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Tactique : Upamecano, défenseur total

Par Mathieu Plasse
12' 12 minutes
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Tactique : Upamecano, défenseur total

Parfois conspué pour ses prestations en dents de scie, Dayot Upamecano n’en finit plus d’enchaîner les matchs de très grande classe. Si son Bayern prend un grand nombre de buts lors des grandes affiches de Ligue des champions, lui maintient le cap et se permet même d’avoir une influence dépassant sa propre surface. Portrait tactique, allant d’Évreux jusqu’à la Bavière.

« Quand un (Upa)mecano croise la route d’un cyborg, il finit en pièces détachées. » Telle était l’appréciation de So Foot lors du quart de finale de Ligue des champions contre Manchester City, il y a trois ans de cela. Dans une double confrontation remportée par la bande d’Erling, le pauvre Dayot se fera remarquer par de grosses erreurs de relance et des déconnexions mentales, provoquant le break de Bernardo Silva. À cette époque, le constat était clair : Upamecano avait beau être un défenseur respecté pour faire le jeu et casser des lignes, difficile de le considérer comme un top joueur mondial à cause de ces failles mentales. Ses défauts ne seront pas gommés la saison suivante, la faute à une saison blanche aux côtés de Thomas Tuchel.

Sous Vincent Kompany, l’ancien défenseur central devient la personne toute désignée pour le perfectionner. Comme une évidence. « Pour moi, ça a toujours été un leader et il le fait encore plus sur le terrain avec ses coéquipiers. Il est stable défensivement. Mais c’est peut-être avec la balle qu’il a le plus évolué avec moi ces 18 derniers mois. Il joue vers l’avant, il sait jouer entre les lignes », rappelait le Belge en conférence de presse. Rare désaccord dans leur relation fusionnelle, le numéro 2 expliquant dans L’Équipe avoir obtenu ces qualités aux côtés de Ralf Rangnick et surtout progressé dans son placement et l’orientation de son corps. Finalement, le taulier d’Évreux n’aurait-il pas passé un cap dans tous les domaines ?

La tête et les jambes

Pourtant, son mentor ne fait pas grand-chose pour mettre sa dernière ligne dans de bonnes conditions. Avec son pressing haut d’une intensité étouffante (dans lequel Paris s’est déjà cassé les dents en début de saison), le plan de jeu bavarois a cette fâcheuse tendance à exposer sa charnière centrale, les rares fois où l’équipe adverse trouve la faille. Contre le Real Madrid de Mbappé et Vinícius, et surtout contre un PSG rempli de chevaux de course, ces deux matchs s’avèrent des cadeaux empoisonnés. Malgré ces 2-contre-2 perpétuels contre la Maison-Blanche, la vitesse exceptionnelle d’Upamecano et sa manière de gérer les duels permettent de se sortir de situations délicates.

(1/3) Si Upamecano et Tah sont bien alignés sur cette séquence, difficile de ne pas subir sur ce 2v2 lancé par les Merengues

(2/3) Dans cette situation, Upamecano use d’une arme lui ayant permis de gagner son duel contre le Brésilien lors de la double confrontation. Enfermer le plus possible Vinícius vers l’extérieur pour limiter le danger sur ses projections vers l’avant. Pourtant premier sur le ballon, le numéro 7 se trouvera trop proche de son vis-à-vis pour conclure son occasion. 

(3/3) Esseulé et mis sous pression, Vinícius se voit forcé de tenter un coup de génie du pied gauche, son mauvais pied. Sa qualité fait qu’un tir de ce genre puisse s’écraser sur la barre, mais le fait est qu’Upamecano parvient à renverser une séquence désavantageuse pour lui et son équipe.


(1/3) Même situation ici, lorsque Vinícius sera lancé en profondeur par son « meilleur ami » Mbappé…

(2/3) … mais la mobilité d’Upamecano suffit largement pour pouvoir rattraper son adversaire en quelques mètres. En difficulté, Vinícius se voit forcé de pousser le ballon afin de garder un léger avantage.

(3/3) En bout de course et avec un Upamecano prêt à se jeter sur lui, l’ailier doit encore tirer sur son mauvais pied. Cette fois, pas de tour de magie puisque le ballon terminera dans les tribunes. Le Bavarois, qui aura eu pour dessein de fermer tout angle de but à Vinícius (si dangereux lorsqu’il faut armer un tir) durant la double confrontation, objectif rempli puisque ce dernier ne plantera pas en 180 minutes.


Souvent mis sous pression, les Bavarois arrivent à ne jamais couler grâce aux retours supersoniques de leurdéfenseur central. Sa mobilité mais aussi sa science du jeu lui permettent de couper les courses de ses opposants, ainsi que d’éviter au maximum les contacts et d’éventuelles fautes comme dernier défenseur. Pourtant, d’après Romaric Bultel, son éducateur du temps où il jouait à Évreux, ça n’a pas toujours été une règle d’or : « Il a toujours été véloce, rapide, fort dans le duel. Mais auparavant, il avait quand même tendance à plutôt jouer constamment par la puissance. Quand il était en U15, on n’avait pas hésité à l’aligner comme attaquant afin qu’il voie comment peut se comporter un attaquant, qu’il joue par sa vitesse ou qu’il puisse résister aux gros coups de physique. » Dans ce contexte, la bête d’un mètre 86 devait répondre à un défi, celui de prendre en maturité et en réflexion dans la manière de gérer chacun de ses duels. Après tout, Dayotchanculle approche doucement de la trentaine, ses jambes ne seront pas éternelles.

