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Comment s’est construite la machine à gagner Vincent Kompany

Aujourd’hui, Vincent Kompany est devenu un coach qui suscite la curiosité et s’apprête à défier le Real Madrid en Ligue des champions. Il y a 30 ans, le petit Vincent était encore loin de ses objectifs, mais était déjà déterminé à tout gagner. Des Ardennes belges à Munich, comment s’est construit ce monstre Kompany ?
Nonantième minute de la finale de la Coupe du monde 1994, la Belgique et la France n’arrivent toujours pas à se départager. Le score est nul, le match fou. Les lèvres de l’arbitre embrassent les rebords du sifflet, mais un seul coup aigu retentit. Marcel Desailly fait faute, penalty pour les Diables rouges ! Qui prendra la responsabilité ? Qui séchera les larmes d’Éric Gerets, d’Enzo Scifo et de Georges Grün, battus quatre ans plus tôt en Italie par les Anglais au bout de la prolongation ? C’est Vincent qui portera ce poids sur ses épaules. Il fixe Martin Francq, alors gardien des Bleus, s’élance et… « Vincent, Martin, à table ! » La fiction s’arrête, les deux enfants courent vers la terrasse. La Coupe du monde attendra.
Vincent Kompany et Martin Francq sont potes de vacances. Chaque été, ils se retrouvent au milieu des forêts ardennaises, sur l’asphalte brûlant de la rue de l’Épine, à Champlon. La mère du futur capitaine de l’équipe nationale belge est originaire du coin. « Il (Vincent) était d’une énorme gentillesse, mais ce qui me marquait, par rapport à plein d’enfants, c’était sa bonne éducation, se souvient son pote. Pierre et Joseline (Kompany et Fraselle) attachaient vraiment une grande importance à la vie de famille. C’était beau à voir, ils étaient une famille très soudée et très, très, très respectueuse. »

L’assiette est propre, la fiction peut reprendre et il est hors de question qu’il le rate ce péno, Vincent. « Ce n’était pas quelqu’un qui se foutait royalement de perdre, même un petit match », se marre, avec du recul, Martin Francq. Après avoir joué toute l’après-midi, les deux amis bavardent. Martin évoque Marc Wilmots et ce bon vieux Mircea Rednic, mais Vincent n’écoute qu’à moitié. « J’ai le sentiment qu’il adorait le football pour le jeu. Très jeune, il n’était pas acharné pour une équipe ou un joueur. Alors que moi, j’étais déjà fan du Standard. » Le soleil se couche, et les deux amis, accompagnés de François et Christel, le frère et la sœur de Vincent, s’aventurent dans les rues de Champlon. Mais la nuit tombe et le futur footballeur décide de rentrer. « Il n’y avait aucun danger, mais il commençait à faire noir, rejoue Martin Francq. Vincent était le seul un peu inquiet. Il a préféré rentrer sagement près de ses parents plutôt que de rester avec nous. »
« Le seul qui pourrait devenir coach, c’est Vincent Kompany »
Quelques années plus tard, Vincent est ado et, cet été encore, il ne peut pas rejoindre Martin à Champlon. Une préparation physique l’attend. À Neerpede, le centre d’entraînement du RSC Anderlecht, le défenseur foule les pelouses avec Trésor Diowo, futur international congolais avec une sélection au compteur. « C’est le papa de Vincent qui me ramenait à la maison après les entraînements. »
Quand on jouait à la PlayStation, tant qu’il n’avait pas gagné, il n’allait pas dormir. Alors, parfois, on faisait exprès de perdre pour aller se coucher.
Les manettes de consoles ont remplacé l’air ardennais, mais pas les vieilles habitudes. « Quand on jouait à la PlayStation, tant qu’il n’avait pas gagné, il n’allait pas dormir. Alors, parfois, on faisait exprès de perdre pour aller se coucher, se remémore Trésor Diowo. À partir du moment où il y a une compétition, Vincent doit gagner, parce que quand il perdait, c’était compliqué. Mais c’est un garçon très intelligent et cultivé. On peut avoir tout type de discussion avec lui parce qu’il est très curieux. Il est aussi calme et réservé. Tu peux passer du temps avec lui sans qu’il ne pète un mot pendant plusieurs minutes, c’est pas lui qui va faire le pitre. »
En 2003, Vincent Kompany devient pro à Anderlecht, s’y impose et devient l’un des meilleurs défenseurs du pays. « Il aimait bien Marcel Desailly », avoue Trésor. Son modèle est alors à Chelsea. Ne sautons pas les étapes. Pour Vincent, il est encore trop tôt pour penser Premier League. Le Belge s’envole en 2006 vers Hambourg et le HSV. L’avion est dans une heure, mais le défenseur n’est certainement pas dans le terminal d’embarquement. « Quand tu voyages avec lui, paradoxalement, c’est stressant. Moi, j’arrivais deux ou trois heures en avance. Lui, il arrivait un peu avant, tranquille. Il n’était pas stressé », raconte Trésor Diowo.

