire. Plus encore que des noms, Algérie 82 laisse une idée. Une matrice invisible. Le football algérien cesse d’être un discours nostalgique ou un fantasme technique. Il existe. Il a été vu, subi, respecté. « Ce jour-là, on a compris qu’on pouvait imposer notre football », résume Korichi.
Cette génération n’est pas fondatrice parce qu’elle a tout réussi, mais parce qu’elle a tout lancé. Algérie 82, c’est le point zéro du football algérien moderne, le moment où une sélection arrête de se demander si elle a le droit d’être là. Avant, l’Algérie jouait bien, parfois très bien, mais elle restait dans l’attente. Après 1982, cette attente disparaît. Il n’y a plus besoin d’autorisation. Cette équipe fixe des principes qui vont traverser les décennies. Jouer sans complexe, d’abord. Ne jamais adapter son identité au prestige de l’adversaire. Préférer le ballon au combat frontal. Accepter le risque technique, même quand le contexte pousse à fermer le jeu. En 1982, l’Algérie apprend une chose essentielle : on peut perdre sans se renier, et parfois, ça vaut plus qu’une qualification arrachée au calcul.
Ce n’est pas un hasard si Nordine Korichi, devenu adjoint de Vahid Halilhodžić lors du Mondial 2014, voit dans cette équipe-là une héritière directe de celle de 1982. « En 2014, on a retrouvé cette idée-là, expliquait-il. Le refus du complexe, le courage de jouer contre plus fort que soi, et surtout la certitude qu’on n’était pas là par erreur. » Face à l’Allemagne, encore elle, l’Algérie de 2014 ne vient pas pour limiter la casse. Elle joue, elle insiste, elle pousse le futur champion du monde jusqu’au bout de la prolongation. Trente-deux ans plus tard, le scénario change, pas l’attitude.
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Entre ces deux dates, le fil ne s’est jamais vraiment rompu. Celle de 2019, plus pragmatique mais tout aussi sûre d’elle, active à son tour cette mémoire collective. Quand Djamel Belmadi fait tomber le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Nigeria, ce n’est pas seulement une réussite tactique. C’est l’expression d’une conviction ancienne : l’Algérie n’a pas à s’excuser d’être là. C’est pour ça qu’au pays, on le surnomme le « ministre du Bonheur ». Il n’invente pas une culture, il la réactive. Algérie 82 n’a pas seulement produit des joueurs ou des exploits. Elle a posé une base. Une façon de jouer, mais surtout une façon d’aborder les grands rendez-vous. Une équipe capable de représenter un pays jeune politiquement, mais sûr de son identité sur le terrain. En 1982, l’Algérie n’a pas gagné une Coupe du monde. Elle a gagné un mode d’emploi. Depuis, chaque génération algérienne sait où le trouver.
L’Algérie pépère contre la Guinée équatorialePar Mohamed Helti
Propos recueillis par Mohamed Helti et Chérif Ghemmour.




