De la réflexion, il en aura davantage lors des demi-finales contre le Paris Saint-Germain. En plus d’une qualité de projection exploitant le système défensif munichois en créant régulièrement le surnombre, les déplacements incessants (notamment ceux de Doué) vont contraindre le Franzosen à ne pas pouvoir défendre en avançant. Un atout de moins dans la manche, étant donné sa supériorité physique. Si cette rencontre d’anthologie aura été bien plus à l’avantage des offensifs, il n’empêche que l’on aura eu droit à de sacrées interventions défensives.

(1/4) Forcément, difficile de ne pas revenir sur cette séquence faisant l’étalage des capacités physiques d’Upamecano. Lancé par Vitinha, Ousmane Dembélé semble bien parti pour inscrire le troisième but parisien…

(2/4) De par sa simple vélocité, Upamecano réussit à revenir à hauteur de son compagnon ébroïcien, lui fermant toute possibilité de course, mais permet aussi à Stanišić de boucler son retour offensif. Cependant, Dembélé va d’abord feinter Dayot vers la gauche quand ce dernier se trouve orienté à trois quarts vers son propre but.

(3/4) Avec ses appuis et son jeu de corps, Upamecano se remet dans un angle aussi bon pour cadrer Dembélé et conserver une certaine mobilité pour intervenir, mais le Ballon d’or se voit contraint de feinter vers la droite sous la pression du 2-contre-1.

(4/4) Arrivé dans la surface, Dembélé n’aura toujours pas réussi à se défaire de son vis-à-vis. Upamecano peut même tendre la jambe pour contrer la frappe en bout de course et allonger son bras pour appuyer une domination physique. En moins de deux secondes, le défenseur central a tout de même changé deux fois d’orientation du corps tout en courant vingt mètres vers son propre but sans laisser le moindre espace à son adversaire.


Ce duel 100% Normandie aura été l’un des grands moments de cette demi-finale de haut niveau, de quoi faire rêver tous les locaux. « Je n’ai pas pu voir le match tel que je le souhaitais, car je préparais mon BEPF, mais voir deux gamins que tu as entraînés au plus haut niveau, ça a toujours un peu cette fibre magique », en sourit Romaric Bultel. Celui qui fera par la suite ses classes au Stade rennais aura l’occasion de se venger grâce à une finition très « mbappesque », dans un énième un-contre-un où le Parisien profitera de l’écart entre les jambes d’Upamecano (58e).

Même s’il ne pouvait pas défendre toujours comme il le souhaitait, le numéro 2 a tout de même pu prendre ses aises en intervenant sur tout le côté droit du terrain. Plus qu’un axe droit, c’est une volonté de s’excentrer par moments pour venir en aide d’un Stanišić en difficulté. Ce qui est devenu une coutume selon Théo Cousteix, analyste auprès de joueurs professionnels, estimant que « même s’il reste un joueur plutôt fixe à son poste, le plan de jeu de Kompany lui offre cette liberté de pouvoir se positionner en tant que latéral pour certaines interventions, ce qu’il peut se permettre avec son excellente lecture de jeu ».

(1/2) Ici, on s’attend à ce que Kvaratskhelia parte dans une de ses innombrables chevauchées et que Stanišić doive cravacher derrière…

(2/2) Pourtant, Upamecano fait l’effort de venir pour créer un 2-contre-1 très à l’avantage du Bayern. Le tout en faisant des pas de côté et en lui laissant un espace près de la ligne de touche, plutôt que de lui laisser l’opportunité de rentrer intérieur. Kvaratskhelia aura beau essayer de pousser la balle, ce sera un ballon récupéré facilement par le Français puis adressé à Jonathan Tah, loin de toute pression.


Le temps d’avoir plus de responsabilités

Biberonné à l’école Red Bull dès l’âge de 16 ans, Upamecano s’est d’abord fait remarquer pour sa qualité de relance, avec les préceptes du savant fou Ralf Rangnick pour s’intégrer dans un moule devenu un prérequis dans le football de très haut niveau. « Initialement, c’est quelqu’un qui a toujours été fort avec ses pieds, se remémore Romaric Bultel. C’est rare de combiner cette puissance, cette vélocité et cette qualité avec ballon. Mais avec sa force, il était souvent tenté d’envoyer un pétard devant pour le jeu long, ce qui n’était pas productif. Comme on voulait le faire bosser, on l’incitait à travailler sur son pied faible, jouer latéral et dans les intervalles, des passes claquées… » Toute une panoplie qui porte ses fruits quinze ans plus tard.