Deux ans plus tard, il est l’heure. Le Belge signe à Manchester City. « Quand les Émiratis arrivent à City avec des moyens colossaux, tout le monde disait que Vincent n’allait pas jouer et être sur le banc. Mais je me souviens, il m’a dit qu’il allait devenir le capitaine de cette équipe », assure Trésor. Visionnaire, ou simplement confiant, Kompany y passera onze saisons, gagnera quatre Premier League et tout ça, bien sûr, le brassard de capitaine autour du bras. « À Anderlecht, on nous a appris l’arrogance positive, une confiance en soi naturelle », justifie son pote.
« Dans le vestiaire, on se disait que le seul qui pourrait devenir coach, c’est Vincent Kompany. Sa manière de parler, de voir les choses. […] Il connaît tout sur le foot… », balançait Eden Hazard pour la RTBF. En 2020, il revient chez les Mauves comme joueur, puis entraîneur-joueur, puis entraîneur. Dans le podcast La 90e, Killian Sardella, qui était sous ses ordres, exprime toute sa reconnaissance : « Chez nous, il était trop loin. La qualité d’entraînement, la qualité tactique… On ne lui a juste pas laissé assez de temps. » Parce que oui, en 2022, le club de la capitale se sépare de Vince, qui s’engage alors avec Burnley. Deux saisons, une montée et une descente plus tard, il signe étonnamment au Bayern Munich.
Le poli qui polit
« Ce que je n’aime vraiment pas, c’est qu’il n’ait pas le courage d’aligner de jeunes joueurs », accusait Markus Babbel à Sport après la défaite des Roten face au PSG en Coupe du monde des clubs. Pourtant, « ce qui fait de lui un grand coach, c’est qu’il fait évoluer ses joueurs, que ça soit les jeunes ou les anciens, explique Sardella. Je me souviens, après chaque entraînement, il prenait les jeunes et les faisait travailler encore plus. » Lorenz Assignon, qui a connu Kompany à Burnley, ne peut qu’acquiescer, comme il le racontait à So Foot l’année dernière : « Kompany m’a appris à être un défenseur et à aimer défendre. […] À Burnley, on faisait des petits jeux, tu prenais des ballons à 100 km/h dans la tête, des gros tacles. Kompany me voyait baisser la tête, il m’a dit : “Hey, tu dois être content, c’est ton jeu, tu dois aimer ça, prendre des ballons de la tête et t’arracher, prendre des coups de coude.” »
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— FC Bayern München (@FCBayern) March 29, 2026
Aujourd’hui, le Bayern Munich est largement leader en championnat et doit maintenant se coltiner le Real Madrid en quarts de finale de Ligue des champions, avec la première manche dans la capitale espagnole ce mardi soir. Ceci n’est pas une fiction. Kompany séduit par ses qualités humaines et tactiques. Mais attention, il n’est qu’à l’aube de sa carrière d’entraîneur et comme il le disait à Sardella : « Don’t believe the hype, don’t believe the drama. » Quand tout va bien, les gens sont derrière toi. Quand tout va mal, les gens sont contre toi. Pour Vincent Kompany, le foot n’est plus seulement le jeu qui habitait ses rêves d’été.
Le Bayern récupère sa meilleure arme pour son déplacement à MadridPar Ethan Ameloot
Propos recueillis par EA, sauf mentions






















