Avec sa force, il était souvent tenté d’envoyer un pétard devant pour le jeu long, ce qui n’était pas productif.

Romaric Bultel, son formateur à Évreux

Les moments de régulation sont légion au sein du Bayern de Kompany, avec son poulain prenant les commandes de la relance, seul maître à bord depuis le départ de Matthijs de Ligt. Cette sérénité croissante au fil des saisons se traduit par toujours plus de responsabilités au sein du collectif allemand, servant de taulier aux côtés de Jonathan Tah, aussi transformé depuis son arrivée en Bavière. « Ce qui pique le plus, c’est sa précision, estime Théo Cousteix. Il arrive à avoir une réflexion sur quel pied choisir pour réaliser une passe longue ou une passe entre les lignes pour mettre ses coéquipiers dans les meilleures conditions. S’il la met à son autre central du pied proche de son but, c’est signe qu’il faut jouer dos au jeu ou en une touche. S’il la met de l’autre, son coéquipier peut se retourner. » Son dynamisme déconcertant a permis de mettre en place des séquences de « passe-et-va », où le Français trouve un appui avant d’effectuer une course pour recevoir le ballon dix mètres plus loin. De quoi encore précipiter sa mutation vers un profil capable de tout sur un terrain.

(1/3) Ayant observé un décrochage de Lennart Karl, Upamecano lui adresse la balle avant de lancer sa course…

(2/3) Pendant que son coéquipier est toujours lancé, Lennart Karl lui remet avec une déviation dont il a le secret…

(3/3) Ayant fait la différence sur le pressing berlinois, Dayot a désormais un immense espace pour continuer sa lancée et lancer une transition offensive.


Red Bull joue sur les ailes

Là où la version d’Upamecano détonne comparé aux saisons précédentes, c’est que Vincent Kompany cherche à utiliser les capacités de son défenseur à son plein potentiel. Ayant sous la main un joueur solide, explosif et adroit dans ses conduites de balle, pourquoi ne pas ajouter un joueur supplémentaire pour attaquer la surface ? Ainsi, il n’est plus si rare de le voir aller d’une surface vers une autre afin de proposer une solution, ou casser une ligne par la course.

(1/2) À l’origine dernier défenseur, Upamecano passe son corps devant Vinícius et profite d’un espace libre aux 25 mètres.

(2/2) Sa qualité de passe faisant le reste, Dayot tape une passe claquée finissant dans les pieds de Kane, inscrivant dans la foulée le but du 2-2.


(1/2) Autre exemple contre le PSG, où après une récupération excentrée sur Kvaratskhelia, Upamecano lance un second effort avec une montée de balle sur tout le côté droit, coiffant même sur le poteau Zaïre-Emery. 

(2/2) À la manière d’un ailier, il va même passer son épaule pour garder l’avantage sur son vis-à-vis et ainsi trouver Kane entre les lignes… sans succès.


Cette mentalité « football total » apprise en terres autrichiennes, à chercher constamment à aller de l’avant et à multiplier les dépassements de fonction, c’est peut-être sa marque de fabrique aujourd’hui. Si l’idée de voir des défenseurs attaquer s’est démocratisée, il n’empêche que l’intensité et la technique irréprochable de l’homme aux 36 capes en équipe de France peuvent devenir une arme de destruction massive. Ce qui a de quoi désarçonner ceux qui l’ont connu plus petit. « Avant, jamais il n’aurait eu le caractère pour aller jusqu’au milieu de terrain, assure Bultel. Même si en U15, on lui a souvent commandé de dépasser la ligne médiane car il était plutôt concentré sur l’aspect défensif. Il n’a plus peur de jouer, plus peur de relancer… Il est même capable de marquer, quoi ! Je l’ai même charrié après le match aller contre le Real, quand il rate une occasion à deux mètres du but. »

Reste encore un défaut majeur à gommer, lui ayant souvent porté préjudice auprès de l’opinion publique. Ses petites sautes de concentration de quelques secondes, offrant des occasions en or à son adversaire comme lors du quart de finale retour contre Madrid, où il va un peu traîner avant de lancer son retour défensif. De quoi donner l’occasion à Mbappé de le prendre de vitesse et de planter le but du 3-2. Une bévue s’ajoutant à la longue liste de petits détails ayant coûté cher, en Bundesliga ou en équipe de France. Son ancien éducateur reste confiant puisque « ce genre de conneries, ça arrivait parfois, donc ça ne m’étonne pas. Mais j’aime à croire que c’est dû à son caractère feu follet sur le terrain. Quand il vieillira un peu, je pense qu’il se reposera encore plus sur sa science du jeu comme ont pu le faire Marquinhos et Ramos à 30 ans passés. » Et pourquoi pas, sur un malentendu, devenir le deuxième Ballon d’or passé par Évreux.

PSG : une dynastie à lancer

Par Mathieu Plasse

Propos recueillis par Mathieu Plasse, sauf mentions.

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